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Mise à jour 15:34
Shen Dali: «L'Influence de la Chine sur la culture française»

Il serait présomptueux de prétendre que la Chine a eu une influence déterminante sur certains aspects de la culture française, tant les civilisations des deux pays s'avèrent différentes. Par ailleurs, au contraire de l'Europe de l'Ouest et des États-Unis, la Chine n'a pas cherché à aller voir plus loin. Quand elle l'a fait dans quelques expéditions maritimes, par exemple celle entreprise sous le commandement de l'amiral Zheng He et qui a atteint les côtes de l'Afrique orientale au XVe siècle, c'était sans prosélytisme.

Et puis, il est difficile de mettre au point une somme exhaustive de ce que la France a dû emprunter peut-être à la Chine à travers les âges. Le mieux est de donner un aperçu de ce que l'on pourrait appeler « La France chinoise », selon la terminologie adoptée par le sinologue Etiemble, et de montrer comment les merveilles de la culture chinoise ont séduit la France à un moment donné de l'histoire et surtout grâce aux missions des jésuites qui ont joué le rôle de trait d'union dans les échanges intellectuels entre l'Orient et l'Occident. Comme le démontre Leibniz, le monde s'offre à l'homme à travers une infinité de points de vue, d'où l'intérêt de cet échange entre les différents peuples qui vivent sous le même soleil.

LES PREMIERES IMPRESSIONS

Déjà dans « Le Livre des monts et des mers », classique chinois datant du IIIe s. av. J.-C., ont été décrits les premiers contacts des Chinois avec les « Échanges des pays lointains » . Mille cinq cents ans plus tard, Marco Polo est arrivé à Khanbaliq, l'actuelle Beijing. Il est demeuré plusieurs années à la cour de Kubilay Khan, fils de Gengis, et a fourni les premières précisions sur la Chine. Depuis lors, les Français ont rêvé de ce pays lointain que le voyageur vénitien appelait « Cathay ». Ils se représentaient la Chine comme dans « Le Roland amoureux » de Matteo Maria Boiardo, qui racontait les amours du chevalier Roland et d'Angélique, princesse de Cathay.

À cette époque, au sujet de la Chine, on pouvait lire encore « Les Mémoires du comte de Gramont » (1715) d'Antoine de Hamilton, écrivain irlandais d'expression française, qui faisait allusion à la civilisation chinoise, et « Les Mémoires de Saint-Simon », dans lesquels il traitait des rites de Confucius. Le Père Philippe Couplet avait publié en 1687 son fameux « Traité sur Confucius », orné du portrait du philosophe. Néanmoins, la Chine est restée pendant longtemps, aux yeux des Français, un pays mystérieux qui se trouvait au bout du monde.

LE GOUT CHINOIS EN FRANCE

"Allons à cette porcelaine!
Sa beauté m'invite et m'entraîne.
Elle vient du monde nouveau,
L'on ne peut rien voir de plus beau.
Qu'elle a d'attraits, qu'elle est fine!
Elle est native de Chine!"

Chantaient des vers de mirliton sous Louis XIV, roi-Soleil. En effet, la porcelaine chinoise importée par les Compagnies des Indes orientales émerveillait les Français. Autant que de la porcelaine, ils raffolaient du thé. Le moine Janvier a même écrit « L'Éloge du thé », affirmant que dans Paris on aimait beaucoup le thé. En outre, les laques et les soieries chinoises envahissaient le pays. À Paris, une douzaine de marchands étaient spécialisés dans la vente des « La chine ». Les gens riches admiraient l'habillement des Chinois et s'entouraient d'un décor chinois en tapissant leurs maisons de papier peint à la chinoise. On portait de plus en plus d'intérêt au jardin chinois et à l'architecture de l'empire du Milieu.

Mais bien avant cette période, la Chine est sans doute un des pays dont l'action a le plus profondément influencé les comportements humains. Avec la civilisation chinoise transmise en Occident par la route de la Soie, les Français entraient dans un univers fort différent du leur. Ils y déchiffraient la fertilité du génie oriental, la vertu confucéenne et leur pensée s'en trouvait ainsi enrichie. C'est dans ce sens que l'on peut dire que la Chine a contribué à ouvrir l'esprit des Français.

