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Français>>OpinionMise à jour 11.12.2009 14h59
Pourquoi la Chine ne peut-elle pas produire des best-sellers connus dans le monde ?

Au moment où des livres venus de l'étranger, dont « Harry Potter », « The Kite Runner » (Les Cerfs-volants de Kaboul), « The Dogs of Babel » (Le chien de Babel), « The Shawshank Redemption » (La rédemption de Shawshank), … etc., inondent et connaissent un grand succès sur le marché chinois du livre, pourquoi les livres chinois ont-ils tellement de difficultés pour être connus et appréciés des lecteurs étrangers ?

Les données établies montrent que pour le seul sixième tome de « Harry Potter » -- «Harry Potter and the Half-Blood Prince » (Harry Potter et le Prince de sang-mêlé) --, il a été vendu en Chine pour une somme dépassant 10 millions de yuans, tandis que l'édition en anglais de « Wolf Totem », le roman de l'écrivain chinois Jiang Rong qui a connu un grand succès de librairie en Chine, a été vendu à l'étranger pour la petite somme de cent mille dollars US et cela est considéré comme la vente outre-mer la mieux réussie d'un libre chinois. Un autre exemple, le livre chinois « Yu Dan 'Confucius from the Herar' », qui est considéré comme un best-seller en Chine, a eu le même sort malheureux à l'étranger. De 2005 à 2007, le rapport d'import et d'export de copyright de livres dans tout le pays a été respectivement de 6,86 : 1, de 5,34 :1 et de 3,99 : 1 et ce rapport avait même atteint au maximum 15 : 1.

Lors de la 61ème édition du Salon de livres de Francfort tenu il y a peu de temps, les livres chinois ont fait fureur auprès des médias. Mais, Wang Baosheng, rédacteur en chef des Editions des écrivains chinois, a exprimé sa 'grande déception', car d'après lui, pour la propagation de livres chinois à l'étranger, « on parle beaucoup, mais on agit peu ».

La publication de livres doit être précédée de leur mise en scène cinématographique et télévisuelle.

« Pour la publication à l'étranger de nos livres, on parle beaucoup et on agit peu, c'est pourquoi les négociations aboutissent peu. », s'est exclamé Wang Baosheng, qui avec des collègues ont essayé dernièrement de vendre au Vietnam deux livres chinois, à savoir « 50 ans de mariage » et « Suite du rêve dans le Pavillon rouge », dont l'auteur est une femme écrivain de la Province du Sichuan. « Il est extrêmement difficile d'écouler à l'étranger le droit d'auteur. Par exemple, au Salon de livres de Francfort tenu il y a peu de temps, excepté les grands écrivains connus comme Lin Yutang (1895-1976) (un écrivain et inventeur chinois, dont la traduction de classiques chinois en anglais a aidé à leur diffusion en Occident) et Lu Xun (Zhou Shuren, 1881-1936) (romancier, nouvelliste et essayiste chinois généralement considéré comme le fondateur de la littérature chinoise moderne), les lecteurs étrangers ont peu de connaissances, et même aucune connaissance, sur les écrivains chinois de moindre importance, et on ne parle pas des écrivains en herbe de la nouvelle génération ! »

La connaissance et l'acceptation sur le marché extérieur de livres chinois sont souvent dues à leur adaptation cinématographique ou télévisuelle. « Par exemple pour Mei Lanfang, c'est après la projection du film adapté au livre que les étrangers ont commencé à s'intéresser au très célèbre chanteurs d'opéra de Pékin et se sont mis après à la recherche du livre qui raconte sa vie. Un autre exemple, pour le livre '50 ans de mariage', c'est après que le film du même nom adapté de lui qui a eu un grand succès auprès du public chinois que des éditeurs étrangers s'intéressèrent à ce livre. Et cela, c'est la loi du marché, car les étrangers ont peu de connaissances sur la Chine et souvent c'est grâce à la sortie d'œuvres cinématographiques et télévisuelles qui pousse à la publication de livres. On a peu de choix sur cela. »

D'autre part, l'engouement des lecteurs chinois pour des livres étrangers est dû en grande partie à toutes sortes de prix littéraires internationaux. Par exemple le Prix Nobel de littérature qui récompense annuellement le meilleur livre de l'année. « Presque tous les livres primés sont introduits en Chine. Il n'y a jusqu'à présent aucune œuvre littéraire chinoise qui ait reçu ce prix-là, c'est pourquoi il y a de grandes difficultés pour que les marchés étrangers puissent accepter nos livres. »

Trop de livres à sujet historique et pas assez à sujet contemporain.

