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FrançaisMise à jour 29.07.2010 15h47
Pour ou contre les dialectes ?

Voilà un sujet qui ne va pas me valoir que des amis... parce que, sans ambages, je n'hésite pas à proclamer haut et fort que je suis totalement (et farouchement) contre les dialectes. D'abord, comment m'est venue l'idée de ce petit libelle anti-dialecte ? La Chine est grande, par bien des aspects, et les dialectes y pullulent. Depuis trois ans déjà, j'habite à Beijing, et j'ai toujours mis un point d'honneur à n'habiter que dans des résidences uniquement peuplées (ou presque) de Chinois, pour m'intégrer plus encore à la population d'un pays que j'aime profondément, fuyant comme la peste ces résidences pour étrangers, que tant d'étrangers affectionnent pourtant. Et là, je me suis rendu compte que ce que j'entendais dans les cours, dans les ascenseurs, était plus souvent un dialecte, d'où qu'il vienne, plutôt que du mandarin. A Beijing, et pas à Chengdu ou Guangzhou.

Diantre... il est vrai que, venant d'un pays relativement petit (même si c'est le plus grand d'Europe, Russie exceptée) où les dialectes, autrefois fréquents, on pour ainsi dire disparu, et étant en plus ce que l'on appelle encore parfois un titi (un vrai parisien), je n'ai jamais entendu autre chose que le français depuis que je suis né. Attention, entendons-nous bien : si je dis que je suis opposé aux dialectes, je suis en revanche favorable au maintien, voire à la sauvegarde des langues régionales, comme en France, par exemple, le Breton ou le Basque, radiacalement différentes du français et témoins de cultures régionales précieuses. Mais des dialectes ou des patois, comme vous voulez, comme, au hasard, le limousin ou le picard, liées au français, je n'en vois pas l'utilité. Et c'est pareil pour la Chine : le tibétain, le mongol, oui à l'évidence. Mais un dialecte du Sichuan ou du Hunan, pour quoi faire ? Pour moi, s'exprimer au quotidien dans ces dialectes n'est pas synonyme de culture mais d'arriération, je le dis tout net. Les apprendre à ses moments perdus, soit. Mais que ça n'aille pas plus loin. Et il est vrai que l'école laïque et obligatoire du bon vieux Jules Ferry, à la fin du 19e siècle, où tout le monde se devait de s'exprimer en français et où parler son dialecte vous valait illico une punition, a bien joué son rôle. L'exode rural des décennies suivantes a fini le travail.

Mais pas encore en Chine, où sans doute en grande partie à cause de l'immensité du territoire, ces dialectes perdurent. Et malgré les efforts du gouvernement central, à qui l'on doit la « création » du concept de langue commune, le mandarin, et malgré le fort taux d'alphabétisation. Car le problème n'est pas nouveau, à vrai dire. Le Président Mao Zedong lui-même, pourtant homme d'une profonde culture, poète, calligraphe et passionné de lecture, ne s'exprimait-il pas difficilement en mandarin ? Et de nos jours encore, certains Chinois ne parlent que leur dialecte, sans compter que dans certaines régions, le dialecte varie suffisamment d'un comté à l'autre pour leurs habitants ne se comprennent que très mal, voire pas du tout (ce sont des Chinois eux-mêmes qui me l'ont dit). Et même en France, dans ma ville natale, Paris. Les deux plus grandes communuautés d'origine chinoise sont les Wenzhou et les Chaozhou. Eh bien ces deux communautés n'habitent pas dans les mêmes quartiers, et ne se parlent quasiment pas et ne se fréquentent guère plus. Malgré une origine ethnique commune. Je suis persuadé que leurs dialectes respectifs, avec lesquels ils s'expriment d'une manière quotidienne, y est pour quelque chose. Si leur langue maternelle avait été le mandarin, ils seraient sans doute plus unis, et donc plus forts. CQFD.

Et savez-vous, par exemple, que si les dialectes sont légion en Chine, le mandchou, pourtant autrefois une des langues de l'Empire (vous la voyez encore sur de nombreuses inscriptions à la Cité interdite) a quasiment disparu en tant que langue maternelle, emportant avec lui tout un pan de l'Histoire de la Chine, tandis que des dialectes qui n'apportent pas grand chose sur le plan culturel ou historique sont toujours là, bon pied bon oeil. Vous trouvez cela normal, vous ?

Vous me direz, et vous n'avez pas tort, que le mandarin, comme le français, ne sont pas autre chose que des dialectes qui ont « réussi », qui se sont imposés, parce qu'ils sont, à leur base, la langue de la capitale. C'est vrai, et alors ? Dites ce que vous voulez, mais pour moi, que la langue nationale soit la langue maternelle de tous les habitants d'un pays est un progrès et un élement de stabilité et d'unité, même s'il n'est pas le seul. En cela, elle est importante et doit primer sur tous les dialectes quels qu'ils soient. Car pour moi, s'exprimer quotidiennement en dialecte n'a qu'un seul résultat, exclure de facto tous ceux qui, autour de vous, ne le parlent pas, les stigmatiser, et renforcer le communautarisme régional. Et, indirectement, de s'exclure soi-même.

On peut, on doit, préserver les cultures régionales et leurs particularismes, leurs traditions. Ce sont des richesses uniques. Mais un dialecte, plus ou moins dérivé de la langue nationale, j'estime que ce n'est pas nécessaire. Et cela peut même être dangereux, pour les raisons que je viens d'évoquer. Libre à vous de l'apprendre à vos moments perdus, comme cela se fait de plus en plus en France, par des personnes qui estiment que cela fait partie de leurs racines. Pourquoi pas. Mais en tout cas, ces personnes ont toutes pour langue maternelle le français, et où qu'elles se trouvent dans le pays, elles peuvent parler avec tout le monde, se faire comprendre, et ne sont pas montrées du doigt ou dénigrées parce qu'elles ne connaîssent pas le dialecte local, sauf de la part de quelques imbéciles rétrogrades fiers comme des coqs de leur petite identité locale, qui pour eux vaut plus que tout, mais qui sur le plan national ne vaut rien ou presque. Fier de ses origines, je peux le comprendre. Mais n'allons pas trop loin tout de même.

Je fais un rêve (moi aussi...) : qu'un jour en Chine, la langue maternelle de tous les Han soit la même ; même si cela prendra du temps, j'y crois. La Chine a tout à y gagner, j'en suis persuadé. Et qui peut être contre, dans ce pays, une Nation encore plus brillante et plus puissante, dites-moi ? Le bien de cette grande Nation ne vaut-il pas que l'on mette un peu à l'écart sa petite « fierté » régionale ? La réponse me parait aller d'elle-même...

Laurent Devaux

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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