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Français>>EconomieMise à jour 16.09.2011 16h31
Il faut réduire le fossé des richesses

Aujourd'hui, le sujet-clé pour la Chine est se concentrer sur l'application de réformes courageuses et complètes pour rééquilibrer la redistribution des richesses.

D'après la Liste Forbes des Milliardaires 2011, les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) comptent 108 des nouveaux milliardaires et possèdent à présent un sur quatre du total des milliardaires, contre un sur dix il y a seulement cinq ans. Quant au nombre des milliardaires chinois de la liste, il a presque doublé.

Pourtant, dans un contraste frappant, la Chine compte aussi encore près de 150 millions de personnes vivant avec moins d'un Dollar US par jour et par personne, et plus de 60% des habitants urbains n'ont pas les moyens d'acheter un appartement. Le coefficient Gini de la Chine, un indicateur-clé des inégalités, a atteint un niveau élevé record de 0,49 en 2006, et navigue aux alentours de 0,5 ces dernières années, dépassant la « cote d'alerte ». Beaucoup de personnes pensent aussi que le fossé des richesses est en fait beaucoup plus large que les chiffres officiels ne le laissent entendre.

La croissance rapide de l'économie chinoise a alimenté la hausse du nombre des personnes individuelles riches, dont la fortune vient essentiellement d'affaires privées, de la spéculation immobilière, des entrées en bourse et des emplois à hauts salaires. Fait intéressant, l'âge moyen des millionnaires chinois est de 39 ans, soit quinze de moins que leurs homologues occidentaux.

Bien que, historiquement, le cours de l'industrialisation et de la modernisation pour atteindre la prospérité économique semble conduire inévitablement à des disparités de richesse, le problème-clé pour la Chine aujourd'hui est de mettre résolument en oeuvre des réformes de rééquilibrage courageuses et complètes.

Réajuster le modèle de développement de la Chine veut dire rediriger la croissance du PIB vers davantage de « croissance orientée vers la population », afin d'améliorer le bien-être des citoyens ordinaires. La surdépendance de la Chine envers les investissements a aggravé le déclin de la part des ménages dans le revenu national, avec pour résultat que la consommation ne représente qu'à peine 35% du PIB. Ce chiffre est un niveau bas record pour une économie majeure, et bien en dessous de celui d'autres pays en développement comme l'Inde.

Pour inverser cette tendance, diverses mesures doivent être prises pour augmenter davantage les revenus des ménages, dont la fixation d'objectifs obligatoires d'augmentation des salaires, plus de dépenses en faveur des programmes de protection sociale et l'extension du logement abordable, ainsi que la réforme complète du sytème d'impôt sur le revenu personnel.

Une enquête, conduite par le Comité de Shanghai de la Ligue Démocratique de Chine, a découvert que près de 68% de la population active de la ville est employée dans des secteurs à bas salaires, comme la fabrication, la construction, la restauration et le vente au détail. Le salaire moyen minimum est de 1 120 Yuans (170 Dollars US), et bien qu'il soit le deuxième plus élevé parmi les villes de Chine, il ne représente que 30% environ du salaire moyen dans la ville, contre 44,6% en 1993. Par contraste, un niveau internationalement accepté dit qu'un salaire mensuel minimum moyen ne devrait pas représenter moins de 50% du niveau moyen des revenus de la ville.

Sans doute, le système de distribution équitable en fonction des performances devrait-il refléter davantage la valeur de la main d'oeuvre sur le marché, mais obtenir le droit de « première distribution de revenus » est plus important encore, car s'il y a quelque chose d'erroné avec la première distribution, il est très difficile de le corriger par le biais d'une seconde.

Le système financier doit jouer un rôle dans la réduction du fossé des richesses. La libéralisation progressive des taux d'intérêt pourrait être une meilleure façon de faire monter les taux de dépôt, et ainsi de préserver le pouvoir d'achat des ménages lors des périodes d'inflation. Dans le même temps, augmenter les taux de prêt pourrait se montrer utile pour faire réduire les investissements et transférer la richesse des producteurs aux ménages.

Etant donné l'environnement actuel des liquidités, qui se restreint, les banques chinoises sont avides de fonds et intensifient la course aux dépôts en explorant des façons innovantes de proposer des produits de gestion de la richesse pour les consommateurs à haute valeur. Avec pour résultat que les individuels aisés et les entreprises sont les plus grands bénéficiaires du système bancaire.

Considérant l'importance des emplois créés par les petites et moyennes entreprises, les banques chinoises devraient se développer sur une base plus équilibrée et plus coordonnée, en rendant le micro-financement plus accessible tant aux petites entreprises qu'aux citoyens de base, afin d'améliorer l'emploi et d'augmenter les revenus des ménages.

Depuis des dizaines d'années, l'élargissement du fossé des richesses est un des problèmes des pays pris dans le « piège des revenus moyens », tant en Amérique Latine qu'en Asie. Seuls quelques pays comme le Japon, la Corée du Sud et Singapour ont réussi à éviter ce piège avec succès. La Chine fait face à une situation similaire, bien qu'elle soit caractérisée par une grande population et une urbanisation rapide, et elle ne pourra pas maintenir une croissance durable à long terme sans réduire le fossé qui existe entre les riches et les pauvres.

Ce n'est pas seulement un problème économique, c'est aussi un problème étroitement lié à la théorie politique et à la stabilité sociale.

Paul Collier, économiste à l'Université d'Oxford, a examiné les données de presque chaque pays en remontant jusqu'en 1960. Il a ainsi découvert que, au delà d'un certain seuil de revenus, les pays démocratiques deviennent moins sujets aux troubles, car ils deviennent plus riches, tandis que les autocraties tendent elles à souffrir de plus hauts niveaux de troubles.

Habituellement, les réformes dans les pays entrant dans une phase de développement à revenus moyens sont entravés par des groupes d'intérêt spécifiques, ce qui conduit à la recherche du profit, à la spéculation et à la corruption. Aussi est-il nécessaire pour les décideurs politiques d'envisager une série d'étapes allant du sommet vers la base sur la route de la réforme.

Rééquilibrer une économie n'est jamais un processus facile, car il nécessite à la fois un vrai courage dans la réforme ainsi qu'une approche prudente adéquate, combinés avec un véritable sens de l'instant.

L'auteur est Président du Conseil des Directeurs de la Banque de Chine.

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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