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FrançaisMise à jour 13.04.2010 11h30
NBA ou 美篮盟 ? Quand les abréviations étrangères polluent la langue chinoise

Si vous avez un peu suivi l'actualité chinoise de ces derniers jours, c'est sans doute un fait qui ne vous aura pas échappé : dorénavant, les journalistes et présentateurs des médias chinois seront priés de ne plus utiliser d'abréviations en langue étrangère, mais leur équivalent en langue chinoise, et, au cas où ils ne pourraient faire autrement, ils devront donner une explication en langue chinoise.

Voilà qui est clair. Le but avoué est de préserver la pureté de la langue chinoise, de la protéger autant que faire se peut de trop d'influences étrangères, qui pourraient lui nuire. Louable intention, en vérité ; la France n'a-t-elle d'ailleurs pas fait de même, avec plus ou moins de succès d'ailleurs ?

Cela étant, cette affaire a suscité un vaste débat en Chine, entre ceux qui trouvent cette décision absurde et rétrograde, au nom de l'ouverture sur le monde, ceux qui l'approuvent pleinement, et d'autres, qui sont plus mesurés.

Quant à moi, je ferais plutôt partie de le troisième catégorie, tant il est vrai, à mon avis, que les deux premières catégories ont tort ; on peut en effet fort bien s'ouvrir sur le monde sans pour autant truffer sa langue de mots étrangers à tout bout de champ, comme se plaisent à le faire beaucoup de Chinois (et pas mal de Français aussi, par la même occasion). Je trouve faire ainsi que loin d'être symbole de culture et d'ouverture d'esprit, voire tout simplement d'ouverture sur le monde, cette pratique participe plutôt de la cuistrerie et du snobisme les plus ridicules. Sans compter, le plus souvent, que ces personnes ne maîtrisent pas parfaitement leur propre langue maternelle, et moins encore la langue étrangère qu'ils citent à bouche-que-veux-tu. Rien d'étonnant à cela, à vrai dire... pour ma part, je reste convaincu que pour bien apprendre une langue étrangère, il vaut mieux d'abord maîtriser la sienne propre. Et quand c'est le cas, on ne fait en général pas étalage de ses connaissances en langues étrangères à tout propos, et on utilise plutôt des mots de sa langue convenablement choisis, fussent-ils d'origine étrangère (et ils ne manquent pas, tant en chinois qu'en français), n'utilisant un mot ou une abréviation étrangers (anglais en l'occurrence) que si on ne peut vraiment pas faire autrement, tout simplement parce que, parfois, il n'y a pas d'autre mot, et à condition qu'on en connaisse aussi parfaitement le sens, si jamais il était nécessaire de l'expliquer. Ayez la curiosité de demander un jour à un de ces ridicules mordus de l'abréviation ou des mots anglais à tout crin quelle est leur signification véritable, vous serez surpris... combien de Chinois ou de Français qui vous sussurent du NBA ou autres joyeusetés de la même farine sont capables de vous donner la signification exacte sans parler de la prononciation correcte ? Pas autant que vous pourriez le croire... c'est bien connu, la culture, c'est comme la confiture ; moins on en a, et plus on l'étale. Dont acte.

De l'autre côté, donc, il y a aussi ceux qui refusent absolument tout emprunt à une langue étrangère quelle qu'elle soit, au nom de la pureté de leur langue et de leur culture ; c'est tout aussi obtus que ridicule, et impossible par surcroît, sauf à vivre coupé du monde et de ses réalités. Pas facile pour un individuel, et encore moins pour un pays, plus encore à notre époque. Une langue, ça vit, ça évolue. Une langue qui n'évolue pas, qui ne vit pas, est une langue qui meurt, tout simplement. Toutes les langues sans exception sont le produit d'une histoire, d'une culture, d'une évolution, et de contacts plus ou moins marqués et fréquents avec d'autres peuples et d'autres cultures. Il en est ainsi, qu'on le veuille ou non, et cela n'est pas près de changer. C'est particulièrement vrai du français, et d'autres langues européennes, dont les emprunts à l'étranger sont fort nombreux, et depuis fort longtemps, y compris au chinois (pour ne citer que deux d'entre eux, par exemple, kaolin et chantoung, le premier désignant une argile blanche destinée à la fabrication de la porcelaine et le second une étoffe de soie ; ces deux mots sont présents dans la langue française depuis plusieurs siècles...).

