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Mise à jour 06.03.2009 14h14
La restitution a-t-elle un prix ?

Les deux têtes de bronze vendues aux enchères lors de la dispersion de la collection YSL-Bergé vont rester dans les annales de l'actualité. Cette histoire très médiatisée avec beaucoup de rebondissements paraît à la fois étonnante et paradoxale, et plusieurs questions dans cette affaire ne trouvent pas de réponse dans les informations fournies par les médias, qu'ils soient chinois ou français. Voici quelques questions, qui donnent à réfléchir.

Avant la vente aux enchères

Avant que les deux têtes de rat et de lapin soient mises en vente, le Ministère des affaires étrangères et le Ministère de la Culture avaient clairement exprimé leur position : ils protestent contre la vente aux enchères et veulent que les deux reliques qui ont été dérobées en 1860 soient restituées à la Chine. En même temps, le "groupe de 81 avocats dirigés par Liu Yang", avait promis officiellement de faire tout son possible pour arrêter la vente aux enchères et restituer les reliques. Cependant, lors du jugement de l'affaire contre la maison de vente Christie's devant le Tribunal de Paris le 23 février dernier, un seul avocat a été présent lors de l'ouverture du procès, en faisant face à une équipe de 8 avocats français, plaidant l'accusé.

En outre, qui ne reste pas très clair, c'est la revendication du gouvernement chinois, qui exige que les têtes soient restituées à la Chine sans payer. Pourtant en l'an 2000, le Poly Art Museum, détenu par la société publique d'armement Poly Corporation, avait bien payé 5, 4 millions de dollars pour 3 têtes de bronze de la même fontaine zodiacale dont proviennent les têtes de la collection YSL-Bergé. En quoi ces deux têtes, sont-elles différentes des trois autres ? N'aurait-on pas pu faire en sorte que la partie chinoise puisse avoir un rôle plus important dans ce procès ?

Après la vente aux enchères

Le 25 février, c'est Cai Mingchao, collectionneur d'art chinois, lui-même possesseur d'une maison de ventes aux enchères à Xiamen, qui achète les deux têtes pour 31,49 millions d'euros taxes comprises. Un acte que "chaque Chinois aurait voulu faire à ce moment là", dit-il. Mais Christi'set Pierre Bergé ne sont pas au bout de leurs peines, car Cai Minchao refuse de payer, en affirmant que ces objets doivent revenir à la Chine sans qu'il paye.

Cependant, en 2003, le Fonds du patrimoine national, dont Cai Mingchao fait partie, avait déjà tenté d'acheter les deux têtes, avant de reculer devant une somme de 10 millions d'euros réclamée par Yves Saint Laurent. D'ailleurs, comme le mentionne La Libération du 3 mars dernier, Liu Yang, qui était à la tête du groupe d'avocats chinois militant pour le retour des bronzes en Chine, avait affirmé : "On est prêt à payer, mais pas à ce prix là". Donc, si le prix était plus bas, seraient-ils prêts à acheter les bronzes ?

Cai Mingchao, surnommé patriote le 2 mars dernier par la presse chinoise, perd de sa popularité le jour suivant lorsque les autorités chinoises ont émis un communiqué officiel suite à cette affaire. "En ce qui concerne la participation de cette personne aux enchères des bronzes, l'administration d'Etat des vestiges et de monuments et moi-même n'en savons rien", a déclaré Jiang Yu, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. En effet, Jiang Yu, dont les propos sont repris par l'agence Xinhua, précise que par ces actes, Cai Mingchao aurait nui à la crédibilité dont jouissaient les Chinois lors des ventes aux enchères internationales.

Dernièrement, comme l'a indiqué le journal Xinjingbao du 4 mars dernier, l'Administration d'Etat du Patrimoine culturel de Chine (AEPCC) avait émis une circulaire le 26 février, indiquant que les objets mis en vente par Christie's doivent avoir leur certificat d'origine légale (qui ne pourrait donc être délivré pour des objets pillés). Ceci explique le refus de payer de Cai Mingchao : les reliques ne pourront pas être rapportées légalement en Chine. Serait-ce une tentative du gouvernement chinois de stopper les négociations d'achat des bronzes et faire comprendre que la seule façon de récupérer ces antiquités, ce serait la restitution ?

Une autre question concerne la préciosité de ces objets. On aurait l'impression que la raison du refus d'acheter ces têtes au prix adjugé est liée uniquement au fait que leur prix soit excessivement surenchéri. Donc si les deux parties renégociaient, la transaction serait possible. Mais Pierre Bergé réfute cette possibilité : "Si c'est une manœuvre pour me faire baisser les prix de ces têtes pour que l'Etat chinois les rachète ensuite en sous-main, je ne marche pas ! ".

Enfin, concernant la restitution de ces reliques, est-il absolument nécessaire que des antiquités chinoises soient mises en exposition dans des musées chinois ? Lorsque les médias chinois avaient maintes fois condamné le commerce international illicite des objets d'art d'origine chinoise, s'étaient-t-ils penchés sur la question pourquoi ces objets ont pu sortir des frontières chinoises hors période de guerre ?

Avec la France qui soutient un point de vue matérialiste sur cette affaire et la Chine, qui continue à réclamer la restitution, ce de quoi on est sûr, c'est que l'affaire est loin d'être terminée.

Eugène Zagrebnov

Source: le Quotidien du Peuple en ligne



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