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Mise à jour 16:06(GMT+8), 02/02/2004
ECONOMIE  

Le commerce franco-chinois entre dans une lune de miel

«Il ne faut plus hésiter, la Chine s'est vraiment réveillée. Certes, elle a toujours un lourd fardeau sur les épaules, mais son taux de croissance approche des dix pour cent. » C'est en ces termes enthousiastes qu'à la veille de la visite de Hu Jintao le journal français « Le Figaro » peignait à ses lecteurs l'évolution de la Chine.

Dès 1964, en pleine atmosphère de confrontation de la guerre froide, la France avait la première tendu la main à la Chine nouvelle. On peut donc parler d'une vieille amitié entre les deux Etats. Or force est de constater que l'intensité du commerce entre la Chine et la France n'a pas été à la hauteur de celle de leur diplomatie.

De l'ère des petites affaires au développement en grand

Le but de la visite de Hu Jintao cette année en France était d'inaugurer une nouvelle ère dans les relations commerciales entre les deux pays et de porter les relations bilatérales à un nouveau palier. Au cours de son passage dans la capitale française, 28 accords ont été signés, dont neuf très importants. Ils concernent le nucléaire ; l'aérospatiale, les équipements électriques et l'industrie pharmaceutique. « Désormais les relations franco-chinoises vont couvrir tous les domaines et gagner en profondeur », déclare Zhou Han Min, vice-président de la commission responsable de l'organisation de l'Exposition universelle à Shanghai. Cela signifie que les relations franco-chinoises « sont entrées dans une phase de coopération complète sur le plan économique ».

Les experts rappellent que les relations commerciales entre les deux pays sont jusqu'ici demeurées à un niveau plutôt bas. Les investissements français en Chine par exemple sont restés modestes. En 2002, le nombre de projets ne dépassait guère 2000. Sur le papier, le montant des investissements était de 7,19 milliards de dollars, mais en réalité seuls 5,54 ont été réellement investis.

Les principaux domaines de l'investissement français sont l'automobile, les transports, l'industrie lourde, l'industrie chimique, les matériaux de construction, l'informatique et les télécommunications, l'énergie, la protection de l'environnement, l'industrie pharmaceutique, l'agroalimentaire, les cosmétiques et le commerce de détail. Bien que des transnationales françaises fameuses telles que Total-Fina, Elf, Alcatel, Citroën, Alstom, Carrefour, Danone, etc. aient réalisé des investissements en Chine, « leur principale activité reste la vente de leurs propres produits ». Alstom et L'Oréal « ne font que vendre leurs produits ou leur marque ». Alstom n'a jusqu'ici accepté que de vendre ses rames de métro, refusant d'ouvrir une usine et de produire celles-ci en Chine même. La situation est la même dans le secteur des services, où Carrefour et Auchan s'activent à faire des affaires en Chine sans toutefois envisager d'aller plus loin, tandis que « Alcatel refuse de transférer son service de R et D à Shanghai ».

Le volume des affaires entre les deux pays est plutôt modeste. A la fin de 2002, le montant des importations françaises ne dépassait pas 3, 52 % du total et ses exportations 1,07%. Le volume total des échanges commerciaux était de 14, 79 milliards de dollars.

En comparaison, le commerce avec l'Allemagne est infiniment plus développé. Bien que les deux pays n'aient commencé à avoir des relations diplomatiques qu'en 1972, c'est-à-dire huit ans après la France, des accords de coopération commerciale ont été signés entre les deux pays dès les années cinquante. En trente ans, le commerce sino-allemand a ainsi connu une progression foudroyante, passant de 274 millions à 27,8 milliards de dollars fin 2002. L'Allemagne est le principal partenaire commercial et économique de la Chine en Europe. Quant à la Chine, elle est le principal client de l'Allemagne en Asie. Le commerce sino-allemand représente un tiers des échanges de la Chine avec l'Union européenne et un quart des échanges avec l'Europe entière. Il est à noter que le volume des échanges entre la Chine et l'Allemagne équivaut à la somme des échanges de la Chine avec la France, l'Italie et la Grande-Bretagne.

28 accords de coopération

Lors de la visite de Hu Jintao à Paris, plus de 28 accords de coopération bilatérale ont été signés entre les deux pays.

