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Mise à jour 13:53
Développer les relations commerciales bilatérales entre la Chine et la France, déclare Christine Lagarde

Avant le départ en Chine de Christine Lagarde, ministre délégué français au commerce extérieur, a accordé une interview à notre correspondant à Paris . Voici le texte :

Question: Quel est l'objectif de votre visite en Chine ?

Réponse : Je me rends en Chine pour inaugurer l'exposition « France, des maisons à vivre », une grande exposition consacrée à l'habitat et à la décoration, qui se tiendra à Pékin du 5 au 9 juillet, et rencontrer mes homologues chinois. Cette manifestation réunira, avec le co-parrainage du Ministère chinois du Commerce (MOFCOM), une centaine d'exposants français. Il s'agit je crois d'une très belle opportunité de présenter une qualité de vie « à la française », faite à la fois de tradition et de créativité, qui constituera un des temps forts de l'Année de la France en Chine. Lors de mes entretiens avec les autorités chinoises, je m'attacherai tout particulièrement à élargir les bases de notre coopération économique, notamment dans les grands projets d'équipement qui caractérisent la Chine aujourd'hui.

Question : Quelles sont vos remarques sur les relations commerciales bilatérales entre la Chine et la France ?

Réponse : Nos échanges commerciaux sont dynamiques. Notre volume total de commerce bilatéral a augmenté de 20% par an en 2002, 2003, et en 2004. Certes, nous achetons deux fois plus que nous ne vendons à la Chine. Plus qu'aux soldes bilatéraux, c'est à la dynamique des échanges et au contenu des projets qu'il faut s'attacher.

Question : Quel est le potentiel pour les relations commerciales bilatérales ? Comment promouvoir un développement continuel pour ces échanges?

Réponse : Grâce à la forte croissance économique de la Chine, nos échanges s'intensifient. Je vous disais qu'ils progressent déjà de plus de 20% par an? cependant la Chine ne représente encore que 3,2% du total du commerce extérieur français. Le potentiel est donc considérable ! Le Président Jacques Chirac a fixé l'objectif de doubler en 2 ans le nombre de PME françaises exportant en Chine. Mon prédécesseur avait lancé un plan d'action spécifique en 2004, qui prévoit la multiplication des opérations collectives sur le territoire chinois (missions de prospection, salons professionnels) en 2005. Au total, plus de 1000 nouvelles PME partiront à la découverte de la Chine sur la seule année 2005.

Question : Comment jugez-vous la solution du problème textile?

Réponse : L'accord conclu le 10 juin entre le Commissaire européen au Commerce M. Peter Mandelson et le Ministre chinois du Commerce M. Bo Xilai prouve que l'Europe et la Chine savent dialoguer et trouver une solution constructive. Je me félicite de cet accord qui, en étalant la progression des exportations chinoises jusqu'en 2008, permet aux industries textiles européennes de s'adapter progressivement et, permet à la Chine d'éviter de faire l'objet de mesures de sauvegarde. La méthode par laquelle nous avons ensemble abouti à ce compromis est également très révélatrice : l'UE a constamment répété qu'elle n'aborderait cette question délicate que sur la base de statistiques fiables et a rendu public dès avril la grille d'analyse qui lui servirait de référence dans ses échanges avec le gouvernement chinois. Cette transparence, ainsi que la bonne volonté évidente constatée de part et d'autre, ont permis d'aboutir à ce compromis en un temps record.

Question : Pourriez-vous donner des conseils pour un pays comme la Chine: comment trouver une voie de développement avec ses ressources compétitives autres que des ressources humaines à bas prix ? laquelle ?

Réponse : Je ne crois pas que la Chine ait besoin de mes conseils quand on voit le développement fulgurant du pays. Le PIB a été multiplié par 10 en 25 ans ! L'augmentation des dépenses de R&D et l'investissement dans l'éducation supérieure paraît cependant, au stade de développement où est maintenant la Chine, la meilleure voie pour assurer une croissance à long terme.

Question : Pourquoi la France reste-elle derrière ses partenaires européens au marché chinois, pourtant la France est le premier grand pays occidental à établir les relations officielles avec la nouvelle Chine?

Réponse : La place de la France parmi les partenaires étrangers de la Chine ne correspond pas à l'excellence des relations politiques entre nos deux pays. Nous pouvons faire beaucoup mieux ! Deux domaines retiennent particulièrement l'attention de nos deux gouvernements : les relations entre les PME des deux pays et les grands projets dont la Chine a besoin et pour lesquels la France a indiqué qu'elle était prête à faire les transferts de technologie nécessaires. Je peux citer par exemple, l'énergie nucléaire, le transport urbain et ferroviaire, le traitement des eaux potables et usées et, également, l'aéronautique. Nous sommes le 2ème fournisseur européen de la Chine, derrière l'Allemagne devant le Royaume-Uni et l'Italie. En terme d'investissement direct, nous sommes le 3ème investisseur européen en Chine. On compte en effet plus de 1100 implantations françaises en Chine, qui emploient 150 000 personnes.

Question : Voudriez-vous nous révéler vos préférences pour: une Chine ouverte compétitive, une Chine non ouverte avec des millions de pauvres, ou une Chine qui n'exporte que la Révolution culturelle?

Réponse : Le développement économique de la Chine n'est pas un processus unilatéral. Il s'appuie largement sur les échanges commerciaux qui représentent plus des deux tiers de la richesse créée ! Il s'appuie également sur l'apport des entreprises étrangères, qui réalisent aujourd'hui presque un tiers de la production industrielle chinoise et plus de la moitié de son commerce extérieur (importation et exportation). En conséquence, on ne peut que constater que le choix de l'ouverture sur le monde a été extrêmement bénéfique à la Chine, tout comme il a bénéficié aux pays étrangers qui se sont associés à la montée en puissance de son économie. L'émergence de la Chine est donc une bonne nouvelle pour le reste du monde, non seulement parce qu'elle signifie le recul à grande échelle de la pauvreté mondiale, mais aussi parce qu'elle se traduit par une Chine plus ouverte et plus proche des autres, et je crois sans doute pour cette raison plus tolérante et plus confiante en elle-même.

Question : La France comme la Chine, sont des pays riches de leurs histoires dans tous les domaines, mais comment faire face à une mondialisation qui ne cesse de s'approfondir, si on n'utilise pas des ressources à coût moins cher que les siens ?

Réponse : Il est vrai que la mondialisation accroît la compétition internationale dans un grand nombre de domaines, mais celle-ci ne se résume pas à la recherche du moindre coût. Sinon, les économies à coûts de main d'œuvre auraient disparu. Le capital historique et culturel, la recherche scientifique et technique, la création sont des atouts qui comptent tout autant.

Question : La solution du problème textile ne nous rappelle-t-elle pas que, la coopération mutuelle est le meilleur moyen pour résoudre le contentieux commercial ? Quel avenir pourriez-vous décrire pour nous ?

Réponse : Absolument. La France considère depuis longtemps que l'émergence pacifique d'une Chine prospère est dans l'intérêt de tous. Au cours des dernières années, sur les principaux sujets qui tiennent au cœur des intérêts stratégiques chinois, la France s'est montré un soutien précieux. De plus, nos pays ont bien davantage en commun que leurs simples intérêts convergents. L'éclatant succès des années croisées France - Chine prouve que nos peuples partagent une certaine conception de la qualité de vie et une grande curiosité pour la culture et l'économie de l'autre. Je suis frappé par exemple par l'intérêt croissant des touristes chinois pour la France. C'est un signe encourageant !

Par Liao Xianwang, correspondant du Quotidien du peuple

06/07/2005



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