On peut mentionner des découvertes chinoises diffusées en Europe : le papier et l'imprimerie, la poudre à canon, la boussole marine, l'horloge hydromécanique, le gouvernail d'étambot, la brouette, la bricole de poitrail pour l'attelage du cheval, l'étrier, l'alchimie, la technique du fer et de l'acier par confusion (fonte et fer forgé), sans parler du domaine du magnétisme dans lequel la Chine était très en avance sur l'Occident et du système équatorial des Chinois destiné à mesurer la position des étoiles dans le ciel et que l'astronomie moderne utilise toujours.

Prenons comme exemple la poudre à canon, elle a été transmise en Europe au XIIe siècle, et des franciscains, ayant sillonné les routes de la Chine, ont rapporté à Paris des pétards chinois pour les fêtes religieuses et populaires. Au temps de Louis XIV, les inventions chinoises ont fasciné la France.

Au XVIIIe siècle, Antoine Watteau (1684-1721) s'est mis à la recherche d'une grâce orientale dans les objets d'art chinois. Il s'inspirait de l'art chinois pour orner éventails pliants et paravents. Maître du style alors en vogue, il doit aux Chinois l'irrégularité des lignes, les formes contournées et les teintes monochromes des arrière-plans dans presque toutes ses peintures du château de la Muette. En 1717, il a présenté son morceau de réception à l'Académie : « L'Embarquement pour Cythère ». Il y a eu recours à la technique de la peinture de la dynastie des Song (960-1279), afin de mieux dépeindre les formes fantastiques des montagnes de l'île d'Aphrodite, pays mythique de l'Amour. Après lui, François Boucher, un autre maître de la peinture rococo qui a d'ailleurs reproduit cent vingt-cinq ?uvres de Watteau pour le graveur F.Cars, a créé un univers gracieux, caractérisé par la composition en spirale et les figures ondulantes présentant un aspect irréel, quasi onirique, comme dans la peinture chinoise traditionnelle. On remarque tout particulièrement l'esprit chinois qui l'animait dans une ?uvre où un vieux pêcheur est assis devant deux pavillons, avec un enfant tenant une ombrelle au-dessus de lui et, à ses côtés, une femme chinoise regardant couler la rivière d'un air pensif.

L'APPORT DES MISSIONS JESUITES

Sous le nom de Cathay, la Chine a hanté l'imagination de l'Europe. Le 29 janvier 1552, François Xavier écrivait à Ignace de Loyola : "La Chine est un pays très vaste, pacifique et gouverné par de grandes lois. Il y a un seul roi qui est tout à fait obéi? Si ici, dans l'Inde, il n'y a pas d'empêchement pour m'interdire de partir cette année 1552, j'espère partir pour la Chine afin d'accomplir le plus grand service de notre Dieu, ce qu'on peut faire en Chine aussi bien qu'au Japon."

François Xavier était un des premiers compagnons de Ignace de Loyala qui avaient prononcé à Montmartre des v?ux d'apostolat à la disposition du pape. Envoyé à Goa par la Compagnie de Jésus en 1542, il correspondait avec Ignace, fondateur de la Compagnie. Il est allé au Japon en 1549 à bord d'un bateau chinois, et est mort trois ans après à l'île Shangchuan, au large de Guangzhou, sans avoir abordé au continent chinois dont il rêvait depuis son départ de Paris. Un de ses compagnons de route décrit ainsi la fin de sa course aux portes de la Chine : "Quand je compris que François se mourait, je plaçai une petite chandelle dans sa main? c'était le 3 décembre 1552 : l'aube se levait sur la Chine."

La curiosité de la Chine n'a fait que s'accentuer. Le jésuite Jean Gerbillon a pris la suite de François Xavier. Il est parvenu à Beijing en 1687. Mathématicien envoyé par Louis XIV, il a rédigé en chinois « Le Traité de géométrie », ouvrage important pour la pénétration de la géométrie euclidienne en Chine. Antoine Gaubil, un autre missionnaire français, s'est embarqué pour la Chine en 1721 et y est demeuré jusqu'à sa mort. Pendant trente-six ans, il a traduit nombre de classiques chinois dont « Le Chou King »,un des livres sacrés des Chinois (Paris, 1770) et laissé d'importants travaux savants sur l'empire du Milieu : « Traité historique et critique de l'astronomie chinoise, Histoire de Gengis Khan et de toute la dynastie des Mongols et Histoire de la dynastie des Tang, suivie d'un Traité de la chronologie chinoise » .

Sur ce chapitre, il faut encore mentionner La Description du Père du Halde, souvent citée comme un jalon de l'esprit des Lumières. Car c'est le jésuite du Halde qui a offert dans son étude géographique, historique et sociale la meilleure image de l'emprise de la Chine en Europe.

