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Français>>EconomieMise à jour 14.06.2012 09h49
Les exportations agricoles chinoises face au protectionnisme vert

LI YUAN, membre de la rédaction

En juin dernier, des fonctionnaires de pays africains ont visité la ville d'Anqiu, dans la province du Shandong, pour se faire une idée des pratiques locales en matière de gestion de la qualité et de la sécurité des produits agricoles.

Située dans la partie centrale de la péninsule du Shandong, Anqiu compte plus de 86 700 hectares d'excellente terre arable. Ses principaux produits agricoles comprennent les arachides, les fruits et les légumes. Les exportations de légumes sont d'importance critique pour l'économie de la ville.

Faire son entrée sur les marchés étrangers

Liu Shili est un fermier du village de Qianrulinzhuang, dans le bourg de Linghe, à Anqiu. En 1998, il a fondé la Weifang Xinsheng Food Co., première entreprise locale à exporter des produits agricoles transformés.
« À l'époque, on exportait seulement des légumes frais comme le gingembre et l'oignon chinois, et en fait de transformation, on se contentait de peler l'oignon et d'enlever la boue sur le gingembre », se souvient Liu.
En dépit de sa taille modeste, l'entreprise de Liu a ouvert la voie des marchés internationaux aux produits agricoles locaux. Elle a créé des emplois pour la main-d'œuvre libre dans des zones rurales et consolidé les prix des produits agricoles dans la région.

En 2001, la Chine est devenue membre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). La nouvelle a été célébrée dans tout le pays, mais nombreux étaient malgré tout ceux qui s'inquiétaient du sort des fermiers et de l'agriculture dans un contexte de concurrence internationale féroce. Beaucoup craignaient que l'industrie agricole du pays ne soit à la traîne en matière de modes de production, de technologie et de marketing, et que la concurrence étrangère ne signifie la ruine pour les producteurs locaux. De fait, l'agriculture avait été l'un des sujets les plus chaudement disputés lors des négociations ayant mené à l'entrée du pays à l'OMC.

La décennie écoulée a toutefois donné raison à ceux qui voyaient cette accession avec optimisme. Selon des statistiques récentes, l'entrée à l'OMC, avec l'ouverture du marché local qui s'en est suivi, a fait passer le commerce agricole total du pays de 27,92 milliards de dollars en 2001 à 121, 96 milliards en 2010, pour un facteur de 3,4. Les importations sont passées de 11,85 milliards de dollars à 72,55 milliards – une augmentation annuelle moyenne de 22,3 % – et les exportations de 16, 07 milliards à 49,41 milliards – un rythme annuel de 13,3 %.

Selon le ministère de l'Agriculture, les exportations chinoises de produits de la ferme mettent principalement en jeu des fruits, des légumes et des produits à transformation restreinte dont la production requiert d'importantes quantités de main-d'œuvre. Les importations, quant à elles, reposent sur la disponibilité des terres, comme pour la culture des oléagineux et du coton. Les exportations ont favorisé l'industrie de la transformation des aliments, qui augmente la valeur ajoutée des produits de la ferme, optimise la structure de l'industrie agricole chinoise et accroît tant l'emploi dans les régions rurales que le revenu des fermiers. La hausse des importations de produits basés sur la disponibilité de larges surfaces a permis de répondre à la hausse de la demande tout en allégeant la pression sur les ressources locales et l'environnement.

« L'entrée de la Chine à l'OMC a eu un impact direct sur la structure et le volume du commerce agricole du pays. Les importations de produits exigeant de vastes surfaces et de grandes quantités d'eau ont augmenté rapidement, tout comme les exportations de produits à forte intensité de main-d'œuvre, en accord avec les forces et les faiblesses de l'agriculture chinoise. La tendance était sans doute inévitable, mais l'OMC a certainement accéléré le rythme du changement », commente Zhong Funing, professeur à l'université des sciences agricoles de Nanjing et conseiller de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture.

En 2002, un an à peine après que la Chine est entrée à l'OMC, Liu Shili a ouvert un nouvel établissement à Anqiu pour faire face à l'augmentation des commandes en provenance de l'étranger. Son entreprise assure maintenant le traitement des produits récoltés, qu'elle vend ensuite au Japon, aux États-Unis, en Europe, en Asie du Sud-Est et ailleurs dans le monde. Outre ses 650 employés permanents, elle embauche 2 500 temporaires pendant la haute saison. La production annuelle dépasse les 40 000 tonnes, et les produits sont approuvés par le Global Gap, les normes agricoles japonaises, le Tesco Nature's Choice et l'Ethical Trading Initiative.

Occasions et défis

L'entrée de la Chine à l'OMC s'est accompagnée non seulement de nouvelles occasions de développement pour l'agriculture chinoise, mais aussi des nombreux défis associés à la mondialisation et à la concurrence étrangère. En 2008, alors que la crise financière balayait le globe, les exportateurs chinois de produits agricoles tels que Liu en ont ressenti les effets.

