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| Toute la famille dîne ensemble dans les années 60 |
On célébrera bientôt le centenaire de la naissance de Deng Xiao Ping. Quelle image ont de lui ses enfants et petits-enfants ?
Deng Nan : dans les années 60 la situation était difficile et la viande et l'huile étaient sévèrement rationnés. Toutefois les cadres haut placés avaient droit à un traitement de faveur et pouvaient en obtenir davantage. A l'époque, nous avions une grande famille : en plus des enfants, il y avait toutes sortes de parents. A chaque repas nous étions une dizaine de personnes. Aussi la ration normale était-elle insuffisante. Pour qu'il reste en bonne santé et puisse continuer à travailler, ma mère a insisté pour qu'il mange à part. Mais il n'était pas d'accord, c'était tout simplement hors de question. Ma mère a alors eu une idée, elle lui a dit : Tu vas manger avec l'un de nous. Et j'étais la personne qui mangeait le plus souvent avec lui. Après un certain temps il a de nouveau fait savoir que ça n'allait pas, qu'il préférait manger avec tout le monde, ce qui fut fait. Ma mère a eu une autre idée : elle allait lui cuisiner un plat spécial pour lui. Le problème, c'est que dès que ce plat atterrissait sur la table il en donnait à tout le monde, si bien qu'à la fin il n'y avait pratiquement pas touché. Il n'y avait rien à faire et à la fin il a mangé comme tout le monde.
Deng Rong : Il aimait beaucoup les enfants. Quand on était petits, nous avions une mauvaise habitude : on dormait souvent avec nos épaules à découvert. Mon père venait nous couvrir chaque soir. Pendant la Révolution culturelle, maman souffrait d'hypertension. Papa nettoyait lui-même les draps et les couvertures. Tout le gros travail était fait par lui.
Deng Nan : Quand il était secrétaire général du CC, il nous emmenait le dimanche en excursion à la campagne. Quand on était petit on attendait avec impatience le dimanche pour pouvoir aller pique-niquer avec lui. C'était très amusant.
Deng Lin : Mes parents ont vécu ensemble pendant plusieurs dizaines d'années à travers vents et marées. Ils se soutenaient dans toutes leurs épreuves. Ils avaient le même point de vue en ce qui concerne la manière de nous éduquer : il s'agissait de faire de nous des êtres humains autonomes. Ils collaboraient très bien ensemble. Mon père avait pleine confiance dans ma mère, il estimait que quoi que fasse ma mère cela ne pouvait être que ce qu'il fallait faire. S'il lui arrivait de se tromper, il lui faisait une remarque très courte et ma mère comprenait aussitôt. Je ne les ai jamais vus se disputer, je pense qu'ils étaient d'accord sur tout. A l'époque de la Révolution culturelle, ma mère a tout fait pour le soutenir, elle se moquait bien de ce que l'on disait de lui, que c'était le numéro deux du cryptocapitalisme, qu'il fallait l'abattre, etc. Elle ne pensait qu'à une chose : s'occuper de lui et le soigner. Elle a vraiment partagé tout : les moments de bonheur, mais aussi les malheurs et les épreuves.