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Français>>OpinionMise à jour 01.02.2010 17h07
Quand la construction d'une résidence a des relents d'histoire ancienne...

L'histoire se passe à Chengdu, la capitale du Sichuan, qui passe aux yeux de beaucoup de Chinois pour être une des villes de Chine où il est le plus agréable de vivre. Un passé chargé d'histoire, un cadre des plus agréables, une des meilleures nourritures de toute la Chine, qui n'en est pourtant pas avare (en Chine, qui n'a jamais entendu parler des Chengdu xiaochi, 成都小吃 ?), des habitants accueillants et j'en oublie sûrement. Ce qui ne veut pas dire que cette ville n'a pas de problèmes, cela va sans dire. Chengdu, comme de nombreuses villes de Chine, surtout les villes de cette taille, connaît des problèmes de logement. Pas assez, et surtout, surtout chers, très chers. Trop chers. A tel point que comme dans toutes les grandes villes de Chine, acheter un logement, avoir son propre toit, devient un luxe de plus en plus inaccessible pour de nombreux Chinois. Et cela bien qu'un peu partout dans le pays, les programmes immobiliers fleurissent, et malgré les efforts permanents du gouvernement central qui essaie par tous les moyens d'enrayer cette spirale infernale et de fournir autant que faire se peut un logement décent à ses citoyens.

A Chengdu, donc, se construisent tous les jours de nouveaux logements, mais ces jours-ci, la construction d'une nouvelle résidence est tombée sous les feux de l'actualité. Aurait-on une fois encore trouvé sur le chantier quelque trésor archéologique ? Ou serait-ce parce que cette résidence, qui répondra au doux nom de Tianfu (résidence céleste) offre des prestations exceptionnelles ? En effet, exceptionnelle, cette résidence l'est. Qu'on en juge : ses concepteurs ont songé à tout ou presque : jardins d'enfants, hôpitaux, terrains de sport et même une église. Tout ce qu'il faut à portée de main sans avoir à sortir de ce petit coin de paradis. Paradis, dites-vous ? Oui, en apparence. Car si cette résidence fait parler d'elle, ce n'est pas pour les raisons que vous imaginez. Non.

Mais parce qu'elle sera exclusivement réservée aux étrangers, et qu'aucun citoyen chinois ne pourra en acquérir un de ses appartements ou villas. Oui, vous avez bien lu. Dit plus crûment, « interdit aux Chinois ». Sauf pour le personnel de service, qui devra savoir s'exprimer en anglais. Cela ne vous rappelle rien ? Si vous connaissez un tant soit peu l'histoire de la Chine, cela vous rappellera sans doute une des pages les plus sombres de l'histoire de la Chine, l'époque des concessions, où un Empire des Qing humilié et meurtri avait laissé les étrangers le tenir en semi-dépendance et installer où bon leur semblait des concessions où, parfois, l'on hésitait pas à afficher « interdit aux Chinois et aux chiens ». Cette histoire est passée, et ne reviendra plus jamais, fort heureusement. J'entends déjà certains d'entre vous dire « N'exagérons rien ». Peut-être.

Mais ces moments ô combien difficiles ont laissé des souvenirs vivaces et douloureux, à juste titre. Inutile de dire que cette affaire n'a donc pas manqué de susciter des débats passionnés sur la toile, faisant aux promoteurs de cette résidence une publicité dont ils n'auraient sans doute jamais rêvé... sauf qu'ils n'auraient sans doute jamais pensé qu'elle fût de ce genre. Car les critiques sont tombées drues comme pluie d'été. Les internautes leur reprochant qui de ne proposer leurs logements qu'à des étrangers alors que tant de Chinois en ont encore besoin – et qui plus est avec l'argent de la Municipalité, qui mettra la main à la poche pour que ces logements ne soient pas trop chers - , qui leur reprochant justement de réveiller le souvenir des concessions étrangères. L'honnêteté nous oblige à reconnaître que l'on peut comprendre la colère de ces internautes, quand bien même elle peut sembler épidermique au premier abord, quand on connaît les problèmes de logement qui existent en Chine. Mais alors pourquoi cette exclusivité, me direz-vous ? Tout simplement, aux dires des promoteurs, pour faciliter la vie des étrangers qui viennent à Chengdu, dont l'immense majorité ne parle pas le chinois. Et sachant que malgré des progrès certains, l'immense majorité des Chinois a du mal à s'exprimer en anglais, sans parler du français.

Ils sont nombreux, les « laowai », à Chengdu. Près de 20 000 dit-on. Ils viennent pour travailler, soit dans une des nombreuses sociétés étrangères qui sont implantées à Chengdu, soit enseigner les langues étrangères. Et il s'avère que beaucoup d'entre eux rechignent, notamment pour des raisons linguistiques, à habiter dans un quartier ou une résidence où ils pourraient être les seuls. Cette résidence devrait donc faire leur bonheur, à défaut de celui des Chinois.

