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FrançaisMise à jour 10.06.2010 13h40
Les Hutong de Beijing

Pour la plupart des étrangers qui souhaitent visiter Beijing, il y a quelques sites incontournables ; et qui tous en valent la peine et qui sont tous déjà connus des futurs touristes : la Grande Muraille, la Cité Interdite, le Palais d'Eté, le Temple du Ciel, et bien entendu les fameux hutong, tout aussi uniques et particuliers à Beijing. Eh bien allons y !

Ces hutong, dont le nom en caractères 胡同n'a en soi pas de signification précise, tireraient leur nom du mongol « hottog », signifiant puits, et dont la langue chinoise a fait une transcription. Le sens supposé ou réel, voire pas de sens du tout n'est pas ce qui compte le plus ici, mais plutôt leur origine mongole, car en effet c'est à la Dynastie mongole des Yuan, qui règna sur la Chine de 1278 à 1368 que remonterait l'origine de ces fameuses ruelles, dans un Beijing qui s'appelait alors Dadu (大都, la Grande Capitale). Ceux que l'on peut voir aujourd'hui encore datent de cette dynastie et des deux suivantes, les Ming (1368-1644) et les Qing (1644-1911). Contrairement à ce que le visiteur actuel peut imaginer, il y en avait un peu partout dans la capitale, portant souvent des noms aussi imagés que Ruelle de la Viande de Mouton (羊肉胡同), Ruelle des Poissons Rouges (金鱼胡同) ou encore Ruelle de la Pluie Bienfaisante (甘雨胡同) et Ruelle des Nouilles Sautées (炒面胡同) ; de très nombreux d'entre eux ont été détruits, au grand dam des touristes occidentaux qui peuvent difficilement imaginer la dureté des conditions de vie dans ces quartiers, un peu moins pour les habitants locaux, qui très souvent ont quitté sans grand regret ces habitations où le pittoresque et l'ancien le disputaient à l'inconfort et à l'ancienneté, pour ne pas dire plus. Entre la vétusté à l'ancienne et le confort moderne, fût-il sans âme, entre l'histoire et la modernité, les Pékinois ont tranché. Mais rassurez-vous, il en reste suffisamment, qui sont protégés, pour satisfaire votre soif d'authenticité pékinoise.

Les hutong les plus connus sont ceux situés dans la partie Nord de la ville. A raison, car il faut bien reconnaitre que le paysage alentour est vraiment magnifique. La visite commence dans le quartier de Shichahai, qui se trouve en face de l'entrée Nord du Parc de Beihai. Impossible de manquer l'endroit, du fait de la présence d'un lac. De trois, plutôt. Qianhai (前海), Houhai (后海) , le plus connu parce que sur son pourtour se concentrent toute une kyrielle de bars très prisés des noctambules tant Pékinois qu'étrangers, et Xihai (西海). Cet endroit était auparavant le port de commerce de Beijing, relié au Grand Canal, qui coulait de Hangzhou, dans le Sud, vers Beijing. Cette vocation a depuis longtemps disparu, et aujourd'hui ces lacs font surtout le bonheur des amateurs de canotage au printemps et en été, et des patineurs l'hiver, quand les lacs sont gelés.

Il est très facile de se perdre dans ce dédale de ruelle, et d'ailleurs s'y perdre ne manque pas de charme. Pour les moins téméraires, il reste la solution du guide, ou du vélo-pousse, qui pullulent aux alentours de Houhai. Laissez-vous tenter, ne serait-ce qu'une fois...

Avec un peu de chance, vous aurez l'occasion de visiter un des endroits mythiques des hutong, ces fameuses maisons à cour carrée, les Siheyuan (四合院). Peu d'entre eux sont bien conservés et ont su préserver leur apparence originelle, pression démographique oblige, ce qui peut faire que vous risquez d'être éventuellement déçu devant l'encombrement incroyable que présentent la cour de la plupart d'entre eux.

Mais si vous pouvez tomber sur un siheyuan bien conservé (il y en a encore, rassurez-vous), vous comprendrez alors que tout, ou presque, y est symbole, que peu de choses sont laissées au hasard. Entrons, voulez-vous ? D'abord, levez un peu la tête et regardez au dessus de la porte : mais que sont ces plots de bois hexagonaux ? Ce sont les Menzan (门簪). Leur nombre, ou leur absence, indiquait le rang social des habitants de l'endroit. Deux, voire aucun, pour les gens du peuple, quatre pour les personnes ayant, si l'on peut dire, pignon sur rue ou fonctionnaires, par exemple. Cela va jusqu'a douze, mais dans le cas présent, il s'agit de la demeure du Prince Gong, frère de l'Empereur Xianfeng, et régent la mort de ce dernier. Voilà, nous y sommes, dans cette cour carrée. Les bâtiments la bordent donc des quatre côtés, et peut-être même qu'il y a quelques arbres au centre. Là non plus, rien n'est laissé au hasard, et on n'y habitait pas au hasard non plus : le bâtiment nord était réservé au chef de famille, les parents en règle générale, mais ce pouvait tout aussi bien être d'autres personnes, pour peu qu'elles occupent le rang le plus élevé. A l'est, les fils. Pourquoi à l'est ? Tout simplement du fait du rôle capital des fils dans la culture traditionnelle chinoise ; et sachant que le soleil se lève à l'est, on aura aisément compris le symbole. Les filles, du coup, se retrouvaient tout naturellement... à l'ouest. Et au sud, me direz vous ? Au sud étaient logés le personnel, où à défaut, le bâtiment faisait souvent office de bibliothèque. Quant aux arbres, en dehors des traditionnels plaqueminiers, si typiques de Beijing, on pouvait aussi trouver trois sortes de plantes chargées de symboles : les grenadiers et la vigne, qui pour le premier contenant de nombreuses petites graines et le second de nombreux grains, symbolisaient une descendance nombreuse. On pouvait aussi trouver un jujubier, mais dans son cas, il ne s'agissait pas des fruits, mais du nom de l'arbre, en chinois zao (枣) homophone de zao (早),qui veut dire tôt, réferénce à la formule traditionnelle 早生贵子, par laquelle on souhaitait (et qu'on souhaite encore de nos jours) aux jeunes mariés de donner bien vite naissance à une descendance.

