Une nouvelle fois un fait divers éclabousse une grande marque d'outremer. Haagen Dasz n'a pas de certificat d'hygiène pour ses cuisines ! On est étonné, on se gratte le crâne et ensuite on se calme. Il est temps de cesser de vouer une confiance aveugle aux marques étrangères. Une fois redevenu lucide, le consommateur chinois doit apprendre à réfléchir. Beaucoup, lorsqu'ils se penchent sur la série de scandales qui ont ébranlé récemment de grandes marques, montrent du doigt l'administration : c'est sa négligence qui aurait induit les entreprises incriminées à dévier du droit chemin. Ce raisonnement n'est pas faux, mais l'incurie des fonctionnaires n'explique pas tout. Tant que les entreprises n'auront pas changé leur façon de penser et ne prendront pas au sérieux leurs engagements vis-à-vis du consommateur, la recherche aveugle du profit ne pourra que les inciter à profiter des lacunes des pouvoirs publics.
Les chefs d'entreprise devraient se poser la question suivante : comment les entreprises peuvent-elles continuer à se développer et à prospérer dans un climat général de suspicion aggravée par chaque nouveau scandale ? La principale victime de ces affaires, c'est en fin de compte l'entreprise elle-même. S'engager vis-à-vis du consommateur et faire preuve d'intégrité devrait être le souci de toute entreprise qui se respecte. Si l'entreprise veut avoir un avenir, il lui faut impérativement donner d'elle-même une image de raison, il lui faut se montrer responsable et « citoyenne ».
Les entrepreneurs devraient s'inspirer des maximes de Confucius, qui recommandait de faire attention à soi d'abord, de prendre ensuite soin de sa famille et de ses affaires, et enfin d'apporter la prospérité universelle. Le sage affirme que « la loyauté est le coeur du commerce », conseille de « penser autant au devoir qu'au profit », et de « fonder le profit et la renommée sur le respect du devoir et l'intégrité ». Voilà les valeurs sûres dont la société a actuellement le plus urgent besoin.
Dans le climat actuel, il ne suffit pas que les pouvoirs publics promulguent des lois et créent des organes de supervision. Il faut aussi que les entreprises et leurs responsables se plient spontanément aux exigences de la moralité. Qui peut redonner du lustre à l'image de marque des entreprises chinoises ? Qui peut garantir l'avenir des entreprises ? Nul autre que les entreprises elles-mêmes.
28/06/2005