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Français>>CultureMise à jour 27.08.2012 15h36
Les récits de Marco Polo mis en doute par une universitaire britannique
Frances Wood, responsable de la collection Chine de la British Library, dit qu'elle suspecte que les histoires de Marco Polo ne sont qu'un guide de voyage de seconde main. Nick J.B. Moore / for China Daily

Selon une universitaire britannique éminente, spécialiste de la Chine, tous les signes et les on-dit selon lesquels « Marco Polo aurait dormi là » ne sont pas crédibles.

Frances Wood, responsable de la collection chinoise de la British Library semble aussi presque gênée à l'idée d'avoir dénoncé un personnage aussi célèbre de l'histoire chinoise en disant que c'était peut-être un imposteur. Elle reste toutefois plus connue pour son livre, « Marco Polo est-il vraiment allé en Chine ? », dans lequel elle affirme qu'il n'y est jamais allé et que les histoires d'explorateur du célèbre marchand vénitien ne sont en fait guère plus qu'un guide de voyage de seconde main.

« C'est vrai, en fait les gens sont très irrités par cela. Tout le monde l'aime. En Chine, tous les écoliers connaissent l'histoire de ce petit homme traçant son chemin à travers le Désert de Gobi », a t-elle dit dans son bureau de Londres.

Mme Wood, âgée de 64 ans, fait un parallèle inattendu entre l'attachement des Chinois à Marco Polo et celui envers d'autres personnes qui sont aujourd'hui dans leur coeur, comme l'ancien président américain Richard Nixon et l'ancien premier ministre britannique Edward Heath.
Quand elle était étudiante en Chine dans les années 1970, dit-elle, ses amis lui disaient qu'ils aimaient Richard Nixon « parce qu'il avait reconnu la Chine », et Edward Heath pour les mêmes raisons.

« Et c'est la même chose avec Marco Polo », a t-elle ajouté avec un sourire ironique.

Mme Wood soutient que Marco Polo, a supposer qu'il ait même existé, était alors un voyageur fort peu observateur, puisque jamais il ne mentionne le bandage des pieds, la dégustation de thé ni même l'utilisation des baguettes.

« Certains disent qu'il n'a pas utilisé les baguettes, et qu'on lui aurait donné une cuillère ou quelque chose comme ça. En Europe, à cette époque, on commençait à essayer d'utiliser la fourchette, dont vous pouvez imaginer qu'il aurait été interessé par la façon dont les gens mangeaient », dit-elle.

L'éminente universitaire souligne aussi que s'il est aujourd'hui célèbre à Venise, à l'époque, le nom de Marco Polo ne disait quasiment rien à personne à l'époque.

Pour elle, il est plus probable que Les Voyages de Marco Polo sont une sorte de bric à brac de données glanées auprès de marchands orientaux qui avaient eux une longue tradition de relations commerciales avec la Chine.

« Marco Polo a utilisé des noms soit persans soit turcs pour tout, et jamais de noms chinois ni même mongols. Ce qui pourrait signifier que la personne qui a écrit ce livre, quelle qu'elle soit, a utilisé pour cela un guide perse pour les marchands, car de nombreux Persans ont en effet voyagé et fait du commerce avec la Chine, et cela depuis la Dynastie Tang (618-907) », dit-elle.

Mme Wood, savant mélange d'enthousiasme et de pragmatisme, est la conservatrice de quelques-uns des plus précieux livres imprimés chinois du monde, dont le célèbre Sûtra du Diamant, le plus ancien livre imprimé connu au monde, remontant au 9e siècle de notre ère, sur lequel elle a récemment écrit un livre avec l'écologiste Mark Barnard.

Ce livre ancien fut découvert dans une grotte du Désert de Gobi par l'archéologue britannique Aurel Stein en 1907.

« J'ai fait un énorme travail avec ça ces vingt à trente dernières années, parce qu'à mesure que la Chine s'ouvrait, les universitaires chinois voulaient venir et examiner les pièces. Ce qui fait que nous avons fait tout ce que nous pouvions faire pour que cela soit possible pour eux », a t-elle dit.