Pour ce qui est de la création littéraire, il existe le problème de sujets étroits, bornés, uniformes, monotones et ennuyeux et cela est également l'une des raisons pour laquelle les livres chinois ne sont pas en faveur auprès des lecteurs étrangers. La plupart des écrivains chinois ne sont pas doté d'un esprit large et leurs connaissances sont limitées à des phénomènes culturels particuliers de la Chine. Certains d'entre eux préfèrent trouver des sujets dans l'histoire, ce qui fait qu'il y a peu d'ouvrages littéraires qui reflètent les réalités de la Chine contemporaine.

Wang Baosheng a poursuivi en disant : « Pour ce qui est de nos écrivains et de nos éditeur, ils ont leurs propres problèmes. Pour qu'ils puissent créer une nouvelle situation à l'étranger et s'introduire sur les marchés extérieurs, il leur faut alors tenir compte de la situation réelle de ces derniers et surtout de répondre à leurs besoins. La plupart des livres chinois vendus à l'étranger parlent de la Chine du passé et il y a trop peu de livres qui reflètent vraiment la réalité économique et culturelle de la Chine d'aujourd'hui et en lisant ces livres-là, il est difficile aux étrangers de connaître et de comprendre ce qui se passe vraiment en Chine, car ce qu'ils apprennent dans ces livres ne répondent pas informations qu'ils obtiennent par d'autres voies. Ils essaient de comprendre la Chine, mais ils ne peuvent pas recueillir la vérité dans les ouvrages littéraires publiés par la Chine et il est tout à fait naturel que cela engendre méprises et malentendus. Dans ce cas-là, comment les ouvrages littéraires chinois pourront-ils attirer les lecteurs étrangers et susciter leur intérêt ?

La littérature originale chinoise a toujours prêté peu d'attention au goût commun manifesté par les lecteurs et cela est un problème qui existe depuis de longues années. Wang Baosheng a indiqué : « Les livres en vogue actuellement ont tous pour sujet soit l'espionnage, soit le suspense et soit l'aventure, et ce genre de sujets ne connaissant pas de frontière sont acceptés par tous et leur plaisent. Quant aux écrivains chinois, les sujets qu'ils préfèrent sont dans la plupart des cas des choses particulières à la Chine que les étrangers ne connaissent ni ne comprennent. Ne pouvant pas les intéresser, il est peu probable qu'ils fassent écho et éprouvent de la sympathie à leur égard. »

Les difficultés de traduction nuisent beaucoup à l'exportation des livres chinois.

Les difficultés dans la traduction ont été depuis toujours une ‘maladie incurable' qui gêne horriblement la vente à l'étranger des livres chinois. Dans l'histoire de l'export des livres chinois, la traduction a été toujours la première des difficultés et il y a eu d'innombrables choses ridicules et risibles sur cela. Par exemple, l'ancien roman classique « Au bord de l'eau » a été au début traduit en Allemand « Les bandits et les soldats », le livre « Contes fantastiques du Pavillon des Loisirs » a été traduit en japonais « Une étrange aventure galante » et en anglais « Amour d'un homme et d'un démon » et en italien « Le Tigre invité ». Lorsque le producteur et réalisateur américain Steven Spielberg eut annoncé son intention de tourner un film adapté au roman chinois « Le Pèlerinage vers l'Ouest », Liu Xiaolingtong, de son vrai nom Zhang Jinlai (acteur spécialisé dans le rôle du Roi des Singes Sun wukong ) a manifesté son inquiétude en disant : « Ce qui me m'inquiète le plus, c'est que le ‘Roi des Singes' devienne un ‘Jingang' (Gardien de Bouddha au pilon de diamant).»

