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FrançaisMise à jour 05.08.2010 13h59
Séries télé : faut-il refaire un chef d'oeuvre ?
Lin Daiyu ( version 1987 à gauche et version nouvelle à droite)

C'est le mois d'août, et beaucoup d'entre vous en profitent pour souffler quelques jours et goûter une repos bien mérité. Un sujet plus léger s'impose donc... les séries télé. Si vous habitez en Chine, ou même si vous y passez quelque temps, vous ne pouvez pas y échapper. Il y en quasiment une nouvelle chaque semaine, et on y trouve de tout, sur tous les sujets et toutes les époques de l'Histoire de Chine (quoique j'ai remarqué que la Guerre de Résistance contre le Japon et la Dynastie Qing reviennent souvent... un peu trop à mon goût. Je veux bien comprendre le choix du premier thème, mais point trop n'en faut tout de même ; on finira par se lasser, les histoires finissant par se ressembler. Quant au second, il me laisse souvent perplexe, car outre le fait que la dernière dynastie régnante n'était pas d'origine chinoise –ce n'est pas la seule, certes- et a asservi le peuple chinois pendant trois siècles, à part les règnes brillants de Kangxi, Yongzheng et Qianlong, elle n'a réussi qu'à précipiter ce grand pays dans la ruine, l'arriération et le quasi-asservissement aux étrangers. La Chine ne manque pourtant pas de périodes plus glorieuses ! Mais tout ceci est une autre histoire...).

Certaines séries sont remarquables et traversent les années, d'autres le sont moins et sont oubliées sitôt diffusées.

J'ai ainsi beaucoup aimé récemment, par exemple (et je ne suis pas le seul) 媳妇的美好时代 (la belle époque des brus), une excellente série sur la vie des jeunes dans le Beijing d'aujourd'hui, bien réalisée, très bien jouée, drôle, émouvante et intéressante. Hélas, pour une réussite comme celle-là, combien d'autres séries médiocres, mal jouées et réalisées à la truelle...

Il y a aussi, il y a eu, et il y aura encore, des séries puisées dans l'immense répertoire littéraire chinois. Les plus grandes oeuvres ont été adaptées et réadaptées, avec plus ou moins de bonheur.

Récemment, deux oeuvres ont fait parler d'elles ; quelle chance, car ce sont aussi deux de mes oeuvres chinoises préférées, et que je connais bien, pour les avoir lu de nombreuses fois chacune. Je veux parler du « Rêve dans le Pavillon Rouge » (红楼梦) et de la « Maison de Thé » (茶馆). Une oeuvre, gigantesque à tous points de vue, du 18e siècle, et une courte et magnifique pièce de théâtre du 20e siècle. Pour faire court et présenter ces monuments, disons que le premier raconte l'histoire d'une famille riche de l'aristocratie chinoise, de son apogée à son déclin, par le biais des amours contrariées et malheureuses d'un jeune fils de famille et de sa cousine ; le second raconte cinquante ans de l'histoire de Chine, des réformes avortées de 1898 à la Libération de 1949, au travers de la vie d'une maison de thé de Beijing. Deux chefs d'oeuvres incontournables, que je vous engage à lire et relire, si ce n'est déjà fait.

Le « Rêve dans le Pavillon Rouge » a été adapté depuis des dizaines d'années, sous toutes les formes possibles et imaginables, opéra, bande dessinée, films (dont un des années 30 avec en vedette Zhou Xuan, l'icône du cinéma et de la chanson chinoise d'alors... si vous pouvez le trouver, il vaut le coup d'oeil !) et séries TV, en particulier la célébrissime version sortie il y a un peu plus de vingt ans, et qui reste pour beaucoup la version de référence (pas pour moi, en tout cas...). La « Maison de Thé », oeuvre plus récente, a connu moins d'adaptations, mais tout au moins y a-t-il un excellent film, tourné dans les années 1980 lui aussi.

