100 chansons patriotiques/Edition du week-end/Notre site/Archives/

 
FrançaisMise à jour 28.05.2010 16h21
Beijing ou l'enfer de la circulation au quotidien

Moi j'aime la Chine, ce n'est pas une nouvelle... ses paysages, ses cuisines si variées, sa culture plusieurs fois millénaire, son peuple enfin. A tel point que non content d'y avoir pas mal voyagé, j'ai décidé d'y vivre, avec la ferme intention d'y rester le plus longtemps possible. Tout va bien alors, je suis heureux, 高高兴兴,快快乐乐, comme on dit ici, rien ne me choque, rien ne m'y irrite ? Si, tout de même... car tout n'est pas parfait, la perfection n'étant pas de ce monde. Si vous êtes restés, peut-être pas aussi longtemps que moi, mais même ne serait-ce que quelques jours, à Beijing, vous serez sûrement d'accord avec moi. S'il y a bien quelque chose d'irritant, d'énervant dans cette ville, c'est la circulation et les transports. Démentiels, infernaux, effrayants, j'ai entendu tous les adjectifs possibles et imaginables. En résumé, un seul mot : Aie !

Ca fait trois ans ou presque que j'habite à Beijing, et je n'ai nullement envie de la quitter. Pourtant, ces foutus transports et cette damnée circulation ont la fâcheuse tendance à m'énerver plus que de raison... ils sont nombreux, les habitants de Beijing. Et comme moi, beaucoup vont travailler ou étudier tous les jours. Pour cela, ils ont le choix, bus, métro, vélo, électrique ou non, voiture, taxi, voire scooter comme moi. Tous les moyens sont bons, à défaut d'être efficaces.

J'ai tout essayé ou presque, avant de jeter mon dévolu sur mon désormais fidèle scooter. Le vélo, au début. J'y ai vite renoncé après quelque temps, ayant trouvé les distances trop longues, vaincu par la paresse. Le bus et le métro ensuite. Et c'est là qu'on comprend ce que ville très peuplée veut dire... les bus sont nombreux, assez pratiques et affichent des prix défiant toute concurrence (1 Yuan, voire 4 maos si vous utilisez la carte. Imbattable), mais problème... ils sont la plupart du temps bondés, version boite de conserve sur roues. Et très souvent pris dans les embouteillages, ce qui rend ce moyen de transport très aléatoire pour arriver à l'heure... le métro, alors ? Plus cher (2 Yuans), mais aussi plus rapide et plus efficace. Ca, les Pékinois l'ont bien compris. Tellement bien compris qu'il est bondé à toute heure du jour, au point parfois de ne pas pouvoir rentrer dans les rames. Parce que, tout simplement, le réseau est encore, malgré les titanesques efforts faits et en cours, squelettique. Qu'on en juge : à peine dix lignes pour 20 millions d'habitants. Ma bonne vieille ville natale de Paris compte près de 20 lignes, avec deux fois moins d'habitants, et de l'avis général, c'est encore insuffisant. Vous imaginez donc pour Beijing... du coup, j'ai aussi laissé tomber bien vite le métro, sauf à ne pouvoir faire autrement. Je suis donc passé au vélo électrique ensuite, belle invention en vérité, et qui pourrait être la solution idéale si... s'il ne fallait pas recharger après une distance assez courte les batteries, sous peine de rester au bord de la route loin de chez soi pour un bon moment. C'est tout de même, il faut le dire, une excellente solution pour les trajets courts. Et n'ayant pas d'automobile, j'ai fini par opter pour le scooter à essence. Liberté, efficacité, confort... et pollution, on n'a rien sans rien.

Et c'est tout ? Non, hélas... car il faut bien dire que rouler en deux roues à Beijing, vélo, vélo électrique ou scooter tient plus de l'aventure que de la balade joyeuse... en exagérant un peu, on pourrait dire qu'à Beijing, rouler en deux roues s'apparente à la roulette russe, et que la question à se poser n'est pas « vais-je avoir un accident », mais bien plutôt « quand vais-je avoir un accident »... au fait, si jamais vous optez pour le deux-roues, n'oubliez pas d'acheter un bon avertisseur ; il peut être aussi omportant que vos deux roues...

