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FrançaisMise à jour 21.06.2010 16h53
Are you speak english ? Ou les heurs et malheurs de la langue anglaise en Chine...


Cela fait déjà plus de trente ans que la Chine s'est ouverte au monde. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est globalement une réussite et que cet évènement restera sans doute comme l'un des plus importants du siècle dernier. Mais l'ouverture sur le monde comporte avantages et inconvénients, droits et devoirs. Qui dit ouverture sur le monde dit nécessairement apprentissage des langues étrangères, en premier lieu l'anglais, naturellement (et le français à l'occasion... allez, un petit effort, ça me fera plaisir !). Les étrangers, Chinois ou autres, critiquent souvent les Français, disant qu'ils ne font guère d'efforts pour s'exprimer dans une langue étrangère. Et c'est vrai que, comparés aux Néerlandais ou aux Scandinaves, par exemple, les Français ont encore beaucoup de retard, même si ce n'est pas totalement désastreux non plus. Mais du côté chinois, l'honnêteté commande de dire que ce n'est pas très glorieux non plus... je me souviens ainsi de mes étudiants, à l'époque où j'enseignais le français à Beijing : nombreux étaient ceux qui reconnaissaient leur lacunes, les imputant au mode d'enseignement, selon eux trop théorique et pas assez pratique (et vu leur intelligence et leurs efforts pour apprendre le français, j'aurais tendance à les croire), quoique certains restaient persuadés tout de même d'avoir un bon niveau. Prétentions vite rabaissées après un examen un tant soit peu sérieux.


Certes, depuis 1989, date à laquelle j'ai mis pour la première fois les pieds en Chine, d'énormes progrès ont été faits, et de plus en plus en de Chinois s'expriment dans un anglais de très bonne facture (et de temps en temps en français aussi...), même si c'est parfois avec un accent pseudo-américain (ils doivent penser que ça fait bien, « moderne », peut-être. Mais que cela m'énerve !). Cela étant, pour nombreux qu'ils soient, ces gens restent encore insuffisamment nombreux, même si de plus en plus de Chinois ont des rudiments, souvent suffisants pour communiquer de manière basique avec des touristes étrangers non anglophones qui n'en savent guère plus d'ailleurs... mais de cela, les Chinois en sont conscients, et font des efforts pour améliorer la situation. Et nul doute que dans ce domaine là aussi, ils réussiront.


Conséquence de l'ouverture, les mots anglais fleurissent dans la langue chinoise. C'est regrettable, mais c'est ainsi. Certains s'en plaignent, et ils n'ont pas tort, la langue chinoise étant assez souple pour pouvoir créer des néologismes, et elle l'a déjà montré dans le passé. D'autres trouvent cela très bien, et n'hésitent pas à truffer leur discours de mots anglais, pensant sans doute que c'est signe d'ouverture sur le monde, de modernité. Je dirais plutôt d'ignorance et de cuistrerie. C'est un phénomène que j'avais déjà constaté en France auprès de certains de mes anciens collègues ; en général, ceux qui s'exprimaient ainsi, d'une part n'avaient qu'une connaissance médiocre de la langue anglaise, et d'autre part leur français lui-même n'était pas des meilleurs non plus. CQFD. Certains donc, en Chine, qui se disent pourtant experts, justifient l'introduction de mots anglais dans la langue chinoise en disant qu'ainsi la Chine s'ouvrira plus encore, et qu'elle deviendra plus puissante, citant à l'appui les exemples du Japon et de l'Allemagne, qui ont ouvert largement leur vocabulaire aux mots anglais et qui sont de grandes puissances commerciales. Raisonnement bancal selon moi, et qui ne repose sur rien de sérieux. Ce n'est pas parce que le Japon, suite à l'occupation américaine, a vu sa langue littéralement massacrée par l'introduction abusive et excessive de mots anglais, qu'il est devenu une puissance mondiale. Qui parle et utilise le japonais au niveau mondial, quelle est l'influence de cette langue en dehors de l'archipel ? Quasi-nulle ou presque, et ce n'est pas faire injure au Japon de le dire... la puissance du Japon ne réside pas dans sa langue mâtinée d'anglais. Quant à l'Allemagne, je suggère à ceux qui tiennent le même raisonnement de regarder un peu en arrière... l'Allemagne est depuis la fin du 19e siècle l'une des toutes premières puissances économiques du monde, et ce n'est certainement pas dû à l'introduction (tardive) de mots anglais. Et soit dit en passant, l'anglais et l'allemand sont de la même famille, celle des langues germaniques...


Trêve de bavardages. Quoiqu'on en pense, l'anglais est indispensable, même s'il suffira de moins en moins (ajoutez-y le français, allez...). Et surtout en Chine, où les étrangers qui la visitent ou qui y vivent sont de plus en plus nombreux. Et ceux qui parlent, voire savent, voire peuvent lire, ne fût-ce qu'un peu, le chinois étant encore très rares, l'anglais est nécessaire. De ce fait, à Beijing et dans les grandes villes surtout, l'anglais fleurit partout. Par nécessité, dis-je. Les panneaux indicateurs sont ainsi quasiment tous doublés d'une transcription en anglais, tout au moins les mots essentiels comme « rue », « pont », « aéroport » etc. Ou les menus de plus en plus d'hôtels et de restaurants. Ou encore certains panneaux indicateurs dans les endroits touristiques. Tant mieux.


Et là... là ? Eh bien il faut reconnaitre que parfois cela donne des choses étonnantes, farfelues. Surtout dans les restaurants, qui, s'ils ne sont pas d'un niveau très élevé, offrent parfois des traductions littérales, mot à mot, tellement littérales que l'ensemble en devient parfois incompréhensible, voire comique. Et inutile, donc. C'est sans doute pour cela que la Municipalité de Beijing, qui l'a sans doute bien compris, a semble-t-il abandonné l'idée de vouloir traduire en anglais les noms des rues. Jusqu'à présent je n'en ai vu au'un seul, et je doute même de son authenticité. Et il est vraiment inutile. Quel intérêt pratique y a-t-il à traduire en anglais sur le panneau « Tiananmen » ou « Xidan » ? Absolument aucun, c'est évident. Sans compter que cela donnerait, outre parfois des occasions de sourire, des panneaux tellement encombrés qu'ils en deviendraient quasiment inutilisables...


Que la Chine se contente donc de continuer comme elle le fait maintenant, d'une mention en caractères avec, en dessous, une transcription en lettres latines, ou seul le mot vraiment important est traduit en anglais. C'est bien suffisant. Sauf sur les sites touristiques ou accueillant des touristes étrangers, où des panneaux explicatifs plus complets en anglais sont évidemment nécessaires. Avec un petit effort tout de même, car parfois, honnêtement, cela laisse vraiment à désirer, y compris sur des panneaux officiels. La Chine est entrée dans le club des pays qui comptent à l'échelle mondiale, aucun effort nécessaire pour faciliter la communication avec l'étranger ne doit donc être négligé.

Laurent Devaux

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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