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Français>>ChineMise à jour 02.06.2011 14h20
L'école qui forge l'avenir de la Chine
Des entretiens de groupe étaient au menu en juin de l'année dernière quand 70 journalistes chinois et étrangers ont visité l'Ecole du Parti du Comité Central du Parti Communiste Chinois. En influençant les décideurs, disent les experts, l'Ecole Centrale du Parti guide en partie le développement du pays.

Cette école est peut-être la plus mystérieuse de Chine.

Ses portes sont étroitement gardées par la Gendarmerie Populaire, 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Les directeurs de cet endroit très spécial, qui sert à la formation des futurs dirigeants du Parti Communiste Chinois, ont toujours été Vice-président, si ce n'est même Président, du pays. Parmi les anciens directeurs, on compte ainsi Mao Zedong, Liu Shaoqi et Hu Jintao.

C'est aussi un refuge où les remèdes possibles aux problèmes économiques et sociaux de la Chine font l'objet de débats et de discussions, et où les tendances en matière de politiques se font.

Située à proximité du Palais d'Eté, lieu de villégiature impérial du 18e siècle situé dans les faubourgs Nord-Ouest de Beijing, l'Ecole du Parti du Comité Central du Parti Communiste Chinois –l'école centrale du Parti- ne ressemble à aucun autre établissement d'enseignement du pays.

Loin de l'animation habituelle que l'on connaît ailleurs, le campus verdoyant de 100 hectares est extrêmement calme, et quasiment vide. Il n'est pas encombré par les vélos. Au lieu de cela, les voies situées à l'extérieur des bâtiments d'enseignement sont bordées d'Audi noires, la marque allemande choisie pour servir de berlines officielles aux responsables gouvernementaux.

Ici, on assure sérénité et sécurité pour ceux qui y étudient –gouverneurs de province et ministres, officiels jeunes et d'âge moyen, leurs intervenants invités et parfois même les plus hauts dirigeants du pays.

Les discours que font les hauts dirigeants à l'Ecole Centrale du Parti, et leurs articles imprimés dans les publications de l'école, sont souvent le signal de nouvelles stratégies et politiques qui seront adoptées par le Gouvernement Central.

A la recherche de solutions nouvelles

L'exemple le plus récent est la notion de gouvernance sociale innovante –c'est à dire continuer à s'occuper des problèmes sociaux tout en comblant les intérêts fondamentaux des citoyens- dans un contexte d'inquiétude croissante du public envers un développement déséquilibré et non durable.

En février dernier, lors de la cérémonie d'ouverture d'un séminaire destiné à des officiels provinciaux et ministériels dans l'Ecole, le Président Hu Jintao a appelé à l'adoption de nouvelles méthodes de gestion sociale dans le but d'« assurer une société harmonieuse et stable, pleine de vitalité », avait rapporté l'Agence de Presse Xinhua. Le Président Hu avait alors reconnu que le pays était « toujours à une étape où il est probable que de nombreux conflits éclatent », et cela en dépit d'un remarquable développement social et économique.

Dans son discours, le Président Hu avait souligné la nécessité qu'il y a à « améliorer la structure de gestion sociale », ce qui doit être réalisé sous la direction du Comité du Parti, la responsabilité du Gouvernement, le soutien des organisations non gouvernementales et la participation des citoyens.

En mars, lors des sessions annuelles du Congrès National Populaire et du Comité National de la Conférence Consultative Politique du Peuple Chinois, une proposition mise au premier rang de l'agenda a appelé à la mise en place d'un système de gestion solide et à caractéristiques chinoises lors de la période du 12e Plan Quinquennal (2011-2015).

Des projets plus détaillés ont été élaborés depuis, y compris un pour la constitution d'une base de données complète et dynamique de la population nationale. C'est Zhou Yongkang, Secrétaire du Comité Central des Affaires Politiques et Législatives du PCC, qui a fait cette proposition dans un article publié dans Qiushi, le journal du Comité Central du PCC, paraissant deux fois par semaine.

Guider la prise de décisions politiques en Chine est une tradition de l'ecole Centrale du Parti, d'après Wang Haiguang, Professeur au Département d'histoire de l'Ecole.

Une vaste gamme de programmes

L'Ecole Centrale du Parti, fondée en 1933 dans la Province du Jiangxi, a déjà formé 61 024 officiels, selon différents types de programmes.

Les officiels provinciaux et de niveau ministériel suivent en général deux mois de formation en sciences politiques, en gestion publique, en économie et en histoire. Les officiels jeunes et d'âge moyen passent eux entre six mois et un an à l'Ecole, avant de bénéficier en général d'une promotion.

Depuis 1981, l'Ecole a également offert des programmes post-licence et de doctorat à quelque 500 étudiants non officiels. Ces programmes sont centrés sur la philosophie, l'économie, le droit, la politique et l'histoire du Parti Communiste Chinois.

« L'Ecole Centrale du Parti a joué un rôle important à différentes époques critiques de l'histoire de la Chine », a dit M. Wang. « D'une certaine manière, elle guide en partie le développement du pays par l'influence qu'elle exerce sur les décideurs politiques ».

Après la fin de la « Révolution Culturelle » (1966-1976), Hu Yaobang, alors Directeur de l'Ecole Centrale du Parti, a conduit un débat animé sur le critère du « test de la vérité » chez les officiels recevant une formation à l'Ecole.

A cette époque, tout ce que le Président Mao avait dit était considéré comme étant la vérité ou un principe à suivre. Le débat conduit par Hu Yaobang consistait à se demander s'il fallait ou non que cette règle continue.