(II)

Quel était l'attrait de la pensée chinoise au Siècle des Lumières? Que peut-elle apporter à la pensée contemporaine? Quelles sont les différences fondamentales entre les cultures française et chinoise? Voilà des questions abordées dans le deuxième volet de ce texte.

VOLTAIRE

« La Description » du Père du Halde sur la Chine a exercé une influence marquante sur les écrivains français du XVIIIe siècle, notamment Voltaire qui a écrit «L'Orphelin de la Chine», un drame inspiré d'un recueil d'opéra traditionnel compilé sous la dynastie des Yuan (1279-1368). Il s'agit de la tragédie « L'Orphelin de la famille Zhao » seule oeuvre du dramaturge Ji Junxiang passée à la postérité. La légende de l'orphelin de la famille Zhao remonte aux « Mémoires historiques » de Sima Qian, traduits par le célèbre sinologue français Édouard Chavannes (1865-1918). Voltaire y trouvait les éléments d'une tragédie classique, ceux d'un bel opéra et des valeurs qu'il pouvait proposer à ses compatriotes.

Voltaire pensait que l'orphelin de la famille Zhao qui représentait, à son avis, l'ensemble de la culture chinoise, pourrait apporter en France quelque chose de neuf. Il voulait donc exalter les Chinois et faire connaître leurs moeurs. Dans une lettre à son ami d'Argental, il disait qu'il aurait dû prendre la morale des Chinois. Donc, si cette pièce a touché Voltaire, c'est que celle-ci lui permettait de critiquer une certaine vanité de la civilisation française, comme le danger de la métaphysique.

« L'Orphelin de la famille Tchao » est un monument qui sert plus à faire connaître l'esprit de la Chine que toutes les relations qu'on a faites et qu'on fera jamais avec ce vaste empire, a affirmé Voltaire.

À ce sujet, Georges Brandes a mis l'accent sur « l'attention que Voltaire portait à la civilisation pacifique d'une Chine très ancienne, païenne, mais aux m?urs pures; ensuite, la glorification des vertus strictement humanistes: la fidélité, l'esprit de sacrifice et l'attachement indéfectible à un idéal strictement humain. Pour finir, l'Orphelin est l'expression évidente d'une philosophie de la vie qui serait en opposition marquée avec l'esprit satirique de « Candide».

En introduisant « L'Orphelin de la famille Zhao » dans le champ des humanités françaises, Voltaire a mis en valeur la précellence de Confucius et sa morale, qui ne manquerait pas, espérait-il, d'inspirer aux Français l'amour de la vertu et l'horreur du vice. Sous la plume de Voltaire, Gengis Khan oppose en sa seule personne le tyran au bon roi, puisqu'il dit à Zamti, personnage principal de « L'Orphelin de la Chine » et mari de la belle Idamé : " Je fus un conquérant, vous m'avez fait un roi." La pièce de Voltaire a été montée à Paris le 20 août 1755.

OEUVRES CHINOISES EN FRANCAIS

Déjà au XVIe siècle, Montaigne avait introduit la Chine dans la littérature française. Après lui, les jésuites ont accordé une grande importance à la traduction des textes classiques chinois. Parmi les premières oeuvres littéraires présentées en France, citons d'abord Yu Jiao Li et Hao Qiu Zhuan.

Le premier est un roman en vingt chapitres, écrit par Zhang Yun sous la dynastie des Qing, qui raconte l'histoire d'amour du lettré Su Youbai avec deux merveilleuses beautés, Bai Hongyu et Lu Mengli. Arcade Hoange (Huang Jialü né en 1679), premier Chinois converti envoyé à Paris par la mission jésuite française pour servir d'interprète à la Bibliothèque du roi, a commencé à le traduire en français. Mort en 1716, il a laissé sa traduction inachevée. C'est le sinologue français Abel Rémusat (1788-1832) qui a assuré la relève. Ainsi Goethe, grand amateur de littérature chinoise, a-t-il pu apprécier Yu Jiao Li, en version française, sous le titre suivant: L'Histoire de Hong Yu.

Que pouvaient lire les Français dans ce roman qui flattât leur imagination? Raison, honneur féodal, fidélité conjugale, respect des songes prémonitoires, peinture des m?urs exotiques, tout ce qui manquait dans leur vie sociale. En effet, le choix du titre de la version française du roman est bien significatif. Hong Yu est le prénom qu'un vieux mandarin a donné à sa fille, et qui signifie «rubis». À la veille de la naissance de celle-ci, le futur père avait vu en songe un esprit lui donner un rubis éclatant comme le soleil. D'où Hong Yu qui incarne et la grande beauté et la brillante intelligence d'une jeune fille parfaite. Peut-être ce symbole est-il devenu plus que d'autres l'idéal féminin pour les lecteurs français sinophiles, tout comme Idamé dans L'Orphelin de la Chine pour Voltaire. Abel Rémusat a traduit en outre Le vieillard obtient un fils, drame chinois de la dynastie des Yuan.