Le très connu savant en culture chinoise Zhang Yiwu a indiqué que la différence culturelle engendre non seulement le problème de la traduction, mais d'autres problèmes encore. Toutefois, les difficultés dans la traduction constituent effectivement une barrière difficilement franchissable pour l'exportation des livres chinois. La Chine possède une longue histoire civilisée plus que millénaire, ce qui fait qu'un grand nombre de termes et d'expressions ont connu des changements complexes et compliqués dans l'histoire, c'est pourquoi il est extrêmement difficile dans la traduction de réaliser en même temps «exactitude», «expressivité», «justesse» et «élégance», et c'est la raison pour laquelle il s'est produit beaucoup de traductions ridicules et grotesques de chefs-d'œuvre littéraires.

Wang Baosheng a dit : « Pour qu'un livre puisse être vendu et connu à l'étranger, la première difficulté qu'on rencontre c'est le problème de la traduction. Si nous demandons à des étrangers de traduire nos ouvrages littéraires, il est évident que cela soit impossible. Et la seule chose que nous pouvons faire c'est que nous attachons nous-mêmes à cette tâche. A cet effet, le coût de revient sera assez élevé et le cycle de publication trop long. Il ne faudra plus songer aux profits, car il y aura même des difficultés pour récupérer l'argent investi. Et c'est la raison pour laquelle il y a peu de réussite dans la vente à l'étranger de nos droits d'auteurs ! »

Il est peu probable que des livres chinois puissent faire fureur à l'étranger.

Dans une bibliothèque de Borders - Washington, DC, la plus grande et plus importante chaîne de publication des Etats-Unis, on ne peut y trouver que deux livres chinois, à savoir le livre de Mo Yan « Arrondir les seins et engraisser les fesses » et « Le rêve dans le Pavillon rouge ». D'après les notes de vente inscrites dans l'ordinateur, on apprend que durant toute l'année 2008, l'ouvrage de Mo Yan a été vendu à deux exemplaires, alors que le chef-d'œuvre classique de la littérature chinoise à un seul. C'est quelque chose de vraiment navrant, mais on n'en peu rien, car les lecteurs ne s'en intéressent pas. Au Japon, les lecteurs s'intéressent le plus aux anciens livres classiques chinois, alors qu'il est difficile pour les ouvrages littéraires contemporains chinois de s'introduire sur les marchés japonais du livre. Le propriétaire de la librairie « Orient », une très ancienne librairie, a indiqué que les ouvrages de lecture raffinée de Yu Dan et de Yi Zhongtian qui sont très appréciés en Chine n'ont eu pas le même succès au Japon.

La Grande-Bretagne est l'un des pays du monde qui ont le plus tôt procédé à la traduction d'ouvrages littéraires chinois et cela date de l'année 1905, il y a plus d'un siècle, où il a été publié tout d'abord les « Entretiens de Confucius » et de « L'Art de la guerre de Sunzi » suivis par la suite de « Le Rêve dans le Pavillon rouge » et de « Le Pèlerinage vers l'Ouest ». Mais, jusqu'à présent, il n'y a aucun livre chinois qui aurait fait fureur auprès des lecteurs anglais. Lorsque que la Maison d'édition « Pingouin » a racheté aux prix de cent mille dollars US l'édition en anglais de « Wolf Totem », le professeur Paul Richard, éducateur et conseiller à la publication internationale, a exprimé son désir de voir cet ouvrage devenir un vrai best-seller au Royaume-Uni, mais son souhait n'a pu être exaucé du fait du désintéressement du public. « L'obstacle culturel serait peut-être le principal problème. », a-t-il dit pour expliquer cet échec.

Il existe toujours un grand écart dans le passage de l'engouement pour le chinois à l'appréciation des livres chinois.

Par exemple en France, en raison de l'immigration d'un grand nombre d'habitants de l'Asie du Sud Est, ainsi que de l'arrivée de plusieurs dizaines de milliers d'étudiants chinois, la demande en livres chinois a été toujours assez stable. Puis en 2005 suite à l'influence de l'Année culturelle franco-chinoise, il a été soulevé en France un fort courant d'engouement pour l'apprentissage du chinois. Philippe Meyer, le patron de la librairie « Fenghuang » (Phénix), l'un des plus grandes librairies de vente de livres chinois en France, a déclaré que « L'enthousiasme des Français pour l'apprentissage du chinois a fait qu'ils achètent beaucoup de manuels d'enseignement du chinois. Il faut du temps et d'autres conditions pour que l'enthousiasme de l'apprentissage du chinois se transforme en engouement des livres chinois. » et cela est une vérité incontestable.

