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La collection d'Yves Saint Laurent et de Pierre Bergé, mise aux enchères par la maison de vente Christie's aura été très médiatisée en Chine, mais aussi en France, suscitant une vive polémique.
D'abord, en période de crise financière, les ventes battent tous les records : en une seule soirée du 23 février, il s'est vendu pour 206,15 millions d'euros d'œuvres, du jamais-vu pour une collection privée. Ensuite, la demande de restitution de la part de la Chine des deux têtes de bronze en forme de lapin et de rat, qui ont été dérobés du Yuanmingyuan pendant la Deuxième guerre de l'Opium par les forces alliés franco-britanniques a attiré l'attention des médias. Après de nombreuses incitations de la part du gouvernement chinois de ne pas mettre ces objets en vente, alors qu'ils son estimés par Christie's à plus de 10 millions d'euros chacun, ils seront tout de même mis aux enchères le 25 février à Paris.
Entre temps, il y a eu des rebondissements, parfois déroutants. Il s'agit de l'Association pour la protection de l'art chinois en Europe (APACE), dont le président Bernard Gomez, qui a assigné en référé le 20 février la maison Christie's pour tenter de bloquer la vente de deux bronzes chinois, dans le cadre de la dispersion aux enchères de la collection d'Yves Saint Laurent et Pierre Bergé en agissant d'abord au nom des intérêts du gouvernement chinois, mais précisant ensuite qu'une autre solution serait de "garder les pièces au musée Guimet à Paris par exemple, pour qu'elles soient à la disposition du grand public, pas seulement d'un collectionneur privé". Le Tribunal de grande instance de Paris a pris sa décision lundi dernier : L'APACE, qui affirmait vouloir défendre le patrimoine culturel chinois mais ne pas agir au nom du gouvernement chinois, a été déboutée et condamnée à verser 1 000 euros d'amende à Christie's et 1 000 euros à Pierre Bergé et Associés.
Les médias chinois font l'accent sur le fait que la restitution des reliques qui ont jadis appartenu à la Chine est une question culturelle. En 1995 la Chine a signé convention de l'UNESCO sur les objets culturels volés et exportés illégalement stipulant que tout objet ou vestige culturel volé ou perdu pendant la guerre doit être restitué, sans limitation dans le temps. Par exemple, un spécialiste pékinois Wu Zuolai sur les pages du journal Xinjingbao du 25 février préconise que les objets d'art auront plus de valeur, s'ils étaient réunis ensemble au nom de cette convention, plutôt que lorsqu'ils sont dispersés, appelant les pays dont les objets anciens étaient pillés comme l'Egypte et la Grèce de se réunir et de demander la restitution.
Mais d'après les experts français, ce n'est pas seulement une question culturelle, c'est aussi une question où des intérêts financiers sont en jeu. Thierry Portier et Alice Buhlmann, spécialistes du cabinet d'expertise Portier qui s'occupe de la vente d'objets d'art de Chine et du Japon, précisent : "Les Chinois qui travaillent dans le milieu de l'art en France ne sont pas très intéressés par les deux têtes. Elles sont évidemment uniques et magnifiques. Mais il faut rappeler que ces douze têtes de la fontaine de Qianlong ont été fabriquées en Italie par les jésuites puis rapportées en Chine. Il ne s'agit donc pas d'objets purement chinois. D'ailleurs, le musée Poly à Beijing en a déjà 5 sur les 12.
Premièrement, le gouvernement chinois n'a pas fait de demande officielle de restitution. Il s'agissait d'un groupe d'amateurs d'art chinois ou autres, qui ont porté plainte qui a été rejetée par le tribunal français. Deuxièmement, si le gouvernement chinois demandait la restitution, ce serait quand même dans la légalité, puisqu'il s'agit d'objets uniques qui ont été pillés. Mais en général le gouvernement chinois ne fait pas appel à la restitution, mais plutôt à l'annulation de la vente avec une possibilité de vendre l'objet directement à un acheteur (sans passer par la vente aux enchères pour ne pas surenchérir l'objet), comme ce fût le cas en 2007 chez Sothebys à Hongkong avec la tête de cheval de cette même fontaine".
Eugène Zagrebnov
Source: le Quotidien du Peuple en ligne