Le premier est un protocole d'accord de coopération entre la Chine et la France en matière de prévention des nouvelles maladies contagieuses. Il y a ensuite un accord cadre de coopération entre Dassault et le ministère chinois des Sciences et des technologies en matière d'équipements de propulsion électronique, un accord entre les Comités olympiques des deux pays, un accord cadre de coopération entre la Commission française de l'industrie nucléaire et le ministère chinois des Sciences et des technologies en matière de technologie nucléaire, de développement des énergies renouvelables et de génie génétique, un accord de coopération en matière de technologie des téléviseurs en couleurs entre la société chinoise TCL et la société française Thomson, et une lettre d'intention concernant un programme de coopération entre l'Institut Pasteur et l'Académie des sciences de Chine.

Parmi les accords qui retiennent l'attention il convient de mentionner un contrat de 600 millions d'euros concernant l'extension de Shenlong, une entreprise à capitaux mixtes de Citroën et de la société Dongfeng de Wuhan. Au terme des travaux, la production de voitures françaises à Wuhan devrait doubler.

La signature de cet accord devrait effacer l'épisode honteux du retrait de Peugeot du marché de Canton. A l'époque, Peugeot ne s'était engagé qu'à hauteur de 30% des actions dans sa société chinoise alors que Volkswagen, dans le même temps, prenait des participations de plus de 50% dans sa propre entreprise mixte. Peugeot fit preuve de pusillanimité lors des négociations, alléguant qu'elle n'était « pas sûre de l'évolution du marché chinois » et que « VW pouvait compter sur l'appui du gouvernement allemand alors qu'elle ne pouvait en dire autant du gouvernement français », bien que la Chine et la France aient depuis longtemps établi des relations diplomatiques. N'ayant pris qu'une faible participation, Peugeot fut incapable de renouveler à temps les technologies et les modèles de sa société mixte. Finalement, le grand constructeur automobile français se retira du marché chinois.

La société mixte Shenlong est quant à elle une grosse entreprise automobile classée parmi les projets importants du Huitième plan quinquennal. Elle a vu le jour le 18 mai 1992. Ses actions sont réparties comme suit : Dongfeng 31%, Citroën 26, 875%, Banque nationale de développement 19,5%, Société de gestion de la production Orient 19,5%, Société générale de France 2,5%, Banque de Paris 0, 625%. Résultat, déclare le prof. Zhang Ji Kang, « Peugeot, bien qu'arrivé le premier est battu par l'Allemand VW, tandis que Citroën est battu par l'Américain General Motors. Compte tenu du fait que la France est le troisième producteur automobile européen, « c'est vraiment lamentable », souligne-t-il.

Les experts affirment que pour développer les relations commerciales entre la Chine et la France, il ne suffit pas d'intensifier le commerce : il faut encore, et surtout, intensifier les échanges de technologie. « Les Français doivent accélérer le transfert de technologies vers la Chine », insistent-ils.

Pour expliquer le contraste entre les fortunes de VW et de Peugeot en Chine, les étudiants français de MBA auxquels Zhang Ji Kang a donné cours avancent la thèse de l'appui gouvernemental dont a bénéficié le constructeur automobile d'outre-Rhin, insistant sur le fait qu'en Chine l'Etat fait la pluie et le beau temps.

Cette explication ne résiste pas à l'analyse. Le gouvernement chinois a toujours encouragé le commerce avec la France, apportant un soutien entier à tout effort sérieux de la part des entreprises françaises de renforcer les échanges franco-chinois. A l'avenir, le développement de la Chine offrira aux entreprises françaises des occasions à ne pas manquer. La Chine est en train d'élaborer une stratégie en accord avec ses nouveaux besoins. Celle-ci s'inspirera des promesses faites à l'OMC et fournira aux transnationales des conditions particulièrement favorables.




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«Il ne faut plus hésiter, la Chine s'est vraiment réveillée. Certes, elle a toujours un lourd fardeau sur les épaules, mais son taux de croissance approche des dix pour cent. » C'est en ces termes enthousiastes qu'à la veille de la visite de Hu Jintao le journal français « Le Figaro » peignait à ses lecteurs l'évolution de la Chine.

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