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FrançaisMise à jour 18.01.2010 16h41
In the mood for suicide

Dans l'actualité sociale française de l'année 2009, marquée par une forte montée de chômage, on retiendra aussi l'augmentation du nombre de suicides sur le lieu de travail. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le taux de suicide était de 16,2 pour 100 000 personnes en France en 2008, avec 26,4 pour les hommes et 7,2 pour les femmes. Selon le site web du magazine l'Express, ce taux serait passé à 21 personnes pour 100 000 en 2009. En d'autres termes, en France, une personne met fin à ses jours toutes les heures. Combien le font pour des raisons liées au travail, on l'ignore. Certains spécialistes affirment que le chiffre approcherait d'un individu par jour. Mais la définition du « suicide au travail » reste floue : difficile de faire la différence entre les différents motifs du suicide et la mort naturelle liée à l'état de santé. Mais vu que nos vies, d'une façon, ou d'une autre sont liées au travail, ce fait illustre bien le malaise qui régnait dans les entreprises françaises en 2009. L'automne dernier, la chaîne d'information BFM TV commençait souvent ses bulletins par une véritable chronique des tentatives de suicide en citant les noms des différentes entreprises : Thalès, PSA (Peugeot-Citroën), France Télécom… En octobre 2009 même un agent de la structure d'aide à l'emploi Pôle Emploi âgé de 49 ans a tenté de se suicider dans les bureaux de l'antenne de Narbonne (département de l'Aude). Un geste, qui selon les syndicats serait lié à la pression psychologique subie par le personnel de Pôle Emploi à cause de la fusion de deux structures : Assedic et ANPE.

« Nous ne savons même pas si le suicide chez les chômeurs est plus important ou non que chez les actifs. Comment faire un travail de prévention dans ces conditions? », déplore Michel Debout, président de l'Union nationale pour la prévention du suicide. « Dès le mois de février, alors que la crise commençait à avoir des conséquences sur le sort des salariés, nous avons alerté les pouvoirs publics sur cette question, pour qu'ils prennent des mesures. Mais ils ont attendu que des évènements dramatiques fassent la une des journaux pour s'emparer du problème ». La médiatisation des suicides a provoqué une véritable psychose en France. « Dans le suicide il peut y avoir un acte de contagion », analyse Michel Debout. Tant que le malaise qui a suscité le passage à l'acte n'a pas eu de réponse, d'autres suicides sont à craindre ». L'écho médiatique de ces passages à l'acte peut donc être dangereux.

La traduction de l'article du philosophe russe Mikhaïl Maïatskiy sur le suicide au travail en France, paru dans le journal francophone Le Courrier de Russie du 11 janvier reprend les propos du directeur général de France Télécom Didier Lombard, qui évoque la « mode du suicide » chez les employés français. En décembre 2009 la compagnie de téléphonie France Télécom a reconnu 32 suicides de ses employés en 2 dernières années, dont 17 cas en 2009. Les syndicats dénoncent surtout le « management par la peur », l'expression utilisée dans la lettre d'adieu d'un fonctionnaire de France Télécom âgé de 51 ans, qui s'est suicidé le 14 juillet 2009 à Marseille. Selon les représentants du personnel, tous les moyens sont bons pour pousser les gens à bout: objectifs commerciaux irréalistes, humiliations, restructurations, mutations... Le suicide n'est d'ailleurs pas la seule expression du malaise des salariés. Selon les chiffres des syndicats, le nombre d'arrêts maladie a augmenté de 50% depuis 5 ans. Quant au nombre de visites chez le médecin du travail, ils sont passés de 3 430 à 4 468 entre 2007 et 2008, soit une augmentation de 30%.

