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Français>>EconomieMise à jour 13.10.2011 16h36
Sanctionner la Chine n'apportera rien de bon à l'emploi aux Etats-Unis

Pour chaque iPad Apple vendu aux Etats-Unis, le déficit commercial américain avec la Chine augmente d'environ 275 Dollars US.

Pourtant, la plus grande partie de la valeur incorporée dans cet appareil revient à Apple et soutient des milliers d'emplois bien payés dans les domaines de la conception, des logiciels, de la gestion et du marketing aux Etats-Unis.

Par contraste, la valeur qui revient en Chine aux ouvriers qui assemblent les produits Apple n'est à peine que de 10 Dollars environ, d'après des travaux de chercheurs conduits par Kenneth Kraemer de l'Université de Californie, Irvine, qui ont rassemblé les données.

Vu au travers de ce prisme, la fabrication à l'étranger de produits électroniques comme l'iPad est une solution, et pas un problème, et chercher à punir la Chine pour son prétendu taux de change sous-évalué, c'est être à côté de la plaque.

« Sans la Chine, Apple n'aurait pas tant de succès et les produits Apple ne seraient pas si abordables », a dit Yao Shujie, Professeur d'économie à l'Université de Nottingham, en Angleterre.

Dans le cas de l'iPad, la Chine n'est que le point d'assemblage final pour des composants qui sont importés de toute une série de pays et régions, dont la Corée du Sud, du Japon, de l'Union Européenne et même des Etats-Unis. Il n'y a pas de fournisseurs chinois pour l'iPad.

« La Chine se trouve au milieu : elle fabrique des produits pour les pays riches », dit le Professeur Yao. En tant que telle, soutient-il, il serait plus approprié d'allouer la plus grande partie de l'« excédent commercial bilatéral de l'iPad » à ces pays fournisseurs.

M. Kraemer reconnait que les données commerciales peuvent tout autant informer que tromper.

Les agences de statistiques travaillent elles sur des ventilations plus précises des origines des produits échangés par la valeur ajoutée, qui est attribuée en se basant sur la localisation de la fabrication, et non sur la localisation de la propriété, dit-il.

« Cela offrira finalement une image plus claire de qui sont réellement nos partenaires commerciaux, mais tandis que ce processus longuet se déroule, les pays continuent à discuter en se basant sur des données qui induisent en erreur », ont dit M. Kraemer et ses collègues auteurs Greg Linden et Jason Dedrick dans un article récent.

Des fabricants libres

Ce genre de joyeusetés économiques ne fait ni chaud ni froid aux politiciens américains. Mardi, en effet, le Sénat a adopté une loi visant à amener la Chine à relever la valeur du Yuan dans l'espoir de sauver des emplois américains. Ce texte doit maintenant passer devant la Chambre des Représentants, où son sort est encore incertain.

Cette loi pourrait permettre au Gouvernement américain d'imposer des droits sur les produits venant de pays coupables de subventionner leusr exportations en sou-évaluant leur monnaie.

Fred Bergsten, Directeur de l'Institut Peterson pour l'Economie Internationale, à Washington, reconnait qu'une amélioration de 100 milliards de Dollars US dans le déficit actuel des comptes des Etats-Unis se traduirait par 600 000 nouveaux emplois.

En revanche, pour Fredrik Erixon, Directeur du Centre Européen pour l'Economie Politique Internationale, un groupe de réflexion situé à Bruxelles, le déficit commercial américain a des racines démographiques et structurelles profondes. En tant que tel, même une hausse substantielle du Yuan ne conduirait qu'à une augmentation marginale des emplois aux Etats-Unis.

« Les sociétés multinationales qui pensent qu'une réévaluation d'une devise risque d'avoir des effets importants sur leurs capacités d'exportation de la Chine vers les Etats-Unis se tourneront vers d'autres pays, et pas vers les Etats-Unis », dit-il.

De fait, les fabricants délocalisent déjà les secteurs à faible marge bénéficiaire en réponse à la hausse régulière du Yuan -30% de plus en termes nominaux face au Dollar depuis 2005- sans parler de l'augmentation rapide du coût du travail, des terres, de l'énergie et d'autres facteurs.

Jonathan Anderson, économiste en chef pour les marchés émergents chez UBS à Hong Kong, dit que les données commerciales des Etats-Unis et de l'Union Européenne montrent que la part de la totalité des importations de fabrications légères de bas de gamme de la Chine a atteint un pic lors des 24 derniers mois, et qu'elle était en train de tomber aux Etats-Unis.

Ceux qui prennent des parts à la Chine sont ses voisins encore moins chers qu'elle, comme le Vietnam, le Bangladesh et l'Indonésie, mais on y compte aussi le Mexique, dit M. Anderson.

Fait remarquable, alors que les importations américaines de vêtements et de meubles ont continué à augmenter lors des deux dernières années, la production locale américaine s'est elle effondrée. Les pays étrangers ont gagné des parts de marché, ils n'en n'ont pas perdu.

Pour M. Anderson, il est tout à fait compréhensible que les ouvriers américains ne soient pas les bénéficiaires de l'augmentation des salaires chinois.

« A votre avis, si un salaire de 300 Dollars US par mois avec une durée de travail de 65 heures par semaine est trop élevé pour, disons, les fabricants de jouets basiques, est-ce qu'ils vont aller aux Etats-Unis et payer 1 200 Dollars US par mois plus des avantages avec une semaine de 40 h de travail, pour le salaire minimum, ou est-ce qu'ils vont aller au Bangladesh ou au Cambodge, où les ouvriers ont des horaires à la chinoise, mais pour moins de 100 Dollars US par mois ? », a t-il écrit dans un article récent.

Pas de solution simple

Ce n'est seulement qu'en réussissant à imposer une hausse massive du Yuan ou en instaurant des tarifs à des niveaux si élevés qu'ils en deviennent peu plausibles qu'un tel fossé des prix pourrait être comblé. La menace d'une guerre commerciale et monétaire, qui a de bonnes chances de devenir une antienne lors de la rencontre du Groupe des vingt ministres des finances à Paris ce week-end, pourrait alors devenir une réalité.

« La concentration progressive de la fabrication des produits électroniques en Asie lors des trente dernières années ne pourra être renversée à court ou moyen terme sans saper le flux relativement libre des produits, du capital, et des personnes, qui sont la base de l'économie mondiale », ont écrit MM. Kraemer, Linden et Dedrick.

Ils ont toutefois dit qu'ils n'en n'affirmaient pas pour autant qu'il n'y avait aucun espoir pour la fabrication américaine. Mais c'est la conception, l'informatique et le marketing, et pas l'assemblage d'une coque de plastique qui crée des emplois à salaire élevés. Car quoi qu'il advienne, le voisin mexicain pourrait très bien se charger lui-même de l'assemblage final à un prix relativement bas.

« Faire revenir l'assemblage massif de produits électroniques aux Etats-Unis n'est pas la voie qui convient pour des ‘bons emplois' ou la croissance économique », ont-ils écrit.

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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