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FrançaisMise à jour 22.02.2010 17h27
Noël à Beijing ou Fête du Printemps à Paris, ou le destin croisé de deux fêtes traditionnelles

Ca y est... la semaine de folie entamée le 13 février dernier au soir a pris fin, nous voici en plein dans l'Année du Tigre. Une fête de plus qui passe, tout cela m'inspire quelques réflexions. Noël à Beijing ou Fête du Printemps à Paris ? Ou comment deux fêtes traditionnelles s'internationalisent... pour le pire et le meilleur. Parce que si, indéniablement, le fait que l'on célèbre Noël à Beijing et la Fête du Printemps à Paris peut favoriser une meilleure connaissance des autres peuples et des autres cultures, souvent mal et de manière insuffisante au demeurant, cette internationalisation risque aussi de faire perdre à ses fêtes une part non négligeable de leur saveur et d'en donner une image biaisée. J'en veux pour preuve, par exemple, les immenses et improbables sapins en plastique qui ont « poussé » à Wangfujing cette année à Beijing, ou les défilés organisés dans le 13e Arrondissement de Paris à l'occasion du Nouvel An chinois, où justement les « vrais » Chinois qui y participent ne sont pas si nombreux, ou encore les cohortes d'occidentaux qui à la même époque croient bon de se précipiter à Beijing pour fêter le Nouvel An chinois, ne sachant pas qu'à ce moment là, la capitale chinoise est aussi peu animée qu'elle peut l'être, en dehors des pétards et des foires dans les temples. J'exagère, dites-vous ? En dehors de ces foires, avez-vous fait un tour en ville aux alentours du 14 février ? Si oui, je gage que vous serez d'accord avec moi...

De par mon parcours personnel, j'ai eu la chance, ou l'occasion, c'est selon, de participer aux deux fêtes, à Paris comme à Beijing, avec des Français comme avec des Chinois, ce qui me permet de les voir dorénavant avec un certain recul, avec un regard mi-philosophique mi-ethnologique si vous voulez, un peu goguenard même, à l'occasion... et de constater qu'il y a plus de points communs qu'on ne pourrait le croire au premier abord.

Il est vrai que la Fête du Printemps, parlons surtout d'elle, connaît une popularité croissante en France (et dans d'autres pays européens aussi). Comme mon confrère l'a fort justement souligné dans sa présentation du défilé de cette année à Paris, c'est tout de même chose récente, une dizaine d'années tout au plus.

Je me souviens personnellement que la première Fête du Printemps que j'ai célébrée en France l'a été en 1990, et c'était alors en compagnie de mon professeur de Chinois, Melle Liang, une Pékinoise bon teint à qui je dois beaucoup, et que je souhaite, profitant de ces colonnes, remercier pour tout ce qu'elle m'a apporté, et notamment un amour immodéré pour la langue et la culture chinoises. Et fort peu de Français s'intéressaient alors à cette fête, à supposer même qu'ils la connaissaient.

Auparavant, donc, c'était - et ça l'est toujours, mais dans une moindre mesure - le fait des Vietnamiens d'origine chinoise arrivés en France dans les années 70, et surtout dans le 13e Arrondissement de Paris. Sauf que ces personnes, fort honorables, travailleuses et respectées de tous, avaient la plupart du temps un défaut, celui ne pas plus connaître la Chine ou la langue chinoise que je ne connais Mars ou la Lune. Ce que naturellement on ne saurait leur reprocher, mais ce qui, malgré leurs efforts, ne pouvait donner aux Français qu'une image assez biaisée des traditions purement chinoises. Sans compter que leurs défilés, pour aussi beaux qu'ils soient, étaient, comme je l'ai écrit un peu plus haut, composés de personnes de diverses origines, souvent fort éloignées de la Chine, puisque même nombre de Français y figuraient, pour peu, par exemple, que ledit défilé compte dans ses rangs un char d'une école d'arts martiaux, dont de nombreux Français sont si friands. Question authenticité et présentation d'une culture étrangère, il y avait donc de quoi à redire. Tout au moins ces festivités avaient-elles, et ont toujours, le mérite d'exister, et d'avoir ouvert la voie.