Pendant qu'en France les uns ironisent en parlant du management par le stress et les autres sont alarmistes en évoquant la thèse du mobbing, le harcèlement collectif d'un employé par son entourage, en Chine on note l'émergence de ce problème. Le taux de suicide dans le pays reste élevé malgré la stabilité économique qu'il a réussi à sauvegarder pendant la période de crise l'année dernière. Le Ministère de la Santé n'a pas noté d'augmentation des cas de suicide en 2009, bien que le secteur de l'exportation a tout de même été très touché par la crise. Le journal chinois Global Times fait état de 30% de Chinois sur un million de personnes qui se suicident chaque année dans le monde. Selon l'enquête menée conjointement par le Centre de recherche sur le suicide de l'Université d'Oxford (Royaume-Uni) et le Groupe de recherche sur le suicide à l'hôpital de l'Université de Gand (Belgique), parmi les pays avec le taux de suicide le plus élevé dans le monde on retrouve la Lettonie, la Finlande, le Kazakhstan, le Japon et la Chine. Le taux de suicide dans ces pays varierait entre 40 (Lettonie) et 22,2 (Chine) pour 100 000. La dernière enquête du magazine médical The Lancet montre que les suicides ne représentent en moyenne que 3,6% des décès en Chine, et pourtant, avec près de 60% de la population chinoise vivant à la campagne, la proportion des cas de suicide entre la ville et la campagne représenterait entre 1 : 3 et 1 : 5. On note un comportement suicidaire surtout chez les femmes, à la différence des autres pays, où ce sont les hommes qui se suicident le plus, et un grand nombre de tentatives de suicides aux pesticides. Ce chiffre a baissé de moitié en 20 dernières années. Si en 1990, selon le rapport de Murray et Lopez, le taux de suicide représentait 35 cas pour 100 000 personnes, entre 1995 et 1998 il est tombé à 24, affirme le directeur du Centre de recherche et d'intervention psychologique de Beijing Michael Philipps.

Michael Philipps effectue des recherches sur le comportement des personnes dépressives en Chine depuis 1995. Selon ses constatations, en Chine chaque 2 minutes 9 personnes tentent de se suicider, et une personne y parvient. Ainsi le pays perd 287 000 vies chaque année et on réussit à sauver la vie de 2 millions. Les catégories les plus touchées sont des femmes âgées de 15 à 24 ans, et des personnes âgées de plus de 60 ans. Selon l'enquête de l'Hôpital de Huilongguan de Beijing, 30% de personnes tentent de se suicider à cause des disputes familiales. Suivent ensuite le stress lié au travail et l'isolement social. « Les gens sont devenus plus fragiles », explique Zhang Chun, directeur du réseau d'aide contre le suicide de Nankin (province de Jiangsu), « surtout les groupes sociaux défavorisés et l'élite. Depuis les réformes d'ouverture, les changements sociaux rapides et les contradictions entre les valeurs traditionnelles et modernes ont fait perdre aux gens leur équilibre psychologique », note-t-il, « beaucoup essaient de retrouver leur équilibre dans la course à la fortune, mais pas tout le monde y parvient».

Sun, un employé chinois de 25 ans travaillant pour Foxconn, assembleur de l' iPhone, s'est suicidé le 16 juillet 2009 après la disparition d'un prototype de la quatrième génération du téléphone mobile à succès d'Apple qui lui a été confié. L'employé se serait vu confier le lot de 16 prototypes secrets d'iPhone. Au moment de les envoyer à Apple, il se serait aperçu de l'absence de l'un des modèles, ce qu'il signale le 13 juillet. C'est le début d'une descente aux enfers pour le jeune Sun : interrogatoires, appartement fouillé, etc. Trois jours plus tard, il se donne la mort en sautant de son appartement situé au 12e étage d'un immeuble de Shenzhen, dans le sud du pays. Il s'agissait d'un employé qui avait fait ses preuves auprès de l'entreprise, c'est pourquoi il s'est vu confier une tâche aussi importante. Un autre exemple, Shen Zhongliang, le chef du Service local des impôts du comté de Sheyang dans la province de Jiangsu, qui avait mis fin à ses jours dans son bureau pour une raison inconnue en février de 2009. Le journal Beijing Youth Daily a rapporté que le chef de service, apprécié par son équipe pour son travail de qualité et sa bonne humeur se serait pendu dans son bureau le 7 février 2009. Les employés du service et les membres de sa famille se disent très choqués.

Si l'environnement de travail se dégrade, un bureau peut devenir un endroit dans lequel il serait plus dangereux de travailler que dans une usine. Car dans une usine on peut facilement s'exprimer, on est écouté et soutenu par ses collègues, alors que les relations entre les « cols blancs » au sein d'une entreprise sont beaucoup plus limitées et peuvent provoquer des incompréhensions, des malentendus, et générer des conflits.

Eugène Zagrebnov

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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