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Français>>EconomieMise à jour 18.10.2011 15h56
L'heure n'est pas à la baisse des taux

Tous les yeux sont à present tournés vers l'Europe. Même en Asie, qui jusqu'à présent a été miraculeusement épargnée par l'instabilité financière de l'Occident, l'appréhension grandit. Et cela peut se comprendre : la région peut supporter une baisse cyclique et modérée en Europe et aux Etats-Unis, mais, comme l'a montré 2008, pas une calamité financière caractérisée.

Pour l'instant encore, certes, rien n'est écrit, mais les souvenirs de la crise financière mondiale sont manifestement encore bien présents.

La pression monte donc sur les banques centrales locales pour qu'elles baissent les taux d'intérêt et anticipent une chute potentiellement plus forte de la croissance en Asie. Mais ce serait une erreur.

Bien sûr, les baisses de taux aggressives de 2008, en Chine comme ailleurs, ont contribué à un rebond impressionnant. Résultat partiel, la production industrielle de l'Asie est à présent un tiers plus haute qu'elle ne l'était au début de la crise. Il est donc tentant de penser que les banquiers centraux seront prompts à répéter ce traitement, à savoir baisser les taux si la croissance faiblit. Reconnaissons-le, les marchés financiers adorent ce genre de politique rassurante par laquelle les reponsables soignent instantanément tous les problèmes économiques. Ce qui fait que, par conséquent, les investisseurs anticipent déjà ces fortes baisses.

Mais il y a trois bonnes raisons pour les banques centrales de ne pas trop brusquer le mouvement et de laisser l'ajustement suivre son cours plus naturel. Première raison, l'inflation. La pression sur les prix continue à être forte dans la plus grande partie de l'Asie. Certes, en Chine, l'inflation a commencé à faiblir après avoir atteint un pic cet été. Mais une baisse de l'inflation de base, même si elle est cosmétiquement attirante, n'est pas pour autant nécessairement le signal que la bataille contre la hausse des prix est définitivement gagnée.

Le problème est lié au taux d'inflation tendanciel que l'Asie connait actuellement. Les prix de base, à l'exclusion des produits trop volatils tels que la nourriture et l'énergie, montent trop vite pour que cela puisse être confortable. Plus encore, il y a des indices de plus en plus clairs qui montrent que les prévisions d'inflation sont orientées à la hausse, ce qui implique que la pression sur les prix va encore durer pendant un certain temps et que les banques centrales doivent montrer une plus grande détermination à contenir l'inflation. Un relâchement rapide de la politique monétaire pourrait mettre en danger une crédibilité durement acquise.

La deuxième raison de résister à la tentation et garder la main sur les taux est la stabilité financière. Il est maintenant apparu clairement que les banques centrales ont un rôle important à jouer en préservant la viabilité des banques et d'autres établissements de ce genre. En fait, l'idée que la politique monétaire peut exclusivement se concentrer sur l'inflation a été enterrée pour de bon sous les cendres de la crise financière mondiale.

Mais même du point de vue de cette perspective, des réductions de taux ne seraient pas pour autant justifiées. D'abord parce que les liquidités locales sont suffisantes et que les banques sont bien capitalisées. Le système financier chinois, aussi, ne fait face à aucun risque systémique, alors même que les tensions financières mondiales grandissent et que l'économie risque de trébucher dans une récession peu probable. Bref, des baisses de taux ne sont pas nécessaires pour garantir la stabilité financière.

En fait, les baisses de taux risquent de faire augmenter, plutôt que de faire baisser, les risques pesant sur la stabilité financière régionale. Un sous-produit du cycle récent a été la croissance extraordinaire du crédit. Pour l'Asie émergente dans son ensemble, le rapport crédit/PIB, un très important indicateur de la vulnérabilité, est à présent au même niveau qu'il était à la mi-1997, une date que les investisseurs chevronnés de la région préfèreraient chasser de leur mémoire. Le risque est maintenant qu'un nouveau relâchement monétaire, alors même que les choses commencent à se calmer à la baisse, alimentent un autre accès de levier financier haussier, faisant finalement le monter le rapport crédit/PIB plus encore.

Ceci nous amène à la troisième raison. La faiblesse économique et financière de l'Occident peut finalement conduire à davantage de relâchement monétaire par les grandes banques centrales du monde. Déjà, les responsables suisses se sont décidés à faire marcher la planche à billets, pour une raison unique cependant : pour empêcher la devise locale de se renforcer davantage.

En Europe aussi bien qu'aux Etats-Unis, une croissance plus faible peut seulement faire augmenter les chances de nouvelles mesures de relance monétaire, avec la Réserve Fédérale américaine qui a déjà fait un pas en ce sens avec son dernier « twist ». Et les liquidités occidentales, comme auparavant, se déverseront finalement sur l'Asie. Il n'y a donc aucune nécessité, pour les banques centrales asiatiques, d'accentuer ce cycle avec un relâchement local de leur cru.

En Chine, aussi, les vastes quantités de liquidités mondiales pourraient finalement accentuer l'effet de levier et faire monter les prix des actifs. Entendons-nous bien - le système financier est sain et ne fait pas face au moindre danger imminent. Pour autant, ce serait une erreur de réduire les taux maintenant, ou, comme certains l'ont suggéré, de réduire les taux de réserve obligatoire de manière agressive. L'économie n'a aucun besoin de cela en ce moment et les conséquences néfastes d'un relâchement excessif sont toutes trop évidentes sur le long terme. Les marchés peuvent déjà réclamer des baisses, mais il n'est jamais sage de leur donner tout ce qu'ils réclament.

L'auteur est Co-directeur des Economiques Asiatiques chez HSBC

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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