Le vrai changement est arrivé donc un peu plus tard, à la fin des années 90, du fait de Chinois, de souche ceux-là, les Wenzhou. Bien qu'installés en France depuis les années 30, ils ont été fort discrets et peu nombreux jusqu'à une date récente. Ils sont désormais installés en nombre, et représentent le gros des bataillons des Chinois présents dans la capitale, et leur poids et leur influence, ne cessent de grandir. Et ce sont eux qui, en accord avec la Mairie de Paris, organisent désormais le fameux défilé qui part de l'Hôtel de Ville, et qui est si prisé des Parisiens et des spectateurs venus pour l'occasion. Leurs rangs ne comptent quasiment que des Chinois, et le plus souvent de cette région de Wenzhou. Authenticité assurée, donc. Les Occidentaux y sont pour ainsi dire absents, sauf à avoir bénéficié d'une invitation spéciale, et il y en a fort peu, que j'ai eu la chance insigne d'obtenir à plusieurs reprises. Ce qui m'a valu, tout comme les autres participants, d'être maquillé et habillé de vêtements traditionnels chinois et de défiler dans les rues de ma ville natale, sous l'oeil ébahi de spectateurs se disant « Ce Chinois a vraiment une drôle d'allure... ». Habillé et grimé en jeune diplômé fraîchement émoulu de l'Académie Impériale ou en général chenu et barbu tout droit sorti des Trois Royaumes, cela m'a permis de voir réellement, et de l'intérieur, comment se passe la Fête du Printemps. A Paris. A Paris qui, à cette occasion, se pare de lanternes rouges, à Paris où les supermarchés mettent aussi en rayon à qui mieux mieux des « spécialités asiatiques » (j'utilise les guillemets à dessein... tant il est vrai que je trouve cette dénomination totalement grotesque, qui fait que par un douteux glissement sémantique, ce qui concerne l'Extrême Orient a désormais souvent pour synonyme « asiatique ». Car pour autant que je le sache, les Turcs, dès la rive orientale du Bosphore, les Iraniens ou les Indiens sont aussi asiatiques. Passons...) spécialités qui le plus souvent d'ailleurs sont aussi chinoises que je suis Brésilien... et pas des plus ragoûtantes par surcroît. Tous ceux qui ont eu le courage de goûter ces choses-là et de tester la vraie cuisine chinoise par ailleurs me comprendront.

Quand je vous disais que la vue qu'ont les Français de la Fête du Printemps est un tantinet faussée, ce ne sont pas ces pseudo-spécialités qui risquent d'arranger les choses... Tout au moins reste-t-il ce défilé, et les innombrables gargotes Wenzhou près de l'Hôtel de Ville, dont certaines servent une vraie et authentique cuisine locale, et c'est déjà ça. Mais pour le reste, rien n'est vraiment expliqué sur la signification réelle de la Fête du Printemps dans les médias français, qui se font pourtant écho de ces festivités, pas plus qu'on en dit davantage sur Noël à la télévision chinoise, ce qui est regrettable. Et sachant que cette fête est également - et surtout- une fête de famille, à moins d'avoir été invité dans une famille chinoise et d'avoir partagé leurs traditions (ah, la fabrication des raviolis en famille... vous n'avez pas connu ça ? Dommage... car c'est dans ce genre d'occasions qu'on peut saisir un tant soit peu l'esprit de cette fête), il y a fort à parier que vous ne retiendrez de ce moment que les costumes chamarrés, le bruit des pétards et les plats tout prêts de la grande distribution.

A moins, à moins... A moins que tout cela ne vous donne envie, et si vous en avez la possibilité, de passer cette fête dans une famille chinoise, à Beijing ou ailleurs. Trop difficile, dites-vous ? Certes... mais rassurez-vous, je l'ai fait pour vous ! J'ai eu cette chance, car cela peut assurément en être une. Tout y est passé, la confection des raviolis, les pétards, les vêtements neufs, la soirée de gala de CCTV et la visite à la foire au temple dès potron-minet le lendemain. Et pour finir quelques jours de vacances en province, dans des lieux magnifiques, mais surpeuplés, congés oblige. Une expérience inoubliable et chaleureuse, à tout le moins. Et des plus intéressantes, car c'est ainsi que l'on peut vraiment constater l'importance que revêt la Fête du Printemps en Chine, dont hélas ont ne peut avoir qu'une vague idée avec les représentations données en France ou ailleurs. Mais c'est toujours mieux que rien, me direz-vous, et vous avez tout de même raison.

