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Français>>CultureMise à jour 19.03.2012 17h04
Des Fleurs à The Artist ou la dure leçon des Oscars pour le cinéma chinois

La cérémonie des Oscars est déjà terminée depuis quelques semaines, la passion est retombée et il est désormais possible de regarder les choses avec calme et un peu de recul après toutes ces paillettes et ces émotions.

Donc, cette 84e cérémonie des Oscars a vu le triomphe d'un film français, qui a raflé –excusez du peu- pas moins de cinq statuettes, et pas des moindres ; comme de nombreux médias, y compris chinois, l'oint souligné, cette soirée fut d'ailleurs vraiment une soirée française, puisque six autres Oscars ont été attribués à des films ayant une relation avec la France, comme Hugo Cabret de Martin Scorcese, un hommage à l'un des pères du cinéma moderne, Georges Méliès, ou Midnight in Paris du maître new-yorkais Woody Allen, une véritable déclaration d'amour à la capitale française. Impressionnant. Hélas, le film chinois en lice, Les Fleurs de la Guerre, a échoué et n'a pas remporté la récompense si convoitée, qui est allée, fait incroyable pour certains (mais pas pour d'autres, qui connaissent la grande qualité des films de ce pays), à un film iranien.

Un échec donc, et cela d'autant plus que l'Oscar était le but clairement affiché. Pourquoi, alors ? Les raisons, à mon avis, sont multiples, mais pour ma part je suis persuadé, comme je l'étais depuis le début, que cette volonté affichée n'est pas pour rien dans l'échec. Une volonté, une détermination responsables d'un échec, cela vous semble étonnant ? Je m'explique. Personnellement, j'en avais parlé dès l'annonce de la candidature de ce film avec mes amis chinois, leur disant que cette façon de faire ne pouvait que conduire à un échec certain. Ils ne me croyaient pas et trouvaient parfois mon raisonnement bizarre, mais hélas j'avais raison. Pour moi, tout cela était trop cousu de fil blanc, un peu prétentieux, et en même temps tellement naïf… qu'on y songe : un projet qui bénéficie d'un soutien des pouvoirs publics (trop ?), une histoire émouvante (trop ?), un metteur en scène de talent et célèbre (trop ?), des moyens financiers importants (trop ?) et, cerise sur le gâteau, une vedette étrangère, chose tout à fait inhabituelle dans le cinéma chinois. Sans compter enfin la volonté affichée d'un producteur de faire ce film pour remporter un Oscar et sa sortie précipitée et quasi-confidentielle aux Etats-Unis, pour la seule raison que cela lui permettait d'être inscrit sur la liste des films en compétition. Tout cela était vraiment un peu trop, trop visible, et ressemblait plus à une opération destinée, plus ou moins inconsciemment, à tenter de forcer la main au jury des Oscars. Résultat, l'échec. Aux Oscars, mais aussi au box-office étranger et pour une grande partie des critiques étrangers, notamment américains, qui ont eu tôt fait de cataloguer le film comme film de propagande. C'est sans doute exagéré, mais il faut bien reconnaître que la Chine, ou plutôt les responsables du cinéma chinois, ont été d'une grande maladresse dans cette affaire. Pourtant, le sujet du Massacre de Nanjing est vraiment un sujet intéressant, c'est le moins que l'on puisse dire. Mais pour faire un film passionnant sur cet épisode tragique de l'histoire chinoise, il n'était sans doute pas nécessaire d'en faire autant, d'insister autant. Cela d'autant plus que le sujet avait déjà été traité il y a deux ans par un autre film chinois, Nanjing Nanjing, avec nettement moins de moyens, de soutien, de vedettes. Et pourtant ce film était vraiment remarquable, et à mon humble avis, il aurait eu au moins autant de chances de réussir que les Fleurs de la Guerre. Après cela, le producteur a beau jeu de reprocher aux critiques américains leur mauvaise opinion sur son film, allant, paraît-il, jusqu'à dire que les Etats-Unis avaient tendance à être plutôt favorables à la position du Japon sur la tragédie de Nanjing. Ça laisse rêveur, quand