Par suite de la crise financière, les gouvernements de nombreux pays du monde se sont efforcés de remettre l'économie mondiale sur les rails. Cependant, en raison de la crise européenne de la dette souveraine et de la timidité de la reprise aux États-Unis, les résultats se sont fait attendre. Qui plus est, les tensions sous-jacentes et les différends ajoutent à la complexité de l'environnement commercial international. Afin de protéger leur marché intérieur et leurs intérêts propres, un grand nombre de pays ont adopté des mesures protectionnistes. Si au départ le protectionnisme vert relevait d'une bonne intention, il a depuis été détourné de ses fins premières par les intérêts en place et les lobbys pour en venir à constituer une forme importante de protectionnisme. Du reste, le protectionnisme vert se présente sous des atours plus subtils et moins aisément perceptibles que les tarifs douaniers et les subventions gouvernementales.

À mesure que croît l'attention portée dans le monde à la protection de l'environnement et à la sécurité alimentaire, les gouvernements – ceux des pays développés en particulier – ont profité des bonnes intentions de leurs citoyens pour édicter des normes de sécurité alimentaire qui imposent un trop grand fardeau aux pays en développement, lesquels sont dépourvus des technologies indispensables à leur mise en œuvre. Rien n'a été prévu pour laisser aux pays en voie de développement le temps de s'ajuster, et des obstacles ont été posés aux importations par les pays riches de produits alimentaires en provenance des pays pauvres.

Selon les statistiques de l'OMC, plus de 40 % des notifications sur les obstacles techniques au commerce (OTC) et sur les mesures sanitaires et phytosanitaires (MSP) proviennent des pays développés. Les États-Unis, les États membres de l'Union européenne et le Japon mènent le bal en termes de technologie alimentaire et de gestion de la sécurité, et les règles de l'OMC reflètent leurs pratiques d'avant-garde sans grands égards pour l'absence de technologies appropriées dans le reste du monde.

« Après l'entrée de la Chine à l'OMC, les pays développés ont eu du mal à freiner les importations en provenance du pays avec des restrictions quantitatives du genre tarifs douaniers et quotas ; il semble qu'ils aient eu recours au prétexte du protectionnisme vert là où les autres mesures ont échoué », dit Zhong Funing.

Le protectionnisme vert est une réalité du commerce international depuis longtemps et qui a d'ailleurs gagné en ampleur avant même la crise financière. En mai 2006, le Japon a adopté un « système de liste positive pour les résidus de produits chimiques agricoles présents dans les aliments ». Liu Shili explique que cela s'est avéré un défi sans précédent pour son entreprise. Le système impose, en plus des normes déjà existantes, des niveaux maximums de résidus pour 758 produits chimiques en usage dans l'agriculture, et une limite uniforme de 0,01 partie par million pour les résidus non explicitement mentionnés. Son entrée en vigueur a pour effet que les produits alimentaires contenant des résidus dont le niveau dépasse la norme admise sont interdits au Japon. Le système de liste positive est vu comme la norme sur les résidus la plus rigoureuse au monde.

La réglementation est devenue encore plus stricte ces dernières années. « La Loi sur l'amélioration de la sécurité alimentaire adoptée par les États-Unis en 2009 stipule que le pays d'origine doit être identifié sur l'étiquette des produits alimentaires. Je ne trouve pas cette disposition légale raisonnable », dit Fang Pengyu, un exposant au Salon 2011 des importations et exportations de Chine. « On ne trouve guère d'évidence scientifique à l'effet que la qualité des aliments soit reliée au lieu d'origine. L'étiquetage pourrait induire les consommateurs en erreur et cela sert à alimenter les craintes liées à des stéréotypes nationaux sans fondement », ajoute Fang.

Le protectionnisme vert est devenu aujourd'hui un obstacle majeur pour les exportations agricoles chinoises. Selon des statistiques de la Chambre de commerce de Chine pour l'importation et l'exportation de produits alimentaires, de produits natifs et de sous-produits de source animale, les membres de l'OMC ont déposé en 2009 1 890 notifications OTC et 1 108 notifications MSP, y compris quelque 200 notifications MSP et 160 notifications OTC émises par 48 membres qui touchaient directement le commerce agricole chinois. Les mesures MSP pourraient avoir comme effet direct de faire perdre chaque année au secteur agricole chinois près de 10 milliards de dollars en commerce international.

Le vice-ministre chinois du Commerce, Fu Ziying, a prononcé au Salon 2011 des importations et exportations de Chine un discours dans lequel il a noté : « Les exportations agricoles ont augmenté, mais les modifications au taux de change, l'augmentation des coûts de production et le nombre croissant des obstacles techniques au commerce international vont affecter l'avenir des exportations agricoles chinoises. »

De l'avis des familiers de l'industrie, la Chine se verra de plus en plus affectée par le protectionnisme vert à mesure que son champ d'application ira croissant. À l'heure actuelle, le protectionnisme vert visant la Chine est en faveur non seulement chez les pays développés, mais également chez certains pays en développement.