Et Noël, alors ? Ah, Noël... les illuminations dans les rues, le sapin, les cadeaux, la dinde et la bûche (oui je sais, je caricature un peu. Quoique...). Tout comme la fête du Printemps, c'est aussi, en principe, l'occasion de réunir la famille, de dépenser (souvent beaucoup), de manger (trop), de boire (et pas toujours modérément...), voire, si on le peut, de prendre aussi quelques jours de vacances.

C'est ainsi que je me suis de mon côté efforcé de faire connaître les traditions de Noël à mes amis de Beijing, qui se sont eux empressés de faire de leur mieux pour célébrer Noël avec moi dans la capitale, certes de façon un poil décalée, mais ô combien chaleureuse et intéressante.

Mais Noël, c'est aussi, tout comme la Fête du Printemps, une fête dont la signification profonde, même si elle est encore connue de presque tout le monde (du moins en Occident) est désormais le plus souvent mise de côté. Car Noël et la Fête du Printemps sont aussi de formidables machines à faire des profits pour les commerçants, qui à cette occasion font souvent une bonne partie de leur chiffre d'affaires annuel. Dame, il faut bien vivre... De nos jours, il en va ainsi de toutes les fêtes importantes, et dans tous les pays du monde. On peut le déplorer ou non, mais c'est un fait. Je ne craindrai pas de dire qu'ainsi ces motivations bassement matérielles font aussi partie de l'émergence de cette fête en Chine, surtout dans les grandes villes comme Beijing, à côté de la présence de nombreux « laowai » pour qui cette fête compte malgré tout bien qu'étant à l'autre bout du monde, et de la curiosité naturelle de très nombreux Chinois pour les cultures étrangères (quand je pense que certains osent encore dire que les Chinois ne sont pas ouverts...).

Tout comme j'écrivais un peu plus haut que les supermarchés français proposent dès la fin janvier – comme par hasard – une foultitude de « spécialités asiatiques » qui ne figurent pas dans leurs rayons en temps ordinaire et que les ressortissants chinois habitant en France ne consomment en général pas... en cela, Noël et la Fête du Printemps se ressemblent aussi. En ce sens, c'est ce qui me fait dire qu'en s'exportant, ces fêtes perdent une bonne part de leur saveur, quand bien même le fait même qu'elles partent à l'étranger contribue un peu à faire connaître aux autres, de Paris ou de Beijing, une autre culture. Et même si c'est un peu faussé, si cela peut, fût-ce un tout petit peu, rapprocher les peuples, la chose a tout de même un côté positif.

Mais c'est ce qui fait également, je le crois, malgré l'importance des traditions, que tant en France qu'en Chine, certains ne se croient plus obligés de célébrer ce genre de fêtes. A chacun ses goûts, après tout... mais en y réfléchissant un peu, on peut en comprendre certains ; le côté obligé, les débauches de dépenses et les réunions avec des personnes, qui même si elles sont de votre famille, on n'apprécie parfois que modérément en rebute plus d'un, à Paris comme à Beijing. Qui n'a jamais entendu parler de repas de fêtes tournant au règlement de comptes ? Tout le monde étant en principe là, quelque soient ses sentiments, rancoeurs, jalousies se retrouvent alors aussi parfois au pied du sapin ou dans les enveloppes rouges...l'occasion est trop belle. Ne me dites pas que ce n'est pas vrai, ce genre de choses arrive. Soit vous l'avez vécu vous-même, soit vous en avez eu témoignage. Je sais, certains vont me traiter de pisse-vinaigre... pas du tout ! C'est que je j'appelais au début de ce billet un regard mi-philosophique mi-ethnologique, détaché... Car ces deux fêtes, Noël ou la Fête du Printemps peuvent être aussi des moments magiques. A Paris comme à Beijing, avec des Français comme avec des Chinois.

Allez, sur ce, je vous quitte et vous laisse méditer sur la signification profonde de ces fêtes. Et bonne Année du Tigre !虎年大吉 !

Laurent Devaux

La Fête du Printemps célébrée dans le monde entier

Le défilé du Nouvel An chinois du 13e arrondissement de Paris

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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