Un autre roman chinois traduit en français à la même époque est « Hao Qiu Zhuan » de Mingqiao Zhongren, connu plus communément sous le nom d'Amours courtoises, qui a paru au début de la dynastie des Qing. Par l'expression d'une vive hostilité à la loi du plus fort, ce roman a eu d'importants retentissements non seulement en France, mais aussi en Allemagne et en Angleterre.

Il ne faut pas oublier l'orientaliste Stanislas Julien (1799-1873) qui a traduit, après le P. de Prémare, des passages en vers de « L'Orphelin de la famille Zhao », Mencius et Yu Jiao Li, seconde version du roman connu sous le titre Les vieilles cousines. Le Père du Halde a su donner sur les travaux de ses confrères la plus riche image de la culture chinoise en France. Puis, grâce à Abel Rémusat, on a publié, dans une traduction du P. Dentrecolles (1723), revue par Stanislas Julien, des extraits du « Jingu Qiguan » (Les Contes extraordinaires antiques et modernes).

Les traductions d'oeuvres de la littérature populaire chinoise montrent que les jésuites se sont efforcés également de diffuser en France des thèses taoïstes, favorisant le courant philosophique du XVIIIe siècle français.

DIFFUSION DE LA PENSEE TAOISTE

La conception taoïste de l'Univers a été révélée aux Français par le « Tao Tö King », c'est-à-dire le « Livre du Tao et de la Vertu », dans la traduction de Stanislas Julien. Ce classique chinois en cinq mille caractères, dû à Lao Zi, est à l'origine du taoïsme qui prône le retrait de la société afin d'atteindre le Tao. L'ouvrage a eu, pendant des siècles, diverses versions françaises. Édité aussi en livre de poche, il est devenu de nos jours une sorte de bible pour tous ceux qui aspirent à une certaine vie spirituelle.

Selon les taoïstes chinois, tout l'Univers est en mouvement continu de flux et de reflux, d'où une vie sans créateur. Aujourd'hui, cette théorie permet aux Occidentaux de reconsidérer leur thèse chrétienne sur le Big Bang dans le sens de l'idée de « mouvement créatif continu ».

Par la vertu des versions françaises du « Tao Tö King », du « Yi King »(le Canon des mutations) et des ouvrages des sinologues français sur les philosophies taoïstes, la pensée taoïste agit surtout dans le domaine artistique. En voici un exemple. Un jour, le sculpteur Aristide Maillol (1861-1944) s'est écrié : "Ah! la philosophie chinoise est délicieuse. Il y a une phrase de Lao-Tseu qui m'enchantait déjà quand j'étais jeune : De terre se font les pots. Mais c'est l'inexistant dans le pot qui fait sa qualité de pot. C'est admirable, ça. Ça me ravissait. C'était l'époque où je commençais à avoir des idées, n'est-ce pas. Je comprenais ça tout à fait. C'était ce que je voulais faire... Je ne me suis jamais contenté de la forme, ni de la matière. Ce n'était pas la forme que je voulais faire, je voulais y mettre une âme. C'était l'esprit que je voulais, ce qui ne se voit pas. C'est l'inexistant dans le pot qui fait sa qualité de pot."

Il semble que Maillol ait réalisé le Tao, puisqu'il a saisi le vide au sens taoïste du terme, dans la philosophie contradictoire de Lao Zi.

L'ORDRE TOTAL DE CHINOIS ET RESONNANCES

Il y a une différence essentielle entre la Chine et la France. Cette différence est d'autant plus grande quand on met en parallèle la culture chinoise, caractérisée par un profond unitarisme, et la culture française basée sur un dualisme foncier. Elle se reflète d'abord dans celle des deux modes de pensée.

La Chine adopte un mode de pensée que j'appellerais « synthétique » « raisonnement par image » ou encore « intuition interrompue », qui trouve sa parfaite expression dans les trois Mystères de la philosophie chinoise : « Yi King », « Tao Tö King » et « Zhuang Zi ». Ce mode de pensée synthétique est une approche d'ensemble qui consiste à lier les différentes parties d'un bloc, tout en mettant en évidence les relations générales des êtres de l'Univers, ce qui a éloigné en conséquence les Chinois de l'idée d'instant atomique au sens occidental.