Ah, j'oubliais un détail... en général, toutes ces séries TV ont le même format, une trentaine d'épisodes de 40 minutes environ. Ce qui veut dire que pour le « Rêve dans le Pavillon Rouge », oeuvre de 120 chapitres (la traduction française compte plus de 3 000 pages...), il a fallu sacrément réduire, condenser, le chef d'oeuvre de Cao Xueqin. En revanche, pour la « Maison de Thé », version télé, il a fallu considérablement, si je puis dire, allonger le breuvage, qui du coup, d'après ce que j'en ai déjà vu, a beaucoup perdu dans l'histoire : pensez, on est passé d'une pièce de théâtre qui dure deux heures environ à trente-neuf épisodes de quarante et quelques minutes, soit plus de trente heures. On est loin de l'oeuvre du grand Lao She... je me suis donc amusé, en regardant quelques-uns des épisodes, à faire la comparaison entre les acteurs de cette nouvelle mouture et ceux du film des années 80. Pas déshonorant, mais pas non plus extraordinaire. J'ai quand même réussi aussi à reconnaître quelques unes des répliques fameuses de la pièce de l'immense dramaturge pékinois, noyées au milieu de dialogues qui ne figuraient pas, bien entendu, dans l'oeuvre d'origine.

Et c'est là, je le crains, que la puissance originelle de l'oeuvre de Lao She, qui avait réussi le tour de force d'évoquer un demi-siècle d'histoire de la Chine en quelques dizaines de pages et dans un lieu unique, par le destin des personnes gérant et fréquentant cette maison de thé, en a souffert. Certains personnages, qui n'étaient pas dans la pièce, ont fait leur apparition, comme par exemple l'Impératrice Cixi, jouée de façon fort peu convaincante, d'ailleurs. Tous ceux qui ont pu l'approcher et en témoigner à l'époque le disent, l'Impératrice douairière, sans même avoir besoin de parler, avait une présence impressionnante ; pas cette actrice, qui aura du mal à nous faire oublier l'ahurissante performance donnée il y a quelques mois dans le même rôle par une actrice japonaise dans une autre série télévisée. On aurait peut-être bien fait de s'en passer ici...

Et là ou chaque phrase de Lao She était d'une précision chirurgicale, faisait mouche, là où il n'y avait pas un mot de trop, on se retrouve maintenant avec des bavardages interminables et inutiles (allez, je vous conseille le risible épisode 2, où une partie de l'intrigue tourne autour d'une spécialité culinaire du vieux Beijing, les shaobing -烧饼)... Si les auteurs ont voulu nous donner un aperçu de la vie de Beijing à cette époque, et des laoye (老爷, riches oisifs) qui fréquentaient ce genre d'établissements, alors soit. Sinon, on se demande où sont passées la verve et la truculence de Lao She, qui ont contribué à le rendre éternel...

Refaire une nouvelle version d'un classique, pourquoi pas, mais alors pourquoi, en ce cas, vouloir, comme on dit en chinois, ajouter des pattes au serpent, quitte pour cela à le rendre méconnaissable, ou presque ? Vouloir rendre hommage au maître ? J'en doute. Je crains fort que les motivations qui sont derrière, commerciales sans doute, soient nettement moins avouables. Pour ma part, je préfère relire le livre, revoir le film ou aller au théâtre de Beijing, où la pièce est jouée régulièrement.