Dans certains cas, on utilise ces mots parce qu'il n'y en a vraiment pas d'autre : essayez par exemple de commander une pizza sans utiliser le mot italien, en utilisant le français pour le faire... bon courage !Et de même en chinois, langue suffisamment souple pour avoir su retranscrire des mots d'origine étrangère soit par leur sens (飞机 avion,电话téléphone etc, même si pour cela bon nombre de ces mots ont fait un petit tour par le Japon avant de revenir en Chine...) soit par leur prononciation, plus ou moins approximative (巧克力 chocolat, 马拉松 marathon, 白兰地 brandy, etc, etc.). Essayez donc d'acheter du chocolat à Beijing sans utiliser巧克力, et de trouver un équivalent chinois. Vous m'en donnerez des nouvelles...

Les ayatollahs (ah tiens, encore un mot d'origine étrangère, farsi celui-là, qu'on utilise parfois en français, en l'ayant détourné de son sens originel, pour désigner quelqu'un de plutôt obtus et rétrograde...) de la pureté de la langue mènent un combat d'arrière-garde et perdu d'avance.

Non, en fait je crois, comme dans beaucoup de choses, que la vérité est entre les deux, tout simplement. Il faut savoir parfois accepter un mot étranger, quitte à le franciser ou le siniser dans sa prononciation le cas échéant, quand sa propre langue ne dispose de rien de tel. Je viens d'en donner quelques exemples, et il y en a beaucoup d'autres. C'est naturel et cela n'a rien de choquant, ni ne témoigne de l'appauvrissement ou de la colonisation d'une langue par une autre ; c'est plutôt la preuve de sa vitalité.

Mais à l'inverse, il faut, je le crois, avec la plus extrême vigueur, savoir refuser tout emprunt étranger qui n'est pas nécessaire dans la mesure ou sa propre langue dispose déjà de tout ce qu'il faut ; ce serait faire ainsi d'une part faire preuve de pédantisme, de paresse, et à terme pourrait vraiment se montrer dangereux et polluant pour une langue. Il n'y a qu'à voir les déformations qu'a subies le japonais suite à l'occupation américaine de la fin des années 40 : nombre de mots du vocabulaire japonais sont désormais des transcriptions phonétiques de l'anglais, alors que des mots locaux existaient auparavant.

Dans ce sens, je ne comprends pas pourquoi certains Chinois s'obstinent à utiliser des abréviations étrangères alors que le chinois est suffisamment riche et souple pour permettre de trouver des équivalents. J'en veux pour exemple le journaliste sportif que cite le Quotidien du Peuple en ligne et qui me semble à ce sujet particulièrement significatif ; quel zèle – assez ridicule, convenons-en- l'a poussé, suite aux nouvelles directives à dire « La NBA, c'est à dire l'Association Nationale du Jeu de Basket-Ball des Etats-Unis » ? On ne me fera pas croire que ce présentateur n'est pas suffisamment intelligent pour trouver par lui-même une abréviation bien chinoise et assez parlante. Faute de NBA, n'aurait-il pu forger un néologisme court et clair, comme par exemple « 美篮盟 » ? N'aurait-il pas pu, l'occasion faisant le larron, et saisir la balle au bond, c'est le cas de le dire, enrichir la langue chinoise par un de ces néologismes dont elle à le secret et qui se répandent ensuite sans la moindre difficulté ? Les Français ont su le faire, par exemple, avec « baladeur », petit appareil destiné à pouvoir écouter de la musique un peu partout. Nul doute que les Chinois, peuple intelligent et inventif s'il en est, sauront en faire de même suite à cette directive du gouvernement et... le prendre au mot !


Laurent Devaux

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

Commentaire
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