on sait que les Etats-Unis furent le premier pays à appuyer, officieusement d'abord, puis officiellement ensuite, la Chine dans sa lutte contre l'impérialisme japonais dès 1937, avant même d'entrer en guerre… mais n'entrons pas dans des polémiques inutiles. Si les critiques américains n'ont pas aimé le film, si l'Académie des Oscars n'a pas accordé ses suffrages au film chinois, ce n'est pas non plus parce qu'ils étaient anti-chinois, comme on a pu l'entendre aussi. Parce qu'à ce compte-là, ce n'est certainement pas un film iranien qui aurait remporté la précieuse statuette… Ce n'est pas à cause de ces critiques que Les Fleurs de la Guerre ont échoué, mais bien plutôt, probablement, du fait des qualités insuffisantes de l'œuvre, d'un sujet certes passionnant, mais tout de même très chinois et qui ne parlait guère au public étranger, et aussi, sans doute, du fait de cette volonté clairement affichée d'avoir fait ce film pour vouloir remporter l'Oscar. Sans oublier non plus qu'à vouloir faire cavalier seul, on va droit dans le mur. En ce sens, le producteur des Fleurs devrait donc méditer l'exemple de The Artist, qui au départ ne semblait avoir aucune chance. Pensez donc, un film français, en noir et blanc et muet par surcroit ! Mais ce film, par ses qualités intrinsèques, a su plaire à un producteur américain puissant, qui s'est chargé ensuite de lui faire sa place et de le recommander à qui de droit aux Etats-Unis. Et la partie française a bien compris cela et s'est prêtée au jeu, avec le résultat que l'on sait. Nul doute que sans cela, The Artist n'aurait sans doute pas connu une telle consécration. Cela, Les Fleurs de la Guerre n'ont pas pu, ou pas su, le faire non plus, préférant compter sur elles-mêmes, peut-être un peu par orgueil, sans doute beaucoup par ignorance. Il est évident que cela a également joué un rôle dans l'échec final. Le cinéma, ce n'est pas que du divertissement, c'est aussi, et la Chine le sait très bien, une industrie. Et quand on veut pénétrer un marché étranger, il faut en connaître les règles, faute de quoi on ne peut réussir. C'est vrai pour les produits électroniques, et c'est vrai aussi pour le cinéma. Cet oubli, conscient ou non, aura aussi coûté cher aux Fleurs.
Ce n'est pas parce que la Chine est puissante que l'Oscar lui était dû, certains l'ont oublié un peu vite. Certains, à l'étranger, disent que la Chine est arrogante, depuis qu'elle est devenue de plus en plus puissante. A mon avis, ils ont tort. La Chine n'est pas arrogante, elle est fière de sa réussite, c'est différent, et elle a raison. Mais cela ne l'autorise pas pour autant à essayer d'imposer sa culture à l'étranger, comme cette tentative malheureuse –et pour le coup quasi-arrogante- en témoigne. La culture chinoise est ancienne, brillante, passionnante. Elle est appréciée par de plus en plus de personnes dans le monde entier, et ce n'est que justice. Elle prendra donc tout naturellement sa place au niveau mondial, celle qui lui revient, sans qu'il soit besoin d'utiliser des ficelles aussi grosses que pour ce film. D'ailleurs, n'oublions pas que nombre de films et d'acteurs chinois ont reçu des récompenses internationales prestigieuses, comme à Cannes ou à Berlin, sans qu'on ait eu besoin à l'époque de donner l'impression de vouloir forcer la main aux jurys. Ces films ou ces acteurs furent récompensés parce qu'ils étaient bons, très bons mêmes. Et voilà tout. Ce qui montre bien que le cinéma chinois peut plaire à l'étranger et remporter de grands succès. Tout comme de nombreux produits chinois remportent des succès partout dans le monde, car ils ont des qualités qui les rendent attirants, et qu'ils ont aussi su s'adapter aux marchés ou ils sont vendus… cet échec –prévisible- doit être une leçon dont il faut tirer tous les enseignements, pour rebondir et remporter un jour, que l'on espère proche, cet Oscar si convoité.





Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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