Quant au « Rêve dans le Pavillon Rouge », cette version a déjà fait couler beaucoup d'encre. Pas en bien, le plus souvent, nombreux étant ceux qui lui préfèrent la version des années 1980. Je n'ai pu voir encore que quelques extraits de cette nouvelle version, et franchement, ce que j'en ai vu ne me semble pas déshonorable du tout ; ne comptez donc pas sur moi pour hurler avec les loups... on a fait beaucoup de reproches à cette version, comme par exemple le choix des acteurs par une émission de télé-réalité. Et alors ? S'ils sont bons, et à ce que j'en ai vu, ils ne me semblent pas si mauvais que ça, pourquoi pas ? Les coiffures des femmes seraient ridicules, avec leurs boucles sur le front ? Au premier abord, peut-être. Mais c'est alors oublier que dans certaines éditions du 19e siècle, les illustrations montrent justement ce type de coiffure... dont acte. On a dit aussi que trop d'argent a été dépensé, que le résultat est trop luxueux. Ceux qui disent ça auraient-ils lu le livre, par hasard ? Oublient-ils que la maison des Jia, où se passe cette oeuvre, est décrite, au début du roman, comme une des familles les plus influentes et les plus riches de la capitale ? Il faut savoir ce que l'on veut... si on veut décrire la vie d'une riche famille aristocratique de la Chine d'alors, il faut faire le nécessaire. Les Jia vivent dans des palais, et ont leurs entrées à la Cour Impériale. Rien que ça. Dans le roman, chez les Jia, la richesse se voit partout, jusque dans la vaisselle utilisée quotidiennement. Bref, ils ne vivent pas comme un petit mandarin obscur, ou un riche marchand de province. Ce n'est pas le même monde. Alors pourquoi cela ne pourrait-il pas transparaître dans la série ? Cela me semble être un mauvais procès ; on ne juge pas de la qualité, ou des défauts d'une série, à la somptuosité des décors.

L'ancienne version avait laissé des souvenirs nostalgiques, pourtant je ne l'ai jamais trouvée extraordinaire. Ces bons souvenirs doivent sans doute aussi beaucoup à l'actrice qui jouait Lin Daiyu, et disparue depuis dans la force de l'âge, après avoir cessé prématurément sa carrière. Personnellement, je ne la trouvais guère convaincante, pas plus que le peu que j'ai pu voir de la nouvelle version ne m'a emballé sur la nouvelle Lin Daiyu. Ce n'est sans doute pas la faute de toutes ces actrices, qui, je crois, aussi bonnes ont-elles été ou pourront l'être, ne pourront jamais totalement « être » Lin Daiyu. Car le problème majeur est que ce personnage central est un être d'exception, d'un caractère mélancolique et maladif, d'une intelligence et d'une vivacité d'esprit hors du commun. Oui, mais... quand cette demoiselle arrive dans la famille des Jia, elle a à peine dix ans, et une quinzaine quand elle quitte ce monde en pleine jeunesse, minée par la maladie et le chagrin. Trouver donc une actrice capable de jouer ce personnage quasi-surnaturel, et en plus aussi jeune, relève de la quadrature du cercle... dans aucune des actrices que j'ai vues jouer ce rôle jusque là, et de toute façon trop âgées pour le tenir de manière crédible aux yeux des aficionados du roman, dont je me flatte d'être, je n'ai jamais retrouvé ce qui rend ce personnage magique. Il manque, il manquera toujours quelque chose à cette Lin Daiyu réincarnée. C'est ce qui fait que, quelle que soit la version, et aussi bien jouée soit-elle, il a, pour moi, toujours manqué quelque chose d'essentiel, mais aussi de difficile à définir. J'attends encore de voir une Lin Daiyu vraiment convaincante à tous points de vue. Je crains d'avoir à attendre encore longtemps, mais que cela n'empêche personne d'aimer l'ancienne version, ou la nouvelle, de cette série. Après tout, on a le droit de refaire cette oeuvre, elle n'appartient à personne en particulier, mais au patrimoine littéraire de la Chine et du monde entier, quoi qu'en disent certains esprits chagrins.

Moi, je retourne une fois de plus au livre, vous l'aurez deviné. Comme avec la Maison de Thé du grand Lao She.

Un de ces jours, faites comme moi, fermez donc votre télévision, et plongez-vous dans ces deux livres. Faites-vous votre propre film, dégustez, savourez le talent de ces génies de la littérature. Et rêvez....

Jia Baoyu ( version 1987 à gauche et version nouvelle à droite)
Xue Baochai ( version 1987 à gauche et version nouvelle à droite)
Lin Daiyu et Jia Baoyu en version 1987
Lin Daiyu en version 1987

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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