 |
|
L'opéra de Beijing, ou « jingju » en chinois, est considéré comme un fleuron de la culture chinoise. Fort d'une très vieille histoire, et d'une culture très enracinée, l'opéra de Beijing est aujourd'hui l'objet de tentatives de rajeunissement. Il est en effet loin d'être accessible à tous et, pour toucher un public plus large sans en perdre l'essence, un savant équilibre entre respect des traditions et injections d'éléments nouveaux reste à trouver.
La pièce « Jin Yunu » est considéré comme l'un des plus grands classiques du répertoire de l'opéra de Beijing. Elle raconte les aventures d'une jeune fille qui a donné son nom à l'opéra, Jin Yunu. Fille d'un mendiant, Jin Yunu recueille un jour un jeune intellectuel, Mo Ji, socialement déchu. Ne voyant en ce jeune homme qu'intelligence et beauté, elle perçoit en lui un bel avenir. Et l'emmène donc chez elle pour le soigner. Naturellement, un amour irrépressible naît entre eux... Pour remonter la pente, Mo Ji envisage de passer les examens impérieux. Il doit pour cela se rendre à la capitale, ce pourquoi la belle Jin Yunu l'aide financièrement. Mais une fois devenu « Zhuangyuan », le nom donné aux lauréats de ces examens qui ouvrent la porte aux postes de hauts fonctionnaires, Mo Ji tourne le dos à Jin Yunu, estimant qu'il serait pour lui un déshonneur d'épouser une fille de mendiant. La jeune fille rejoint son ancien amant pour le raisonner... Mais, sans pitié, Zhuangyuan repousse Jin Yunu, qui tombe dans l'eau.
Mo Ji pense qu'elle s'est noyée. Il se met à fréquenter d'autres hauts fonctionnaires, et se lie notamment d'amitié avec un noble nommé Lin. Et le sort voudra que ce maître Lin soit en fait celui qui recueille la belle Jin Yunu après qu'elle a échappé à la noyade. Il en fait sa fille adoptive... Et va bientôt demander à Mo Ji d'épouser cette jeune naïade sauvée des eaux? Ravi de pouvoir nouer des liens familiaux avec la prestigieuse famille Lin, le jeune fonctionnaire accepte.
Mais, la nuit de noces venue, Mo Ji est roué de coups de bâtons par les domestiques. Après quoi Jin Yunu finit par apparaître. L'homme sursaute à la vue de celle qu'il prend pour une défunte, dont il ne ferait que croiser l'âme en colère. La colère est réelle, mais c'est un être bien vivant qui l'exprime, en compagnie de son père adoptif, le maître Lin. Tête basse, Mo Ji reconnaît son ingratitude et son arrivisme... Après quoi, repenti, il finit par renouer des liens amoureux avec la belle Jin Yunu...
Voilà pour la pièce sur le papier... Pour ce qui est de la mise en scène, la troupe de l'Institut d'opéra de Beijing a choisit de perpétuer la tradition. Chaque geste, chaque mouvement doit être exécuté selon des formules ancestrales.
La comédienne qui interprète le rôle de Jin Yunu s'appelle Xu Cui. C'est un véritable défi pour elle : respecter la tradition, tout en mettant dans son interprétation ce qu'il faut de modernité et de caractère pour produire un personnage « vivant », dans tous les sens du terme. Dans des mises en scène plus classiques, Jin Yunu peut donner l'image d'une fille douce et obéissante. Ici, Xu Cui a décidé d'en faire une femme libre, déterminée, indépendante et résolument moderne. Les explications de la comédienne : « Cette réadaptation de la pièce d'opéra pékinois Jin Yunu est susceptible de plaire dans la mesure où tout le monde est d'accord pour qu'un personnage ingrat soit puni. Il le mérite clairement. Le personnage que j'interprète est une fille belle et sérieuse, qui a toutes les qualités d'une noble. Cela colle bien au rôle de Huadan. Mais, personnellement, je ne veux pas que mon interprétation donne un personnage trop traditionnel - il doit avoir son propre caractère... »
Les artistes qui étudient l'opéra pékinois doivent respecter les règles de l'art à la lettre. C'est vrai autant pour le chant que pour le jeu. Une rigueur que les spectateurs ne peuvent généralement pas imaginer. Nos auditeurs qui ont vu « Adieu ma concubine », le film de Chen Kaige qui se veut une plongée dans le milieu de l'opéra pékinois, peuvent peut-être se faire une petite idée de cette austère abnégation. Ecoutons le point de vue de Zheng Xiangzhen, le comédien qui interprète le rôle de Mo Ji : « Dans notre interprétation des pièces d'opéra pékinois, nous insistons beaucoup sur la capacité de chacun à entrer dans son personnage. Ce qui passe par deux choses : il faut d'abord bien entrer dans la peau de son personnage, mais aussi mettre en valeur les sentiments captés. Il faut donc se laisser guider par son propre instinct ».
[1] [2]
Source: CRI