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Mise à jour 16.11.2007 09h14
L'opéra de Beijing est aujourd'hui l'objet de tentatives de rajeunissement (2)

La troupe de l'Institut d'opéra de Beijing reprend une large part des pièces traditionnelles. C'est particulièrement vrai dans le cas des rôles de Nandan, c'est-à-dire lorsqu'un comédien masculin se travestit pour interpréter un personnage féminin - c'est justement l'un des points abordés dans le film Adieu ma concubine. C'est une pratique très ancienne, qui ne consiste pas seulement à déguiser un homme en femme. Il s'agit en fait d'un exercice particulièrement difficile, comme l'explique Mu Yuandi, qui s'est spécialisé dans l'interprétation de ces rôles de Huadan, ces rôles de personnages féminins gracieux et raffinés. Nous l'avons rencontré dans sa loge, en pleine séance de maquillage, alors qu'il s'apprête à tenir le rôle de Wang Zhaojun, une jeune fille belle et intelligente. Une rencontre tout à fait troublante : à première vue, tout porte à croire qu'il s'agit d'une femme. Mais son ?il trahit une incontestable virilité. On l'écoute : « C'est l'occasion rêvée pour un acteur de montrer son talent. Dans cet opéra, l'héroïne Wang Zhaojun part en voyage à cheval. Il faut donc travailler les regards avec beaucoup de soin et utiliser un langage corporel susceptible de suggérer les mouvements d'un cheval dans le désert, un cheval qui se cabre, qui saute par-dessus des fossés et progresse sur un terrain accidenté. C'est un jeu très complet, qu'on ne saurait exprimer seulement par la parole. Aujourd'hui, il n'y a que très peu d'hommes capables de tenir un rôle féminin. C'est un grand plaisir pour moi de pouvoir hériter de ce patrimoine. »

Un plaisir qui dure maintenant depuis près de 15 ans, puisque c'est en 1994 que Mu Yuandi s'est lancé dans l'interprétation des rôles de Huadan. Quoi qu'il en soit, l'un des aspects les plus significatifs de l'opéra de Beijing, c'est bien cette abnégation, ce dévouement dont font preuve les comédiens.

Un travail de très longue haleine qui, en théorie, ne doit pas être vu par le spectateur. Mais pour mieux faire comprendre l'art de l'opéra pékinois, les professionnels de l'Institut d'opéra de Beijing ont pris l'initiative de casser cette règle, et de mettre en scène les enseignements dispensés aux artistes, ainsi que les répétitions... Bref, en quelque sorte, de mettre en scène la mise en scène. La directrice de l'établissement, Sun Yumin, file une métaphore audacieuse pour décrire cette mise en abîme. On l'écoute : « C'est ce que nous faisons en classe. Le professeur donne les rythmes et son élève doit s'habituer à ses variations. C'est ainsi que les artistes pourront les maîtriser. C'est grâce à cette technique que l'on arrive à exécuter l'essentiel des interprétations. Un élève doit savoir sur quel rythme il doit se poser ou s'arrêter. Il doit aussi apprendre à maîtriser l'ouverture de ses yeux ou son expressivité. Ce sont des exercices élémentaires. Normalement, un enseignant doit travailler avec un ou deux élèves, mais jamais plus de quatre à la fois. C'est une sorte d'enseignement oral tacite, un long processus de compréhension. Je trouve que c'est plutôt une bonne chose de présenter notre méthode d'enseignement aux spectateurs et aux personnes extérieures - c'est un peu comme si l'on mettait la cuisine à coté de la table où l'on mange, pour montrer aux convives le processus de préparation. »

Cette mise en abîme n'est pas l'apanage de l'Institut d'opéra de Beijing... C'est quelque chose que j'ai personnellement vu, sous d'autres formes, la dernière fois que j'ai assisté à une pièce d'opéra pékinois : en fait, avant la représentation, une partie des comédiens ne se maquillent pas dans leurs loges, en coulisse, mais juste à côté de l'entrée de la salle du spectacle. Ce qui permet une grande proximité avec les artistes. On peut bien sûr se dire qu'il est regrettable de démystifier ainsi l'opéra en montrant l'envers du décor... mais j'ai trouvé cette disponibilité et cette proximité des artistes très appréciable, très intéressante. D'ailleurs, la troupe de l'Institut d'opéra de Beijing est notamment partie en tournée Europe - Belgique, Espagne, France, Grèce et Italie... Elle a remporté à cette occasion un certain succès...

Une autre façon de renouveler l'opéra de Beijing, c'est d'introduire dans les représentations des modes d'expressions issus d'autres formes d'art. C'est par exemple le cas du Shuixiu, un procédé dramatique propre à l'opéra Jinju, une forme d'art du Shanxi, une province située à l'ouest de Beijing. Shui, en chinois, c'est l'eau, et xiu désigne la manche d'un vêtement. Sur scène, la comédienne porte un costume dont les manches sont longues de près de deux mètres. Il s'agit ensuite pour elle d'agiter savamment les bras de sorte que ces manches démesurées forment un ballet éblouissant.

Une autre piste suivie par les professionnels de l'opéra pékinois, ce sont les mouvements issus du kung-fu par exemple, ou encore les acrobaties, une autre école traditionnelle des arts vivants dans la capitale chinoise. Dans l'opéra de Beijing, les emprunts sont donc tout à fait possibles... Et d'autant plus faciles que la Chine compte quelque 300 formes d'opéras traditionnels locaux, et que l'opéra pékinois est un art éminemment synthétique. Il alterne chants, danses et dialogues, enchaînent des scènes très codifiées à des mouvements très libres, joue autant de l'humour que de la dramatisation... Le répertoire du Jingju est tout à fait foisonnant.

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Source: CRI



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