« La "théorie de la menace chinoise", alimentée par le développement économique fort et régulier du pays, est peut-être une des raisons sous-jacentes qui expliquent que les pays étrangers érigent tant d'obstacles relevant du protectionnisme vert », commente Zhong Funing.

Des progrès vers la résolution du problème

À n'en pas douter, la Chine est un grand pays agricole. Les importations et exportations de produits de la ferme jouent un rôle important dans le commerce extérieur du pays et la politique agricole nationale a toujours accordé une place cruciale à l'expansion des exportations de ces produits. À l'heure actuelle, la Chine est le quatrième plus important exportateur au monde – et le premier des pays en développement – pour ce qui relève du secteur agricole.

Toutefois, en tant que pays en développement, la Chine a encore beaucoup de chemin à faire pour devenir un exportateur agricole efficace. Outre les obstacles externes au commerce international, il faut également compter avec des problèmes internes qui persistent, comme les basses normes de sécurité alimentaire, qu'on voit si fréquemment mentionnées.

En 2007, les autorités d'Anqiu ont pris l'initiative de créer, pour la première fois dans le pays, un bureau pour la sécurité des produits alimentaires chargé d'améliorer la coopération et la coordination entre le gouvernement et les producteurs pour ce qui regarde le contrôle de la qualité et de la sécurité des produits de la ferme.

« La faible taille de la plupart des exploitations en Chine et le fait que les fermes soient relativement dispersées et décentralisées contribuent sans aucun doute à l'abus des produits chimiques dans l'agriculture, en violation directe des règlements internationaux. Il faut encourager le regroupement et la standardisation dans l'agro-industrie et améliorer les systèmes de gestion », dit Liu Shili. Il ajoute que les entreprises chinoises ne devraient pas chercher à ignorer les défis, mais au contraire à les relever franchement en améliorant activement la qualité.

En réponse au système japonais de liste positive, Liu Shili a immédiatement mis sur pied une équipe de supervision formée de trois agronomes et de quatorze techniciens agricoles. Ils gèrent aujourd'hui chaque aspect des opérations de son entreprise : approvisionnement en semences, semailles, fertilisants, prévention et contrôle des maladies des plantes et des insectes nuisibles, et jusqu'à la transformation des aliments. De plus, Liu a engagé des experts en agriculture pour offrir des conseils tout au long du processus de production. Un système de suivi de la qualité a aussi été introduit sur ses fermes.

L'entreprise de Liu n'est pas la seule à compter sur une gestion unifiée de ce type. Le groupe Huadu, plus grand exportateur de poulet du pays, a aussi mis en place un processus de supervision « du champ à la table ». Chaque étape de la production est prise en considération et soumise à des contrôles de qualité : reproduction des poulets, alimentation, élevage, abattage et transformation, et jusqu'à la vente sur les marchés intérieur et international.

Au Salon 2011 des importations et exportations de Chine, Liu Zhengmei, président du groupe Blue Lake, a souligné que la question de la sécurité des aliments était là pour rester et que c'était une bonne chose. Il est d'avis que les entreprises chinoises doivent composer avec le protectionnisme vert de manière honnête, en améliorant la qualité de leurs produits. « Pour autant que nos produits peuvent satisfaire nos consommateurs et se mériter leur confiance, aucun obstacle ne peut nous arrêter. Mais pour être à la hauteur des normes, il nous faut sacrifier une partie de nos profits », dit-il.

Un autre exposant, Chen Huihui, de la province du Zhejiang, dit : « En ce moment, le marché de l'Asie du Sud-Est est relativement stable. La demande en provenance du Moyen-Orient et de l'Afrique augmente rapidement, et les consommateurs africains sont de manière générale très sensibles aux prix. Il y a de nouvelles occasions de développer nos affaires, et nous mettons particulièrement l'accent sur ces marchés émergents. »

Le gouvernement chinois a mis en place des politiques qui répondent aux besoins du secteur agricole national. Dans les cinq prochaines années, il prévoit optimiser la structure opérationnelle de l'agriculture et introduire des mesures pour améliorer la qualité des produits agricoles. Un système d'alerte précoce est aussi à l'étude pour les obstacles techniques. Les représentants du gouvernement ont l'intention de participer plus activement au processus d'élaboration des règles dans les organisations agricoles internationales s'occupant d'échanges commerciaux pour s'assurer que les intérêts des pays en développement soient respectés.

Les exportations agricoles sont une importante source de revenus pour beaucoup des pays les plus pauvres du monde. Pour autant que les règles du jeu soient équitables et que les obstacles ne se multiplient pas, le marché mondial des produits agricoles pourra profiter aux fermiers du monde dans les années qui viennent.

Source: La Chine au présent

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