Une grande partie de la collection chinoise de la British Library provient de hans Sloane, médecin et collectionneur dont les nombreux trésors ont constitué la base du British Museum.

Elle comprend aussi une collection d'os divinatoires, découverts au 19e siècle par des missionnaires dans la Province du Shandong, et qui furent achetés par le Gouvernement britannique.

« Ce sont, si vous voulez, des archives ou des comptes-rendus de la Dynastie Shang (16e-11e siècles avant JC environ). Ils ont près de 3 000 ans », dit-elle.

Une partie de la collection de la British Library provient aussi du pillage de l'Ancien Palais d'Eté par les troupes anglo-françaises en 1860.

« C'est vrai, il y a des pièces qui viennent de l'ancien Palais d'Eté, il y en a même une qui a été achetée au général Cousin-Montauban, commandant des troupes françaises », a t-elle ajouté.

Cependant, s'est-elle empressée de préciser, la plus grande partie de la collection a été acquise par des moyens nettement plus honorables.

« Vous savez, l'immense majorité de notre collection, disons 99,9%, a été acquise de façon parfaitement légitime auprès de revendeurs. Un lot a été acheté par Anthony Panizzi, un bibliothécaire très célèbre ici, vers 1840, quand il a acheté une grande collection de livres chinois du début des Ming et des Qing qui était arrivée à Paris », dit-elle.

« Et nous achetons toujours aujourd'hui. Nous passons par un grand nombre de revendeurs, et même par des personnes privées ».

Mme Wood, elle-même fille d'un Directeur des Imprimés du British Museum (la British Library est devenue une entité indépendante en 1972) avait d'abord étudié l'art à Liverpool avant de se tourner vers le chinois à Cambridge.

« J'étais plutôt bonne en langues, et je pense que j'ai choisi le chinois complètement au hasard, mais je suis vraiment contente de l'avoir fait ».

Ses premières expériences de la Chine remontent au années 1970, qu'elle a contées dans un livre engageant, intitulé « Pratique du lancer de grenades à Beijing : ma participation à la Révolution Culturelle ». Le lancer de grenades, fort heureusement inertes, était en effet une épreuve sportive obligatoire du samedi matin...

« Quand je suis arrivée en Chine en 1971, je me souviens m'être réveillée au centre de Beijing et avoir entendu un bruit curieux dehors. J'ai regardé par la fenêtre, et j'ai vu des troupeaux de moutons conduits au marché. On aurait pu se croire dans une petite ville à la campagne », dit-elle.

« Je pense que l'ouverture de la Chine sur le reste du monde est d'une manière générale une bonne chose, bien que je sois très triste qu'à cause de la mondialisation tout se ressemble. Si vous allez en Chine, vous y voyez les mêmes magasins qu'ici ».

Dans son domaine, elle fait autorité et elle a eu le rare honneur, tout au moins pour une Sinologue, d'être apparue sur l'émission de la BBC Radio 4 Desert Island Discs, qui est en général réservée aux personnes ayant accédé au statut de célébrité, en 2010.

Auparavant, elle allait en Chine trois ou quatre fois par an, mais aujourd'hui elle y va moins. Elle entretient son chinois en dévorant des documents chinois tous les jours et en accueillant de nombreux visiteurs et délégations chinois.

Selon Mme Wood, la Chine n'a demandé aucun retour de l'un ou l'autre de ses grands livres, à la différence de la Grèce qui ne cesse de demander au British Museum la restitution des frises du Parthénon. L'immense majorité des livres chinois précieux sont encore en Chine, et la British Library a d'ailleurs des accords avec la Peking University et la Bibliothèque Nationale de Chine.

« Je ne crois pas que les gens sont dans l'état d'esprit ‘c'est à nous, nous devons les récupérer'. Ils veulent juste savoir où ils se trouvent et savoir s'ils peuvent avoir leurs propres images numériques de ces oeuvres. Les livres ne sont pas un sujet aussi sensible que certains autres objets ».

Huang Tiantian





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Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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