Le gouvernement américain et l'Union européenne (UE) ont annoncé des mesures contre l'importation des produits textiles chinois. Les patrons américains et européens disent qu'à court terme, la Chine constitue une menace pour leur économie et qu'elle est prête à inonder le monde entier. Essayons de voir ce qui se passe réellement :
Qui est responsable du chômage occidental?
Prenons la Belgique comme exemple. Aujourd'hui, l'industrie belge du vêtement et du textile emploie 36 000 personnes, soit trois fois moins qu'en 1975. Il y a trente ans, débutait une série de fermetures et de licenciements. Il n'était encore nullement question de produits textiles chinois sur le marché européen. Entre 1975 et 2003, les patrons du textile belge ont supprimé 75000 emplois. On produit autant, aujourd'hui, qu'il y a trente ans, mais avec seulement un tiers du personnel. La valeur ajoutée par produit fini a augmenté de 50 %.
Au milieu des années 1970, quand il est apparu que la crise économique n'avait rien d'une petite dépression de courte durée en Occident, les immigrés sont devenus les têtes de Turcs. Par la suite, pas mal de patrons et d'hommes politiques allaient dire qu'il fallait chercher la cause de la crise dans le fait que, "des centaines de milliers de femmes envahissent aujourd'hui le marché du travail" et, de la sorte, "prennent le travail des hommes". Encore un peu plus tard, on allait dire que le chômage "est la faute aux chômeurs mêmes, qui ne font pas assez d'efforts pour chercher du travail". Aujourd'hui, les Chinois sont censés être les responsables du chômage.
Depuis 30 ans, en Europe occidentale et aux Etats-Unis, les patrons ne cessent d'accroître la productivité et les bénéfices avec le renouveau technique, en remplaçant les gens par les machines, en créant du chômage. Les innovations technologiques n'apportent pas un allègement du travail au personnel, mais le chômage.
Qui inonde le monde entier?
Ces huit dernières années, le commerce chinois a connu une croissance moyenne de 16 % par an. Chaque année, la Chine exporte de plus en plus de produits et en importe aussi de plus en plus. Actuellement, si la Chine représente 22 % de la population mondiale, son commerce extérieur ne constitue que 5,8 % du commerce mondial total.
Par contre, l'Allemagne ne représente que 1,4 % de la population mondiale, mais la part allemande dans le commerce mondial est de 9,2 %. Les Etats-Unis, quant à eux, représentent 4, 9 % de la population mondiale, mais leur part du commerce mondiale est de 10,4 %. Pourtant, personne ne s'indigne de "l'inondation de notre marché" par les produits allemands et américains.
Depuis plus d'un siècle, l'Europe occidentale et les Etats-Unis inondent le tiers monde de leurs produits, ce qui a ralenti le développement industriel de ces pays. Aujourd'hui que la Chine, l'Inde et le Brésil se libèrent de cette situation, qu'ils bâtissent leur propre industrie et qu'ils produisent pour le marché mondial, les grands patrons européens et américains poussent de hauts cris. Manifestement, ce système capitaliste ne peut exister que grâce à l'inégalité et à l'oppression.
La croissance chinoise profite au monde entier
La prospérité chinoise a soulagé la situation des plus pauvres. La Chine a effacé des dettes extérieures de certaines nations africaines et asiatiques sans avancer en retour aucune condition additionnelle.
Des spécialistes le disent aujourd'hui: la croissance économique des pays asiatiques est réalisée presque pour la moitié grâce à leur commerce avec la Chine. En fait, non seulement l'Asie, mais le monde entier y gagne. Dans une volumineuse étude sur l'économie chinoise, un chercheur du Fonds monétaire international (FMI) tire la conclusion: "Durant la période 2001-2003, la croissance de l'économie mondiale a été due pour 24% à la Chine".
Il est légitime que la Chine veuille se développer, sortir de la pauvreté et prendre la place qui lui revient dans le monde. C'est aussi l'intérêt bien compris d'une Europe européenne dans un monde que nous voulons tous multipolaire.
Conformément à sa tradition, la Chine aura sans doute à faire preuve, dans les instances internationales, de sagesse et de modération, afin de pouvoir continuer son développement de manière harmonieuse.
Les exportations chinoises vers l'Europe ont augmenté de 20% par an en moyenne depuis 1983. Désormais, l'UE (à 25) est le premier partenaire commercial de la Chine, et cette dernière en est le deuxième de l'UE.
Le marché chinois offre d'énormes possibilités aux entreprises européennes. La Chine est un consommateur avide de produits, de technologies et de services européens. Certes, elle est aussi un concurrent dans de nombreux domaines -"mais la concurrence, pour autant qu'elle soit loyale, est une bonne chose", comme l'a souligné Peter Mandelson, commissaire européen chargé du commerce.
La Chine est en tout cas intéressée par la mise en place d'un partenariat équilibré avec l'Europe. Dans un partenariat entre deux entités aussi puissantes et complexes que la Chine et l'UE, les relations devraient être fondées sur une compréhension prudente des préoccupations et exigences de l'autre partenaire, ainsi que sur un respect sain et naturel, de part et d'autre, des intérêts de l'autre.
(Xinhua) 26/08/2005