Ce débat avait eu lieu dans un environnement social marqué par l'entêtement, et toujours dominé par la notion des « deux quoi que ce soit » : « Nous soutiendrons avec résolution les politiques et décisions du Président Mao, quelles qu'elles soient, et nous suivrons indéfictiblement les instructions du Président Mao, quelles qu'elles soient ».

Cela a conduit à la publication, en mai 1978, d'un texte de commentaires, intitulé « La pratique est le seul critère pour savoir où est la vérité », dans le Guangming Daily. Le concept mis en avant dans l'article reçut l'approbation de la majorité des membres du Parti, mais il déclencha aussi un débat animé au niveau national. On pensait alors que ce débat était un grand mouvement destiné à libérer l'esprit du peuple chinois du culte de la personnalité, et aussi constitutif de fondations idéologiques solides pour les politiques de réforme et d'ouverture qui allaient suivre.

Liberté de parole

Bien que les personnes de l'extérieur s'attendent à ce que l'Ecole Centrale du Parti soit conservatrice, l'Ecole, en fait, tolère les discussions internes libres, et même sans limites. Ainsi, Li Tao, un étudiant post-licence de l'Ecole âgé de 27 ans, a t-il été surpris par la liberté de parole constatée en classe.

« Les professeurs nous ont dit qu'il n'y avait aucun tabou dans leur enseignement, et que les officiels pouvaient discuter de pratiquement tous les sujets sensibles du pays », a dit Li Tao. « En fait, c'est un endroit d'émancipation de l'esprit et de liberté de parole ».

« Les officiels doivent être discrets quand ils s'adressent à des étrangers ou au public, mais leurs débats internes en classe ne connaissent pas de limites », a dit Wu Zhongmin, Professeur à l'Ecole Centrale du Parti, qui se consacre à la recherche sur la justice sociale. « Parfois, leurs opinions peuvent vraiment être audacieuses et révolutionnaires ».

« L'Ecole Centrale du Parti est un endroit où les officiels et les chercheurs peuvent débattre de l'avenir du pays et du Parti », a dit le Professeur Wu. « Ils doivent faire face aux problèmes et trouver des solutions pour les résoudre. Ne dire que des mots vides ou se livrer simplement à la flatterie n'a aucun sens ici ».

Les débats sont étroitement liés aux problèmes sociaux les plus brûlants, comme les saisies de terres illégales, les inégalités entre les zones rurales et urbaines et la corruption. Pour donner aux élèves une meilleure compréhension de ces problèmes, l'Ecole Centrale du Parti invite parfois des universitaires à faire des interventions en s'exprimant de manière directe.

L'un d'entre eux, en 2009, a été Yu Jianrong, Directeur de l'Institut de Développement Rural de l'Académie Chinoise des Sciences Sociales, et défenseur renommé des droits des agriculteurs. Il a parlé de l'urbanisation rapide, qui a eu pour résultat que des terres ont été confisquées pour des projets de construction, et de l'utilisation du système des pétitions pour y remédier.

Certains agriculteurs, qui pensent ne pas avoir été indemnisés correctement pour leurs terres, ont recouru au système des pétitions. Mais passer au dessus de la tête des responsables locaux par le moyen de pétitions peut conduire à de mauvais traitements de la part de fonctionnaires dont l'évaluation des performances est dégradée s'ils ne traitent pas correctement les problèmes locaux.

Wang Changjiang, Directeur du Département de Construction de l'Enseignement et de Recherche de l'Ecole du Parti, dit que les officiels sont conscients que la mauvaise gestion de ce genre de problèmes sociaux est susceptible de créer de plus grands désordres.

« La Chine fait face à de si nombreux problèmes à l'heure actuelle », a dit M. Wang. « En tant que gouvernants du pays, les officiels n'ont aucune raison d'ignorer ces problèmes. Ils doivent garder à l'esprit que seules la réforme et les changements apportés au Parti lui permettront de rester au pouvoir ».

Les changements sociaux et économiques ont également conduit à des changements dans l'état d'esprit des officiels, a t-il dit. Au début des années 1990, les officiels des rangs les plus élevés n'étaient pas conscients de certains des problèmes de la base.

M. Wang dit qu'il a rencontré une forte opposition de la part des élèves quand il a essayé de parler de réformes démocratiques en 1996. Mais ces dernières années, davantage d'officiels du Parti ont commencé à comprendre le besoin de mener des réformes du Gouvernement pour suivre les progrès économiques.

« L'Ecole Centrale du Parti pourrait être l'endroit idéal pour ce genre de discussions », a t-il dit, « parce vous ne pourrez trouver nulle part ailleurs un endroit où des centaines d'officiels de haut rang sont rassemblés pendant des mois ».

Des échanges internationaux

Depuis la moitié des années 1990, l'Ecole Centrale du Parti a accueilli un autre groupe d'intervenants invités –des hauts responsables de pays étrangers- dans l'espoir de donner aux officiels chinois un horizon plus large et une meilleure compréhension de cultures, de valeurs et de systèmes politiques différents.

Tout récemment, Herman Van Rompuy, Président du Conseil de l'Europe, a ainsi prononcé un discours intitulé « L'Europe et la Chine dans un monde interdépendant », le 17 mai dernier durant sa visite à Beijing. En plus de s'être exprimé sur la crise économique, il a aussi traité les droits de l'Homme, le changement climatique et d'autres sujets partagés par la Chine et l'Europe.

Des entretiens de groupe étaient au menu en juin de l'année dernière quand 70 journalistes chinois et étrangers ont visité l'Ecole du Parti du Comité Central du Parti Communiste Chinois. En influençant les décideurs, disent les experts, l'Ecole Centrale du Parti guide en partie le développement du pays.

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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