La France est, en revanche, habituée à un mode de pensée, disons "analytique", typique de la logique européenne qui privilégie une méthode d?analyse selon laquelle on divise le tout en parties, méthode qui a donné lieu à la naissance de la science moderne, mais qui, avec le temps, se révèle trop mécanique par rapport à une approche organique. Ceci explique pourquoi on marque en France un intérêt grandissant pour une civilisation qui relie l'homme à l'univers et qui montre que la sagesse de l'homme et l'ordre de la nature doivent être en harmonie tout comme le préconisaient Lao Zi et Confucius.

Montesquieu, qui a étudié l'histoire des diverses nations, a eu tort de traiter négativement de la Chine dans « L'Esprit des lois ». Au fond, le fondateur de la théorie des climats n'a pas bien saisi la trame essentielle que l'ordre total a laissée à la culture chinoise. Qui pis est, ses successeurs ont toujours eu tendance à confondre l'ordre total chinois avec le totalitarisme. Ils ignorent que l'art total constitue une conception totalisante, une recherche d'harmonie, au lieu d'une dictature quelconque, et que les dynasties féodales chinoises qui se sont succédé depuis Qin Shi Huang Di ont été autant de régimes aliénés qui ont hérité de l'aspect formel de l'ordre total en le vidant de son essence spirituelle.

Toute culture qui engendre un ordre social a son origine, partant sa valeur. L'ordre total chinois traditionnel, qui se reflète dans le taoïsme ou la doctrine confucéenne, a son effet positif sur la pensée humaine. Au temps des Lumières, des sinophiles français comme Voltaire se sont laissé prendre au mystérieux tropisme de la civilisation chinoise et par esprit de syncrétisme, ils ont tenté de puiser dans cette source d'inspiration orientale.

Il y a environ deux mille cinq cents ans, Confucius se lamentait au bord d'un fleuve:"Tout disparaît comme cette eau qui coule!" Toute sa vie, ce grand philosophe de l'Antiquité chinoise rêvait du règne de Tous au Grand Tao.C'est un idéal utopique! disent certains, mais il s'agit d'un beau rêve caressé de génération en génération en Chine et qui a pénétré l'âme chinoise. D'ailleurs, l'utopie apporte l'espoir. Empruntons alors le souhait exprimé par Alexandre Dumas père, à la fin de son fameux roman « Le Comte de Monte-Cristo » : attendre et espérer.

DOCUMENT : Profil de SHEN Dali

Directeur de thèses doctorales à l'Université des langues étrangères de Beijing et directeur de l'Institut de recherche pour les littératures étrangères ; il figure à l'International Who's Who dès 1985, est nommé chevalier des Arts et Lettres en 1991, reçoit la Croix de vermeil du Mérite et Dévouement français en 1996 et est membre du comité de rédaction de la « Revue des Deux Mondes » .

Parmi ses romans, citons :

En français : « Les Enfants de Yan'an » (éd. Stock), « Les Amoureux du lac » (éd. Maisonneuve et Larose) ;
En chinois : « Les Lys rouges », « l'Étoile filante », « La Rose de Jéricho », « L'Humble violette » .

Il a publié également : « Les Fleurs du rêve » (cycle « Poésies, Hommage à Eugène Pottier (long poème), « La Flûte des Titans » (pièce de théâtre) ; des essais : « Le Tableau de Paris », « Voyage en Europe et en Amérique du Nord », « Les Arts et Lettres en France », « La Vie de Hector Berlioz »;

Traductions : « Les fleurs jumelles », «L'Épreuve » (Acropole), « Les Trésors de la Cité interdite » (éd. Nathan) « Les Survivants », « Les Femmes poètes dans la Chine d'aujourd'hui », « Montserrat », « La paix du ménage » , « N'a-qu'un-oeil», « Les Couteaux Bruges la Morte », « Le Faiseur » , « L'Internationale », « La Marseillaise », « Le Chant du départ » ;

Thèses : « Les Échos égalitaires de la Révolution française » , « La Souveraineté du peuple sous la Commune », « À la recherche du temps des cerises », « La Genèse des lys rouges » , « Jules Vallès », « E. Roblès ou la condition humaine », « La Chine à la Balzac », « Su Manshu et Victor Hugo », « De l'Olympisme », La Grande Communauté de Confucius », « Aphrodite ou Athéna ».



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