Et pourquoi cela ? J'aime beaucoup les Chinois, je l'ai déjà dit. Mais quand ils sont au volant d'une voiture ou au guidon d'un deux-roues, c'est une autre histoire... je passe aussi sur l'état parfois assez déplorable de certaines rues de Beijing, avec des trous ou des bosses pouvant parfois atteindre 15 bons centimètres. Dans une ville aussi grande et avec des écarts de température aussi importants entre l'hiver et l'été, les services de voierie ont des circonstances atténuantes certaines.

Mais que vous conduisez mal, amis chinois ! Tout y passe : excès de vitesse, non-respect de la priorité, non utilisation des clignotants pour tourner, circulation sur les voies réservées aux deux-roues, démarrage, arrêt et démarrage et demi-tour à peu près quelque soit l'endroit et sans prévenir et j'en passe... et les deux roues ne sont pas en reste : circulation à contresens, activités diverses pratiquées en roulant, comme téléphoner, manger, fumer, écouter de la musique, regarder ailleurs et, activité favorite de beaucoup de cyclistes, discuter à deux ou trois, ce qui fait que d'une part ceux qui sont derrière ne peuvent pas passer et que ces bavards sont très souvent incapables de conserver une trajectoire un tant soit peu rectiligne... de quoi énerver le plus flegmatique des cyclistes ! Sans doute par manque de formation suffisante, manque d'expérience et peut-être aussi un certain manque de civisme parfois... certains de mes amis chinois qui eux ont été bien formés et ont de l'expérience conduisent remarquablement bien. Mais je crains que ce genre de personnes ne soit encore minoritaire dans les rues de la capitale... N'oublions pas les piétons en passant ; nombre d'entre eux semblent avoir oublié ce que « trottoir » veut dire.

En près de trois ans à Beijing, j'ai parcouru près de 20 000 km sur mon deux-roues à moteur. Autant dire que je connais assez bien le sujet maintenant, que je sais de quoi je parle, et qu'au moins j'ai compris une chose : je sais pourquoi aucun Chinois n'a encore remporté le Grand Prix de Formule 1 de Monaco ni le Tour de France. Et à mon avis, ce n'est pas pour demain...

Et n'oublions pas les bouchons, tellement infernaux malgré toutes les mesures prises qu'ils sont désormais devenus une partie de la légende de Beijing...

Pourtant le gouvernement local fait ce qu'il peut, mais que peut-il réellement faire ? On dit qu'il y a quelque 9 millions de vélos à Beijing. Je ne sais pas si c'est vrai, mais en tout cas il y a au moins 4 millions de voitures, et 1 000 environ arrivent en plus sur les voies de Beijing chaque jour... le gouvernement de Beijing a, d'après ce que je sais, décidé de favoriser la circulation des deux roues pour tenter d'alléger autant que possible une circulation congestionnée. Heureuse initiative, sauf que mon expérience personnelle me laisse penser que c'est peine perdue, notre bonne vieille ville de Beijing n'est plus faite pour les deux-roues, quand bien même ils y sont encore nombreux. L'augmentation du prix de l'essence et du stationnement, les bouchons infernaux, rien ne semble dissuader les habitants de Beijing de devenir des « chenu » (车奴), des esclaves de la voiture. Et il est difficile de leur en vouloir, malgré tout... essayez de traverser la ville aux heures de pointe avec les transports en commun, et vous serez aussi sans doute plus indulgent. La solution, mais y a-t-il une solution parfaite, passe sans doute entre autres par un développement accéléré du métro. Quand les lignes seront deux ou trois fois plus nombreuses, la situation sera peut-être un peu meilleure.

On peut toujours rêver... bon, ce n'est pas tout ça, mais il faut que je vous quitte... mon scooter m'attend. Souhaitez-moi bon courage ; je sens que je vais encore en avoir besoin...

Laurent Devaux

[1] [2] [3] [4] [5] [6] [7]

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

Commentaire
Nom d'utilisateur Anonyme  
  
  
  
L'économie chinoise continue à connaître une croissance vigoureuse
Le vice-président chinois rencontre le président du parti au pouvoir du Botswana
Y a t-il un danger que la Chine oublie le passé ?
Qu'est-ce que la Chine peut apporter à l'Afrique ?
Des entreprises chinoises empêchées d'investir aux Etats-Unis : un nouveau rideau de fer pour garantir la « sécurité de l'Etat » ?
La Chine a besoin de développer ses propres marques
Combien de temps la Chine pourra-t-elle rester un pays compétitif?