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Mise à jour 14:52
Interprétation de l'"Héritage politique" de Deng Xiaoping - interview de Yan Jianqi, responsable du Centre d'Etudes de la Documentation du Comité central du PCC

Le « Vent du Sud » est un magazine économique et politique de la Chine.

« Vent du Sud » : D'après vous, quelles sont les relations entre les réflexions sur la nature du socialisme et l'objectif du développement chinois et la pratique de Deng Xiaoping après son troisième retour sur la scène politique ?

Yan Jianqi : Il s'agissait pour ce dernier de décider de l'orientation que la Chine devait suivre.

Personne, y compris les dirigeants de l'échelon supérieur, n'était contre les "quatre modernisations" du pays, mais il existait des désaccords considérables quant aux moyens qu'on devait adopter pour les réaliser. Le camarade Deng Xiaoping a alors indiqué qu'il fallait placer le centre des activités du pays sur le développement économique en avançant l'idée de construire une "société de la moyenne aisance". Pendant que la majeure partie des pays socialistes prenaient la valeur globale de la production industrielle pour l'unique norme du développement social, Deng Xiaoping a introduit les notions de produit national brut par habitant et de revenu national par habitant. Par ailleurs, il a également souligné l'importance développement du tertiaire et de la distribution, sachant que ce sont là des éléments indispensables pour juger de manière générale le niveau de progrès social et de modernisation d'un pays.

Pendant les années 70 et le début des années 80, lorsque le revenu par habitant en Chine ne se situait qu'aux environs de 250 USD, l'entreprise de modernisation n'était certainement pas une tâche facile même si, au lieu de quadrupler la valeur de la production industrielle et agricole, on s'était fixé comme objectif de doubler la même valeur. C'est pourquoi Deng Xiaoping a déclaré : "Il faut oeuvrer pour permettre à la Chine d'atteindre, au milieu du siècle à venir, le niveau économique des pays moyennement développés".

« Vent du Sud » : Au début, la réforme chinoise avait sans doute pour but principal d'améliorer la production. Mais pour la mener en profondeur et notamment en ce qui concerne la réforme du système politique, dans quelle mesure Deng Xiaoping y était-il disposé ?

Yan : Deng Xiaoping en avait une parfaite conscience et il n'a jamais cherché à éluder le problème de la réforme du système politique. Lors d'une réunion élargie du Bureau politique du Comité central du PCC qui s'est tenue le 18 août 1980, il a par exemple présenté un rapport intitulé « Sur la réforme du système de l'administration du Parti et du pays » où il a analysé de manière approfondie les causes liées au système politique des erreurs historiques commises pendant la "révolution culturelle".

Ce rapport a dénoncé les prérogatives de toutes sortes dues au système politique appliqué en Chine, comme la bureaucratie, la concentration excessive des pouvoirs, le patriarcat, l'inamovibilité des cadres dirigeants. Il a aussi étudié les raisons sociales et historiques qui étaient à l'origine de ces dysfonctionnements. Par ailleurs, il y a préconisé la division du travail entre le Parti et l'administration de l'Etat.

Deng Xiaoping était convaincu que pour gouverner le pays selon les lois, il était indispensable de persister dans la démocratie et la légalité. L'attitude claire de celui-ci montre que dès le début de la réforme de la nouvelle période, la Chine a veillé à combiner la réforme de la structure économique avec celle du système politique.

« Vent du Sud » : Pour mener la réforme dans un pays profondément imprégné de féodalisme qu'est la Chine, on devait inévitablement, comme ce qui s'était passé pendant la fameuse Réforme constitutionnelle vers la fin de la dernière dynastie chinoise, mettre en péril les intérêts privés de bon nombre de personnes. Selon vous, qu'est-ce que Deng Xiaoping a le mieux réussi dans les solutions qu'il a apportées à ce problème ?

Yan : Deng Xiaoping était une personne à la fois impartiale, attentive et généreuse. Comme il ne cherchait jamais à former un clan de partisans, il jouissait d'une grande réputation au sein comme en dehors du Parti. Il avait d'ailleurs en tête une forte conviction, celle de ne jamais laisser la Chine retomber dans le chaos ni de déclencher des mouvements politiques qui n'avaient pour conséquence que de provoquer des troubles. Pour résoudre les problèmes existant en Chine, il fallait, selon lui, recourir d'un côté à l'éducation, et de l'autre à la légalité.

Deng Xiaoping se distinguait par sa franchise parce qu'il a dit : "Je tâche de ne pas commettre de grosses erreurs tout en étant conscient que de petites erreurs sont inévitables". Chaque fois qu'un problème surgissait, il s'empressait d'y porter remède. Un exemple : les mesures qu'il a prises pour enrayer la première hausse des prix en 1985.

« Vent du Sud » : Est-ce que Deng Xiaoping a prévu l'évolution future de la réforme ? Du point de vue actuel, sa conception de la nature du socialisme s'adapte-t-elle toujours à la réalité ?

Yan : Deng Xiaoping ne pouvait évidemment pas tout prévoir. Il n'a certes pas prévu, par exemple, le développement actuel de l'industrie informatique ni la vogue de la mondialisation. Pendant les années 1980, de peur de provoquer la bipolarisation qui risquait de perturber l'équilibre de la société chinoise, il a dit par exemple : "Dans notre pays, il n'est pas question de laisser apparaître des millionnaires". Or, à l'heure actuelle, même l'existence de milliardaires n'a plus rien d'extraordinaire en Chine.

En ce qui concerne la tendance générale du développement chinois, il faut reconnaître que Deng Xiaoping était fort perspicace. A l'époque, il a par exemple établi les trois tâches que la Chine aurait à accomplir pendant une assez longue période à venir : 1) centrer le travail sur l'édification économique et la modernisation du pays ; 2) unifier le pays ; 3) maintenir la paix dans le monde et lutter contre l'hégémonisme. Parmi ces trois tâches, Deng Xiaoping était particulièrement attaché à la réunification du pays, car il s'agit là d'un voeu qu'il voulait à tout prix réaliser de son vivant. Il a affirmé qu'il ne s'agissait pas du tout là d'une illusion, et que pour aboutir, il fallait partir des conditions spécifiques de la Chine. La conception d'"un pays, deux systèmes" est justement le produit réaliste de ses réflexions.

« Vent du Sud » : Parmi toutes les louanges qu'on lui a adressées, Deng Xiaoping n'a, semble-t-il, approuvé que le titre de "concepteur général de la politique de réforme et d'ouverture sur l'extérieur". D'après vous, était-il certain que ses idées seraient appliquées ?

Yan : Au soir de sa vie, Deng Xiaoping voyait de plus en plus clairement que la stabilité était essentielle pour la Chine, et que persister dans la réforme et l'ouverture sur l'extérieur constituait le seul moyen pour maintenir la stabilité du pays. Aux alentours de 1989, ce qui le préoccupait le plus était de préserver la ligne générale de réforme et d'ouverture de toute interférence. S'il avait une telle confiance dans l'application de cette politique, c'est parce qu'il était convaincu qu'il s'agissait d'un courant historique irrésistible que rien ni personne ne pouvaient arrêter.

Voilà la raison pour laquelle Deng Xiaoping avait l'esprit tranquille pendant sa vieillesse. Dès 1988, il a déclaré : "J'espère que mon influence disparaîtra rapidement, le plus tôt sera le mieux."

Finalement, il est parti et, en effet, son départ n'a pas provoqué le moindre remous. Le Parti et le peuple chinois ont accepté sereinement qu'il s'en aille.





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