100 chansons patriotiques/Edition du week-end/Notre site/Archives/

 
FrançaisMise à jour 30.06.2010 16h32
De Qianmen à Nanluoguxiang... ou un « Beijing » imaginaire


On nous le dit souvent, Beijing veut devenir une ville internationale. En tant que capitale d'un pays en passe de devenir la super-puissance de demain, quoi de plus naturel ? On ne saurait reprocher aux autorités de la ville de vouloir atteindre cet objectif, et il faut bien reconnaitre que c'est bien parti pour ça, d'ailleurs. Avec les avantages et les inconvénients que cela implique : citons en vrac diversité culturelle, ouverture sur le monde, facilité de transport (quoique...), modernisation souvent brutale et excessive, si jamais elle est absolument nécessaire, hausse des prix généralisée, dépersonnalisation et affadissement etc. Dépersonnalisation et affadissement.

Parlons en, justement. Oh certes, le Beijing de 2010 est par bien des aspects plus commode que celui que j'ai connu il y a plus de vingt ans lors de mon premier séjour. Et en dépit des embouteillages monstrueux et de la pollution chaque jour plus grave, il faut quand même reconnaitre que sur bien des aspects la ville est plus verte, plus pimpante, plus ouverte et offre des tas de choses qu'on n'avait pas à l'époque. Mais à quel prix, parfois ! Davantage de monuments ont été restaurés aussi. De manière un peu trop visible et clinquante, parfois... j'ai par exemple le souvenir du Temple de Confucius il y a encore moins de dix ans. Le pinceau rouge vif des « restaurateurs » l'avait encore épargné, c'était un endroit que les touristes ne fréquentaient guère, avec un charme fou et un calme absolu, où l'on sentait l'histoire et voyait le poids des années. J'adorais, dans mes moments un peu tristes, m'y réfugier et méditer sur moi-même. Regardez ce qu'il est devenu aujourd'hui, comme tant de monuments de « mon » Beijing, clinquant et envahi par des touristes qui pour la plupart ne comprennent rien à la magie du lieu et ne le respectent guère plus. Les mânes de Maître Kong doivent en frémir, depuis son tombeau de Qufu. Mais bon, les années qui passeront, et la patine qui viendra, lui rendront peut-être (un peu) son charme d'antan. Fort heureusement, d'autres endroits de Beijing ont été restaurés avec infiniment plus de soin et de respect.


A côté de cela, et nombreux sont ceux qui l'ont constaté et s'en désolent, Chinois comme étrangers, les pelleteuses continuent leur sinistre ouvrage, et des pans entiers de cette ville plusieurs fois centenaire ont disparu et continuent de disparaitre. Prises d'une folie de modernité à tout crin, les autorités de Beijing réduisent leur passé en miettes pour faire place très souvent à des constructions modernes sans âme, et parfois franchement laides. Les autorités de la ville, d'après ce que je peux en juger, semblent vraiment animées du désir de faire de leur ville une capitale de classe mondiale, et je partage leur souci. Etant donné la place de plus en plus importante de la Chine sur la scène mondiale, c'est une nécessité absolue. Volonté de bien faire, compétence sans doute. Mais en revanche, et c'est là que la bât blesse à mon avis, je me demande souvent si ces autorités aiment vraiment leur ville et son âme. Je n'en suis pas toujours persuadé. Et en tout cas pas autant que moi, j'en suis certain.


Parmi les dernières choses en date, qui justifient le titre de ce modeste article, et que je n'arrive pas à comprendre, les autorités de la ville, sans doute conscientes qu'elles ont eu parfois la main un peu lourde, se sont attachées depuis quelques années à vouloir refaire « à l'ancienne »... autrement dit, on ne construit plus des bâtiments hauts et modernes et sans personnalité, mais on construit – ou reconstruit- des endroits avec une apparence ancienne, pour essayer de retrouver un tant soit peu le lustre d'antan depuis longtemps perdu. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais quant à moi, cette façon de faire me désespère et m'énerve passablement. Beijing compte deux endroits particulièrement représentatifs de cette nouvelle façon de faire (en fait, plus que deux, mais je n'évoquerai pas les autres) : la « nouvelle-ancienne » rue Qianmen, au Sud de la Place Tian An Men, d'abord. Jadis lieu de plaisir de la capitale où princes et mandarins allaient s'encanailler de nuit, lieu de perdition et de plaisirs, cette artère, et ce quartier ont au fil des années perdu tout ce qui faisait autrefois leur réputation sulfureuse, ainsi que leur apparence.

