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Français>>EconomieMise à jour 03.06.2011 13h41
La longue marche du Renminbi vers l'internationalisation

Les prévisions de réévaluation du Yuan constituent un défi à son internationalisation. Récemment, la banque HSBC a publié une enquête optimiste prédisant que la monnaie chinoise, le Renminbi (RMB, plus couramment Yuan) allait devenir une des trois monnaies de paiement mondiales, à côté du Dollar US et de l'Euro, à un moment ou à un autre de cette année. L'internationalisation du Yuan semble avoir avancé sans que personne ne s'en rende vraiment compte. Les questions clés qui restent concernent la question de savoir si le Yuan deviendra bientôt ou non une monnaie internationale, et si elle a vocation à constituer un défi sérieux à la domination du Dollar US sur le système monétaire international.

Une monnaie internationale est une monnaie utilisée et détenue au delà des frontières du pays qui l'émet, et elle joue le rôle d'unité de compte, de moyen d'échange et stockage de valeur pour les habitants du pays en question comme pour ceux qui n'y habitent pas. A l'évidence, une internationalisation du Yuan comporte de nombreux bénéfices potentiels pour la Chine :

D'abord, l'élimination des risques liés au taux de change auxquels les entreprises chinoises sont exposées. Une plus grande efficacité de financement pour les institutions financières chinoises renforcerait leur compétitivité sur les marchés financiers mondiaux.

Ensuite, cela stimulerait le commerce de la Chine avec ses voisins, grâce à la réduction des coûts de transaction. La Chine aurait moins besoin de détenir des avoirs en Dollars US et de risquer de perdre des capitaux sur les réserves en devises du pays.

Enfin, le statut du Yuan en tant qu'une des monnaies de réserve mondiales majeures offrirait à la Chine davantage de liberté de manoeuvre pour ses politiques économiques nationales et internationales.

L'enthousiasme de la Chine pour une internationalisation du Yuan depuis 2009 reflète en partie sa frustration face au manque de progrès dans la réforme de l'architecture financière internationale, et à l'état de la coopération financière régionale. Les responsables chinois pensent qu'une internationalisation du Yuan est une façon pour la Chine de fixer son propre agenda sans y être excessivement contrainte du fait de conditions extérieures échappant à son contrôle.

Jusqu'à aujourd'hui, la Chine a fait des progrès significatifs dans l'utilisation du Yuan comme monnaie de réglement, par l'émission de bons libellés en Yuans, et en signant des accords de swaps de devises avec des banques centrales étrangères. Les dépôts en Yuan dans la Région Administrative Spéciale de Hong Kong grandissent ainsi de façon exponentielle.

En dépit de ces résultats, cependant, l'internationalisation du Yuan pourrait encore facilement mal tourner. Par exemple, diverses incitations ont été proposées pour encourager les entreprises à utiliser le Yuan pour conclure des transactions. Mais avec un taux de change sous-évalué et de fortes prévisions de réévaluation du Yuan dans l'avenir, les importateurs étrangers de produits chinois refusent d'utiliser le Yuan pour leurs transactions, tandis que les exportateurs étrangers sont eux ravis d'accepter le Yuan. Avec pour résultat que la Chine finit par se trouver avec encore plus de réserves en devises étrangères, quand bien même l'utilisation du Yuan comme monnaie de réglement est supposée réduire leur accumulation.

Certes, jusqu'à présent, l'internationalisation du Yuan a montré un schéma clair d'asymétrie, non seulement comme monnaie de réglement pour les importations chinoises, mais aussi pour les exportations. Tandis que les prêteurs étrangers consentent volontiers à accorder des prêts en Yuans, les emprunteurs étrangers ne les apprécient guère. Considérant les fortes prévisions de réévaluation du Yuan, son internationalisation conduira immanquablement à une forte disparité monétaire, avec de possibles conséquences négatives pour la Chine.

Mais un problème plus fondamental de l'internationalisation du Yuan est ce que cela implique pour les contrôles de capitaux de la Chine. Bien que l'internationalisation d'une monnaie ne soit pas l'équivalent d'une libéralisation des comptes-capitaux, le degré d'internationalisation conditionne la libéralisation des comptes-capitaux. La forte augmentation des dépôts en Yuans à Hong Kong en est une bonne illustration.

Quand une monnaie subit un processus prolongé de réévaluation à sens unique, les capitaux spéculatifs ayant pour objectif un arbitrage des taux de change sont amenés à profiter de la moindre occasion pour se déverser sur les marchés. Et ces capitaux flottants renforceront la pression pour une réévaluation de la monnaie et compliqueront la gestion macroéconomique. Les profits que tireront les spéculateurs à la fin de ce petit jeu provoqueront d'énormes pertes en termes de bien-être dans le pays récipiendaire, dans le cas présent la Chine.

La crainte de voir arriver ces capitaux spéculatifs a été la raison principale qui a fait que la Chine a refusé de désindexer le Yuan du Dollar US jusqu'en juillet 2005. Et quand la Chine a décidé de laisser le Yuan se réévaluer, elle s'est appuyée sur les contrôles de capitaux pour empêcher les capitaux flottants de se déverser. Ces contrôles ne sont pas parfaits, c'est évident, mais tout au moins ils ont fonctionné –jusqu'à maintenant- ce qui explique pourquoi la Chine a réussi à maintenir une stabilité macro-économique tout au long de ces années.

L'objectif-clé des contrôles de capitaux de la Chine est d'éviter que des personnes ne résidant pas sur le Continent détiennent des actifs libellés en Yuans n'ayant aucune relation avec les flux de capitaux commerciaux et à long terme.

Mais une internationalisation du Yuan encourage ces non-résidents à posséder advantage de Yuans et d'actifs libellés en Yuans. Résultat de cette internationalisation, les dépôts en Yuans détenus par des résidents de Hong Kong ont atteint 370 milliards de Yuans (57 milliards de Dollars US), et ce montant pourrait atteindre 1 000 milliards de Yuans d'ici la fin de l'année.

Certains pourraient se demander quelle différence il y a entre des capitaux flottants et des dépôts en Yuans détenus par des non-résidents. La réponse réside dans la raison pour laquelle ces personnes détiennent ces dépôts. La raison de l'attrait du Yuan devrait venir des solides fondations économiques de la Chine et de la foi dans son économie. Mais si cela vient de l'espoir d'une réévaluation du Yuan, le succès de l'internationalisation du Yuan pourrait aisément avoir un effet contraire et causer plus de problèmes que les autorités monétaires chinoises auraient à résoudre dans l'avenir.

Fort heureusement, les autorités monétaires chinoises ont déjà fait la distinction entre la demande légitime pour des actifs libellés en Yuans et des capitaux flottants. Cela veut dire que le rythme d'internationalisation du Yuan pourrait être plus lent que les investisseurs internationaux ne l'espèrent.

Si l'internationalisation du Yuan est nécessaire, et même inévitable, elle doit être guidée par des principes de marché et conduite de manière prudente.

Bien saisir la période d'ajustements de politiques est vital. La longue marche du Yuan vers un statut de véritable monnaie internationale promet d'être cahoteuse.

L'auteur, Yu Yongding, est Président de la Société Chinoise d'Economie Mondiale.

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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