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FrançaisMise à jour 17.11.2009 16h29
Travailler en Europe ? Dans une société chinoise !

Le retour dans le pays natal après quelques années passées à l'étranger est toujours difficile. Il y a des problèmes liés à la reprise du train de vie quotidien, auquel on n'est plus habitué, et la question de l'insertion professionnelle, qui prend généralement un certain temps. Et cette année la recherche du travail en Europe a été compliquée par les séquelles qui ont été laissées par la crise financière mondiale.

Anna, une amie que j'ai connue en faisant mes études à Changchun a voulu connaître mon avis sur son retour à Bonn en Allemagne, sa ville natale. Je lui ai déconseillé de rentrer maintenant et de chercher du travail en Chine, au moins pour une année, et de rentrer en Allemagne à la fin de l'année 2010. Je n'étais pas le seul à lui donner ce conseil. Pas mal d'amis que nous avons en commun ont partagé mon point de vue, et ce n'est pas sans raison. La situation sur le marché européen du travail n'est pas très facile, et arrivé surplace, il faut rester de longs mois en situation de demandeur d'emploi avant de trouver un travail correspondant à sa spécialité.

Le taux de chômage en Allemagne avait atteint le pic de 8,3% de la population active en août 2009, mais il a commencé à baisser en octobre, atteignant 7,7%. Selon la chaîne Euronews, au cours de cette année 3,25 millions d'Allemands ont perdu leur travail, et la situation est semblable dans presque tous les pays de l'Union Européenne. En France, la situation était même pire : le taux de chômage avait atteint 9,5% au deuxième trimestre de 2009, et il était de 9,8% au 1 septembre 2009 selon Eurostat. Dans cette situation, il n'est pas facile de trouver un emploi même pour quelqu'un qui a déjà une certaine expérience professionnelle, sans parler des jeunes diplômés, qui n'ont jamais officiellement travaillé en Europe.

Anna me tenait informé de sa recherche du travail. Elle m'a même parlé d'une méthode un peu particulière introduite dans les agences pour l'emploi allemandes : le speed dating. Il s'agit des rencontres par séquences de quelques minutes d'une centaine de chômeurs avec une cinquantaine d'employeurs, à la manière des rencontres des célibataires qui recherchent l'âme sœur. Au bout de deux mois de recherches, Anna était un peu désespérée. Et il y avait de quoi : avec son master en économie à l'Université de Jilin et plusieurs stages qu'elle avait faits dans des entreprises de logistique à Beijing et Shanghai, elle espérait sincèrement de trouver un emploi dans ce secteur en Allemagne, mais n'y parvenait pas. Contactée pour plusieurs entretiens, elle s'y présentait toujours avec enthousiasme, mais sa candidature n'était jamais retenue en fin de compte. Certains employeurs lui faisaient comprendre que son expérience dans une compagnie chinoise était un plus sur son CV, mais ce qui lui manque surtout, c'est une expérience professionnelle dans une compagnie allemande, en fonction de laquelle les patrons allemands sont capables de juger ses capacités. D'autres lui faisaient passer les tests, mais c'est finalement des candidats plus âgés avec de l'expérience dans la logistique, et ne parlant pas le chinois qui étaient retenus pour les projets asiatiques de l'entreprise.

C'est par une journée pluvieuse d'octobre, étant de passage à Düsseldorf pour une interview d'embauche, qu'Anna a remarqué les bureaux de la compagnie chinoise Huawei, et en face, ceux de son concurrent chinois, la compagnie ZTE. Les deux entreprises sont des géants chinois de l'électronique et des télécommunications dont l'activité est en pleine expansion sur le marché européen malgré la crise financière. A la sortie de son interview, Anna a décidé de déposer des CV à ces deux entreprises, et deux semaines plus tard, elle a été contactée par Huawei.

Bien qu'elle n'ait pas pu avoir tout de suite un entretien avec le service auprès duquel elle désirait travailler, Anna a été invitée à passer une interview à Huawei, et sa candidature a été retenue pour travailler dans le service du marketing, et uniquement pour sa connaissance de la langue chinoise. On lui a proposé de suivre une formation pour la maîtrise des assistants graphiques et des logiciels de mise en page, dont elle ne savait pas se servir. Quant au salaire de base pour lequel elle a signé le contrat à durée déterminée, Anna ne m'a pas donné de détails, mais si elle considère déménager à Düsseldorf et y louer un appartement, je pense qu'il doit plafonner les 2 000 euros.

Les compagnies chinoises ont très bien su profiter de la crise financière mondiale pour s'implanter dans les pays développés. La compagnie Huawei, qui est présente actuellement dans 28 pays européens, a fait un chiffre d'affaires de 23,3 milliards de dollars, ce qui représente 46% de plus par rapport à l'année précédente, et selon les données de la compagnie, la crise financière n'a pas eu d'influence sur son rythme de développement aux trois premiers trimestres de 2009. Son plus grand concurrent ZTE, également très présent en Europe, a fait un chiffre d'affaires de 44,3 milliards de yuans chinois, une augmentation de 27,37% par rapport à l'année précédente. Ces entreprises, tout comme d'autres entreprises chinoises, qui sont en train de s'implanter activement en Europe, engagent le personnel qualifié en contrat local, dont les effectifs représentent près de 65% de leurs employés à l'étranger.

Si en Allemagne ou en France il est difficile de trouver des offres d'emploi des compagnies chinoises sur internet ou dans les agences pour emploi, au Royaume-Uni ces structures ont déjà intégré ces offres dans les bases de données. Ainsi le site internet trovit.co.uk propose plus d'une centaine de postes dans des compagnies chinoises implantées dans l'UE avec une rémunération qui varie entre 20 000 et 30 000 livres sterling par an. Il s'agit de différents postes allant du comptable ou manager jusqu'au traducteur et chef de projet. Les postes sont ouverts pour les ressortissants de l'Union Européenne, ayant une maîtrise de la langue chinoise, une expérience de vie et de travail en Chine, étant en mesure de se déplacer entre les pays de l'UE et la Chine.

Il s'agit des emplois que les employés de « Pôle Emploi », l'agence française pour l'emploi semblent ignorer. A ma demande de trouver des offres des entreprises chinoises implantées en France, Leila Boureghda, conseillère d'une agence « Pôle Emploi » de Marseille a cherché dans la base de données de son ordinateur et a fini par arriver à la conclusion que les entreprises chinoises en France n'engagent pas de personnel ou fonctionnent par réseaux fermés.

Alors, nous cache-t-on des informations sur les offres d'emploi, ou est-il vraiment difficile de trouver un travail pour des spécialistes qui sont considérés comme « rares » ici ? Il est fort probable que la première hypothèse soit vraie. Mais il ne faut pas se décourager : celui qui cherche, finira toujours par trouver. Et le retard des administrations des pays de l'UE pour s'adapter à la demande de plus en plus croissante de la part des pays en développement n'est pas un phénomène nouveau.

Eugène Zagrebnov

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

Commentaire
Intéressant cet article.
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