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Mise à jour 03.04.2009 13h46
Les cauchemars de Shilipu

En France, on a tendance à penser que c'est dans le Midi qu'on conduit le plus mal. Mais les personnes qui pensent ainsi ne sont sans doute jamais allées en Chine.

La capitale chinoise a un parc automobile qui s'élève à 3,5 millions de véhicules, avec en moyenne 1 000 nouvelles voitures qui se rajoutent à ce parc quotidiennement, selon l'agence Xinhua. Et depuis quelques années cela commence à poser des graves problèmes liés non seulement à la pollution, mais aussi à la circulation. Pour faire face à ces problèmes, le gouvernement avait introduit des mesures pour limiter la circulation, avec notamment la régulation sur la circulation alternée en fonction du dernier chiffre sur la plaque d'immatriculation, en vigueur depuis la fin des JO de 2008. Il y avait aussi l'augmentation du prix de carburant de 18% en juin de l'année dernière. Des mesures qui sont sans doute efficaces à l'échelle municipale, en baissant le taux de pollution et rendant la circulation plus fluide, mais qui n'ont aucune influence sur le problème de circulation dans certains quartiers précis.

La rue Shilipu est un axe perpendiculaire à la rue Chaoyang au niveau d'échangeur de Ciyunsi à l'est de la 4e ceinture de Beijing. Une petite rue étroite comme il y a beaucoup dans Beijing sans doute. La construction de deux complexes d'immeubles aux abords de cette rue (à savoir Duhuihuating et Dongheng shidai) ont permis aux heureux propriétaires d'avoir un logement pour un prix raisonnable (environ 15 000 yuans par mètre carré) et non loin du quartier d'affaires de Beijing (CBD), avec la station de métro Sihui à proximité. Mais vu que la plupart des jeunes familles qui ont aménagé dans ces deux complexes sont des automobilistes, cela cause de graves problèmes de circulation sur la rue Shilipu. Certes, avec les emplacements de parking souterrain dans les résidences qui sont vendus pour 10 000 à 15 000 yuans et peuvent même être loués pour 400 à 600 yuans par mois, chaque propriétaire peut trouver un endroit où garer sa voiture. Mais pour sortir de ce parking et aller le long de la rue Shilipu pour rejoindre Chaoyanglu, qui est la plus proche artère principale, cela nécessite beaucoup plus de courage et de patience aux heures de pointe qu'on ne le croit.

La rue où deux voitures peuvent à peine se croiser sans se heurter est pleine de petites voitures heiche garée sur le bas côté. Ce sont des particuliers, qui comme des taxis proposent des services de transport jusqu'à la station de métro Sihui qui se trouve à dix minutes de marche à pied. Ces voitures sont souvent garées sur les deux côtés de la rue, ce qui fait que deux voitures allant dans des sens inverses ont souvent du mal à se croiser, et elles doivent céder le passage l'une à l'autre. Le Code de la route prévoit que dans cette situation, celui qui a l'obstacle à sa droite doit céder le passage à la voiture d'en face. Mais à Shilipu, c'est la fameuse phrase du conte de Lafontaine "la raison du plus fort est toujours la meilleure" qui sert de règle. Les grandes voitures luxueuses essaient d'imposer la règle en forçant le passage, mais les conducteurs des heiche, qui ont visiblement plus d'expérience de conduite et ont des gabarits plus petits passent devant leur nez, et les accrochages ne sont pas rares. Autre situation, deux grandes voitures se retrouvent nez à nez le matin, créant des longues files de véhicules derrière elles, et les deux conducteurs se disputent pour décider lequel des deux va forcer sa file à reculer. En attendant que la décision soit prise, les automobilistes des deux files insultent les deux conducteurs en leur rappelant qu'ils sont en retard au travail. Le ton chauffe assez souvent, et le conflit peut se résoudre par une bagarre entre les deux conducteurs, calmée souvent par les vigiles des résidences avoisinantes.

Il m'est déjà arrivé d'observer une situation suivante: une voiture garée à 1 mètre du bas côté (se retrouvant pratiquement au milieu de la chaussée) avec une autre voiture bien garée en face d'elle, et des grandes berlines, comme Audi A4 ou Folkswagen Bora tentant de passer dans le petit espace laissé entre ces deux véhicules. Cela se passait un samedi après-midi, lorsque la rue est particulièrement animée. Un défi réalisable mais assez délicat. Le conducteur de la voiture mal garée (ou la conductrice) est parti apparemment faire une course, mais toute sa famille restée dans le véhicule criait aux conducteurs des berlines qui essayaient de passer pour qu'ils n'accrochent pas leur voiture. Un spectacle qui amuse beaucoup les passants.

La rue ne se calme ni pendant les week-ends, ni pendant les soirées. Les week-ends, c'est la période ou tout le monde part faire les courses, et les soirs, ce sont des amis qui rendent visite aux habitants des deux résidences, et ceux qui viennent en voiture ou en taxi sont suffisamment nombreux pour créer des embouteillages. Une de mes amies, qui a récemment aménagé dans l'une des nouvelles résidences qui donne sur Shilipu m'a invité à sa crémaillère et en entrant, j'ai observé comme une jeune femme tentait d'entrer avec sa voiture dans la résidence sans avoir le badge requis pour entrer. Le vigile ne voulait pas la laisser passer, et se rendant compte qu'elle n'a aucun argument convainquant pour qu'on la laisse entrer, elle a bloqué le passage de la rue Shilipu avec sa voiture en créant des embouteillages dans les deux sens. Finalement, après 10 minutes d'insultes et de bruits de klaxons, le responsable de la résidence qui est arrivé sur les lieux a finalement décidé de la laisser entrer.

"La règle de la circulation alternée en fonction du dernier chiffre sur la plaque minéralogique ne marche pas vraiment pour nos habitants", explique Li Chenguang, qui est en charge de la copropriété Dongheng Shidai. "Des personnes qui doivent aller à Haidian, Shunyi et Dongcheng (des districts de Beijing) dans la même journée ne vont pas y aller en bus, c'est une perte de temps pour eux. Mais avec le nouveau projet de réaménagement, on va élargir la rue et construire des raccourcis directement vers la 4e ceinture. D'ici quelques années ça ira mieux".

En attendant, Irina, une jeune fille ukrainienne qui travaille pour une compagnie de logistique et habite dans l'une des résidences qui donne sur Shilipu n'a pas l'intention d'acheter une voiture. "J'ai passé le permis de conduire chinois récemment, mais le fait d'attendre des heures dans les embouteillages, avec des risques d'avoir un accrochage me font peur. Je préfère me déplacer en taxi pour l'instant".

Donc un jour, le cauchemar des automobilistes de Shilipu ne sera qu'un mauvais rêve. Après tout, la reconstruction du centre de Marseille a rendu la circulation en ville plus fluide. Pourquoi cela ne marcherait-il pas pour Beijing ?

Eugène Zagrebnov

Source: le Quotidien du Peuple en ligne



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