Le surpeuplement par des immigrants venus d'autres provinces, et qu'il fallait bien loger, a donné le coup de grâce. Ce qui a fait qu'à la fin du siècle dernier, la Rue Qianmen était devenue laide et délabrée, l'ombre de ce qu'elle avait pu être. Conscientes que cela faisait un peu tâche en plein centre ville, les autorités de la ville ont entrepris de la rénover à grand frais (et ce n'est pas fini). Avant de voir le résultat, je me suis souvent demandé qu'est-ce que j'allais avoir sous les yeux, ne me souvenant que des photos des années 1920-30 et de la rue que j'avais connue à la fin des années 1980. Je n'ai pas été déçu, si l'on peut dire... la « nouvelle-ancienne » rue Qianmen, ouverte l'année dernière ne ressemble plus à cette artère sinistre que j'ai connue, mais elle me semble aussi éloignée des photos anciennes. Tout cela a un air assez désagréable de pastiche, de parc d'attraction, de piège à touristes. C'est sûr, les bâtiments ont été reconstruits ou restaurés avec une apparence ancienne, et on y a même ajouté une réplique du tramway d'autrefois. Mais tout cela sonne faux, sans âme, sans goût. Oh, ça plait sans doute aux touristes étrangers ou Chinois de province venant pour la première fois à Beijing, et c'est sans doute bon aussi pour le commerce. Mais les amoureux de Beijing, les vrais comme moi, ou les anciens habitants de Beijing ne partageront sans doute pas cet avis. On ne sent pas l'histoire, l'âme de Beijing dans ce genre de lieu d'opérette. On se croirait dans un studio de cinéma. Tout comme à Nanluoguxiang, un hutong refait « à l'ancienne » (je n'oublie pas les guillemets) situé à quelques encâblures de la Tour du Tambour. Cet endroit, très prisé des touristes occidentaux et des jeunes Chinois, s'est transformé en enfilade de boutiques et de cafés occidentaux. Tout comme à Qianmen, ni âme ni parfum d'histoire. Le toc dans sa plus belle splendeur. C'en est presque à pleurer. Que ces touristes daignent écarter un peu leurs pas de ces lieux sans goût, et ils trouveront le vrai Beijing. Moins clinquant, moins aseptisé, mais plus authentique. Ce genre de lieux où tout sonne faux sont un des mauvais côtés de ce qu'est devenue la ville que j'aime. Voulez-vous que je vous dise ? J'aime autant la Rue Wangfujing. Elle n'est pas belle, certes, mais là au mois les choses sont claires. On a fait table rase du passé, et tout y est moderne. Il n'y a pas tromperie sur la marchandise.


Autorités de Beijing, vous voulez faire de votre cité une ville moderne, ouverte sur le monde et de niveau international. Vous avez raison, un grand pays comme la Chine a besoin d'une capitale digne de ce nom. Mais essayez d'aimer un peu plus votre ville, notre Beijing !

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

Commentaire
Nom d'utilisateur Anonyme  
  
  
  
L'économie chinoise continue à connaître une croissance vigoureuse
Le vice-président chinois rencontre le président du parti au pouvoir du Botswana
Y a t-il un danger que la Chine oublie le passé ?
Qu'est-ce que la Chine peut apporter à l'Afrique ?
Des entreprises chinoises empêchées d'investir aux Etats-Unis : un nouveau rideau de fer pour garantir la « sécurité de l'Etat » ?
La Chine a besoin de développer ses propres marques
Combien de temps la Chine pourra-t-elle rester un pays compétitif?