La vente des livres se trouve toujours dans la phase du travail manuel dans l'atelier.

Le miracle de la vente en Chine de « Harry Potter » est étroitement lié aux moyens de vente. Wang Baosheng a dit : « Pour ce qui est des moyens de vente, nous sommes très en retard, car à l'étranger, la vente des livres est réalisée par une grande chaîne de production industrielle, y compris la cinématographie, la télévision, ainsi que les arts artisanaux concernés … etc. On peut dire qu'il est produit avec cela les divers aspects de la vie quotidienne et qu'il incite ainsi les gens à connaître et à s'intéresser aux ouvrages littéraires. Par exemple pour « Harry Potter », au début c'était le film qui a été introduit sur le marché chinois, puis une fois que celui-ci ait conquis les spectateurs chinois, il est tout de suite suivi du livre qui provoque l'engouement du public. »

En Chine, la chose se fait différemment, la vente de livres est effectuée souvent isolément par les maisons d'éditions, alors que le succès de la vente est décidé par la renommée de l'auteur et par le sujet à la mode.

Zhang Yiwu a indiqué de son côté : « Nos auteurs sont souvent plongés dans leur travail de création et ils réfléchissent très peu au degré d'acceptation du marché en lui-même. Dans la chaîne culturelle industrielle, nous nous trouvons maintenant dans la phase du travail manuel dans un atelier. »

Pourquoi les livres américains connaissent-ils toujours un grand succès de librairie ?

Les difficultés que rencontrent les livres chinois sur les marchés étrangers montrent que la propagation de la culture chinoise dans le monde est une tâche lourde, ardue et difficile à accomplir. Sur ce point-là, les Etats-Unis progressent le plus vite et sont à la tête du monde : à peu près tous les best-sellers américains proprement parlant sont en même temps des livres appréciés et bien vendus dans le monde entier. D'après Zhang Yiwu, c'est la force dure qui décide la force souple. L'économie occidentale est plus forte que l'économie orientale, c'est pourquoi il est plus facile pour la culture occidentale de s'étendre à travers le monde. C'était à partir des années trente du siècle dernier que les Etats-Unis ont commencé à dominer le monde. Etant donné qu'ils sont dotés de la plus grande puissance économique du monde, c'est pourquoi leur sens de valeur recèle la plus forte potentialité d'extension.

Les Etats-Unis ne possèdent pas une culture traditionnelle remontant très loin dans l'histoire. Mais, ils se sont toujours activés à créer et à établir dans le monde un sens de valeur universel, alors que la littérature américaine se préoccupe essentiellement de la nature commune de l'être humain et non pas du caractère spécifique particulier à une seule nationalité. La culture américaine tente toujours de transmettre un sens de valeur universel et un mode de vie convenant à tout le monde, et cela est la raison principale pour laquelle la culture américaine et les ouvrages littéraires américains sont reconnus et appréciés dans le monde entier. Zhang Yiwu a dit : « La culture américaine s'intéresse aux problèmes auxquels doit faire face en commun l'humanité dans son ensemble. C'est la même chose que ce soit pour la cinématographie ou pour la littérature et c'est un des résultats apportés par la mondialisation. »

Relativement parlant, le même problème existe non pas uniquement pour la culture chinoise, mais également pour la culture d'un grand nombre d'autres pays. L'intérêt excessif accordé à des choses particulières d'une nationalité fait qu'il est difficile de propager les ouvrages littéraires en dehors d'elle. Zhang Yiwu a conclu en disant : « Il arrive souvent que plus on s'intéresse aux ouvrages recelant un caractère commun et général, plus on a la chance de provoquer un écho de sympathie, alors que plus on se préoccupe des choses particulières à caractère individuel, plus on s'éloigne des autres et qu'on ait des difficultés pour obtenir leur approbation. »


Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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