Sortons donc de ce siheyuan et continuons notre promenade. En remontant Houhai depuis Shichahai, après avoir passé un petit pont en marbre, nous voici dans un des autres lieux importants du quartier, la rue Yandan (烟袋斜街), universellement connu sous le nom de Rue de la Pipe. Nom étrange ? Pas tant que cela... primitivement appelée Gulou Xiejie鼓楼斜街 (Rue oblique de la Tour du Tambour, car elle débouche devant la Tour), elle a pris ensuite sous la Dynastie des Qing le nom qui est encore le sien aujourd'hui. Deux explications cohabitent : la première veut que ce soit dû au fait que les Mandchous, réputés amateurs de tabac, venaient s'y approvisionner ; et l'autre, du fait de la forme de cette rue, qui en effet n'est pas sans rappeler la forme d'une pipe chinoise. Quoi qu'il en soit, le nom est indubitablement lié au tabac. A noter que cette rue fut aussi surnommée dans les années 1920 Petite Rue Liulichang (小琉璃厂) en référence à la célèbre rue des antiquaires de Beijing, tout simplement du fait qu'après la chute de l'Empire en 1911, de nombreux princes et nobles désargentés après avoir perdu leurs titres et prébendes, venaient ici vendre leurs trésor pour survivre ; mais si l'on vend aujourd'hui encore de nombreuses choses dans la Rue de la Pipe, ces objets n'ont plus grand chose à voir avec les trésors de ces princes déchus.

Mais vous pourrez sans doute y trouver deux des plus anciennes spécialités de Beijing, les tanghulu (冰糖葫芦), brochettes d'azeroles (fruits ressemblant à des petites pommes) caramélisées, fourrées ou non de pâte de jujube ou d'amande, qui font les délices des habitants de Beijing (et des autres...) l'hiver, et cela depuis les temps les plus anciens. Pas cher et délicieux, laissez-vous tenter ! Autre spécialité, hélas de moins en moins fréquente, sans doute car elle demande une habileté certaine, les figurines en sucre soufflé (糖人儿), qui représentent souvent les animaux du zodiaque chinois.

A la sortie de cette rue, se trouve devant vos yeux un monument massif en forme de tour, dont les murs sont recouverts du même enduit rouge que la Cité Interdite. C'est justement la Tour du Tambour, construite sous la Dynastie des Ming. Derrière elle, a quelques dizaines de mètres se trouve la Tour de la Cloche, construite à la même époque.

A quoi servaient ces édifices ? Tout simplement à rythmer la vie des habitants de Beijing, à l'époque où les montres et horloges n'existaient pas ; ce genre d'édifice existait dans quasiment toutes les grandes villes de Chine, et ne sont donc pas propres à Beijing. Tout au moins ceux de Beijing sont-ils sans aucun doute parmi les plus anciens et les plus beaux.


Tour de la Cloche
La Tour du Tambour servait entre autres à signaler aux habitants qu'il était l'heure de rentrer chez eux, avant que les portes de la ville ne ferment. Cela se passait entre 19h et 21h, deux heures pendant lesquelles on battait le tambour (les journées en Chine comptaient alors 12 périodes de deux heures, et non 24h comme partout aujourd'hui). Quant à la Tour de la Cloche, eh bien sa fonction était exactement l'inverse, celle de signaler que l'on pouvait se lever et sortir de chez soi, et la cloche sonnait donc entre 3h et 5h du matin. Ce système, pour archaïque qu'il soit, a perduré jusqu'au début des années 20 du siècle dernier.

Les deux édifices se visitent, mais si vous devez choisir, optez plutôt pour la Tour du Tambour, qui offre une meilleure vue sur la ville, en plus d'un spectacle de tambour toutes les heures. Attention pourtant à l'escalier... il est particulièrement raide et ne vous fera aucun cadeau pour peu que vous manquiez un peu de souffle ou que vous ayez le vertige. Dur à la montée, et peut-être pire encore à la descente, il comporte 69 marches. Là encore le chiffre est symbolique. Les architectes ont construit 69 marches tout simplement parce que dans la Chine ancienne, on considérait qu'un personne âgée de 70 ans avait déjà bien vécu et pouvait d'un jour à l'autre passer dans un monde dit meilleur. Le chiffre de 69, inférieur au chiffre fatidique de 70, était donc en quelque sorte une garantie de solidité, de longévité de l'édifice. Et le fait est que, malgré les années, les vicissitudes et les restaurations, après près de 600 ans, la tour est toujours là. Tout comme sa voisine, dont les escaliers ne comportent pas ces fameuses 69 marches, et qui, elle, s'est écroulée au 18e Siècle, avant d'être reconstruite.

Quand vous serez descendus, s'il vous reste encore un peu de forces, vous pourrez toujours retourner au bord du lac et vous attabler pour goûter un repos et une boisson (fraîche si le temps le permet). Vous l'aurez sans doute bien mérité...

Laurent Devaux

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

Commentaire
Bien mais il manque d'information !
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