(Par Che Er)
Les Français présentent un vif intérêt pour la culture chinoise et leur bagage en la matière est loin d'être nul. Je me souviens que lors de ma première mission en France, le chauffeur de taxi, un grand causeur, et moi ont bavardé tout au long du trajet. Il m'a évoqué la Révolution culturelle, l'explosion de la première bombe atomique en Chine et la détérioration des relations sino-soviétiques.
Quand je travaillais en France, un jour, une dame d'un central téléphonique m'a parlé du Royaume des cieux en paix éternelle. Cela m'a surpris qu'une Française, loin en Europe, connaisse cet épisode éphémère dans l'histoire de la Chine. Elle m'a expliqué qu'elle avait été institutrice et connaissait donc un peu l'histoire de divers pays.
Bien que les Français connaissent la culture chinoise, ils éprouvent souvent une certaine perplexité. En français, le mot "Chine" signifie les choses difficiles à comprendre. Parfois, face à une situation complexe, les Français plaisantent en disant que c'est une chinoiserie. Pour eux, la Chine est un pays mythique dont il y a trop de choses difficiles à comprendre.
Si vous visitez les anciens châteaux un peu partout en France, il est fort probable que vous rencontriez des objets antiques (vases, par exemple) chinois en porcelaine, à titre décoratif, dans les salles. Il en va de même si vous êtes invité chez des gens riches ou des aristocrates français. A leurs yeux, la porcelaine fait partie essentielle de la culture chinoise.
Tous les Français connaissent la Révolution culturelle. Une fois, quand je me rendais dans une famille française, les membres de celle-ci, n'ayant jamais visité la Chine, m'ont parlé de la Révolution culturelle et de Mao Zedong. L'hôte m'a montré un petit carnet rouge et je ne savais que dire devant les Citations du président Mao qu'il y a longtemps que je n'avais pas vu.
J'avais un ami français qui a fait des études en Chine dans les années 70 et était un adepte fanatique du parti communiste et du président Mao lorsqu'il était jeune. Il a pris beaucoup de vues et de photos en Chine et les a conservées jusqu'à présent. La Révolution culturelle, non seulement a changé la physionomie en Chine, mais aussi a eu un impact profond sur le monde occidental. Nous avons exporté la révolution dans certains pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. Même de nos jours, il existe des maoïstes en Afrique et en Amérique latine qui soutiennent la thèse du siège des villes à partir des campagnes. Si je n'avais pas habité une fois en France, je n'aurais pu imaginer le degré de vulgarisation des connaissances historiques sur la Révolution culturelle dans les pays d'Europe où le capitalisme est profondément enraciné.
Du point de vue économique et commercial, la Chine est tout aussi intéressante aux yeux des Français. Leurs opinions peuvent se résumer en plusieurs thèses : la thèse des relations, de la face et du temps.
S'agissant de la Chine, les relations impressionnent le plus les Français. Le premier mot chinois qu'ils apprennent est souvent "toast". Ceux qui visitaient la Chine à la fin des années 70 et au début des années 80 savaient une autre phrase en chinois "On n'en a pas". Car à l'époque, les marchandises maquaient, l'attitude dans le service était lamentable et les vendeurs répondaient souvent "On n'en a pas". Plus tard, de plus en plus de Français allaient en Chine et ils connaissaient un autre mot "relations". D'après eux, les relations sont omniprésentes, notamment si c'est la première fois qu'une entreprise va en Chine, elle n'est appréciée par les Chinois qu'à travers l'introduction d'un intermédiaire. Il y a deux niveaux de relations : chercher les Chinois ayant un certain contexte social, influents ou ayant beaucoup de relations ; la capacité de nouer des relations. Ils croient que les Chinois apprécient souvent les représentants de l'entreprise plutôt que l'entreprise elle-même. Ceux qui travaillent en Chine et sont devenus des connaisseurs des Chinois peuvent recevoir une amitié fidèle.
Deuxièmement, c'est la thèse de la face. En Chine, les entreprises françaises mènent aussi grand train. Pour des négociations avec les Chinois, ils choisissent toujours des hôtels de luxe. Vu que les Chinois s'intéressent aux titres affichés sur la carte de visite et aiment connaître les fonctions de l'adversaire, les Français offrent parfois des titres "virtuels". Pour gagner la face, ils invitent leurs homologues chinois à prendre le repas et à boire et prononcent des toasts inhabituels pour les milieux commerciaux français et parlent un peu de coopération, de réciprocité et d'amitié des peuples des deux pays.
Selon la thèse du temps, avoir affaire aux Chinois demande du temps et de la patience. Comme les formalités sont nombreuses ayant l'approbation du projet, l'achat de matériel, la signature du contrat et si l'on y ajoute l'échange de devises et l'aval du crédit, vous ne pouvez vous attendre à une réponse rapide de la part des Chinois. Si ceux-ci ne répondent pas immédiatement à votre correspondance, à votre fax et à l'envoi de documents présentant votre produit, vous devriez vous informer de leurs vues d'une manière indirecte. En outre, les négociations avec les Chinois traînent en longueur et il arrive souvent que les décideurs chinois fassent leur apparition dans la dernière étape des négociations et avec beaucoup de prudence, ce qui donne aux Français l'impression de compliquer les choses. En cas d'échec la première fois, il faut attendre avec patience une autre occasion pour faire la promotion.
Les Français sont conscients, bien entendu, de leur propre défaut : avoir le goût d'agir seul, au lieu de collaborer avec autrui. Résultat : ils sont battus par leurs adversaires alliés. Allemands ou Japonais s'unissent souvent pour se présenter candidats à l'adjudication d'un gros projet en Chine et divisent le butin une fois réussi. Ainsi, ils sont souvent sortis gagnants. En revanche, les compagnies françaises sont en désunion complète, manquant de communication mutuelle et se conditionnant dans l'action.
Les Français se contredisent le plus vis-à-vis de la Chine en matière politique. La France étant l'un des premiers grands pays occidentaux à comprendre l'importance de la Chine, le général De Gaulle a établi en premier des relations diplomatiques avec la Chine. Les deux pays ont pour point commun d'insister sur l'indépendance et la souveraineté et si les Chinois ont eu le courage de rivaliser avec l'URSS, les Français avaient l'audace de dire non aux Américains, ce qui leur a permis de coopérer largement depuis longtemps. Paris s'est faite pour ainsi dire le centre de transit pour les Chinois qui faisaient la navette entre Chine et Occident et la ligne aérienne Beijing-Paris a été la première ligne que l'aviation chinoise ait ouverte à destination de pays occidentaux. A l'époque, outre une telle entente tacite politique, la France était, sur le plan économique, l'un des plus importants partenaires commerciaux occidentaux de la Chine.
Dans les dernières années 80, cependant, en raison de divergences sur le plan commercial et de valeurs, France et Chine sont distantes l'une de l'autre et les connaissances en politique des Français sur la Chine retardent sur leur temps.
Maintenant que les relations sino-françaises s'engagent de nouveau dans la voie normale, l'organisation des Années croisées Chine-France ne manquera pas d'accroître la compréhension mutuelle des deux peuples.
(Che Er, un candidat internaute au concours des Années croisées Chine-France)