Scandaleux ? En apparence, oui. Mais... en fait rien n'est simple, à bien y réfléchir.

Sur le plan personnel, s'il m'est permis de le dire, cette décision a provoqué en moi un certain malaise. Bien que Français, et habitant aussi en Chine, j'ai depuis mon arrivée mis un point d'honneur à fuir les résidences pour étrangers, et à n'habiter qu'au sein de la population chinoise. D'une part parce qu'à mon avis, c'est la meilleure façon de connaître ce merveilleux pays et ses habitants, qui m'ont accueilli. Ce n'est d'ailleurs certes pas tous les jours facile, au demeurant. Mais n'est-ce pas une richesse que d'apprendre une nouvelle culture ? Et d'autre part n'est-ce pas la meilleure façon de briser les barrières et de favoriser l'amitié entre les peuples ? Je le crois, personnellement, et je le dis sans ambages, l'effort en vaut vraiment la peine.

Je n'oublierai jamais à ce sujet ce qu'un jour m'avait dit mon guide marocain, un homme rude mais fascinant, alors que nous grimpions dans les montagnes de l'Atlas : « qui voyage ajoute ». autrement dit, un séjour à l'étranger, quel que soit sa durée, est -devrait être- une occasion de s'enrichir et d'aller vers les autres, quand bien même ils ne vous ressemblent pas et ne parlent pas la même langue. A plus forte raison, même. Et plus encore s'agissant de la Chine, pays à la culture plusieurs fois millénaire, aux trésors aussi nombreux que magnifiques, à la cuisine qu'il n'est plus besoin de vanter, et bien d'autres choses encore. Tout cela ne vaut-il pas la peine de sortir de sa résidence, de se frotter à la vie quotidienne de ce pays et de son peuple ? Je ne sais ce que vous en pensez, mais quant à moi, pas besoin d'en dire plus. Certains étrangers pensent différemment, et c'est dommage, car ils se privent ainsi d'un trésor sans prix. Mais chacun fait comme il l'entend...

Mais je disais à l'instant que rien n'est si simple, car en y réfléchissant bien, les étrangers qui viennent en Chine ne contribuent-ils pas à la richesse de la Chine par le savoir et l'expertise qu'ils apportent, quand bien même ils restent entre eux ? Si, à l'évidence. Et nul doute que de meilleures conditions d'habitation les mettront plus à l'aise, leur permettant, on l'espère, de travailler mieux encore. Au bénéfice de la Chine et des Chinois... donc, décidément, rien n'est simple.

Pour autant, la colère exprimée par de nombreux Chinois me semble légitime. Car bien que ce type de résidence bénéficiera indirectement à la Chine, pour les raisons que je viens d'expliquer, il peut leur paraître choquant de les voir exclus d'un morceau de leur territoire, si petit soit-il. Quand bien même cette résidence fournira aussi du travail à nombre de leurs compatriotes. Cette exclusion a réveillé chez certains des souvenirs douloureux d'il y a quelques dizaines d'années encore. Oui, c'est vrai. Mais...

Mais ? La situation est tout de même bien différente. La Chine de 2010 n'est pas celle des Qing, un pays malade, en déclin, incapable de résister aux invasions étrangères. Non. La Chine de 2010, même si tout n'est peut-être pas encore parfait, est un pays dont la puissance ne cesse de grandir chaque jour, une Nation sûre d'elle même et conquérante qui ne s'en laisse plus conter par personne, n'en déplaise à certains esprits chagrins ou, peut-être, nostalgiques d'un passé à jamais révolu. Un pays qui d'ici quelques dizaines d'années, reprendra sans doute la place qui était la sienne dans le monde jusqu'à l'époque de l'Empereur Qianlong, à la fin du 18e siècle. La première, tout simplement. Et dans cette ascension, quoi qu'on en dise, des étrangers auront apporté leur pierre, fût-elle modeste. Au delà de l'émotion légitime, n'oublions pas non plus que cette fois, ce ne sont pas les étrangers qui auront imposé cette exclusivité à un pays faible et asservi. Non. C'est un pays fort et indépendant qui l'octroie à des étrangers venus contribuer à sa richesse, ce qui est bien différent, convenons-en.

Reste tout de même que l'initiative des promoteurs de Chengdu est, quoi qu'on en dise, éminemment critiquable, à tout le moins maladroite, par son aspect radical, exclusif. Excessif. Faciliter le séjour des étrangers venant en Chine pour apporter leur expertise, qui bénéficiera à la fin au peuple chinois, aucune personne un tant soit peu sensée ne peut raisonnablement trouver cela critiquable. Mais peut-être pas à n'importe quel prix. Il eût été sans doute un peu plus habile, quand bien même on souhaitait que cette résidence offre de meilleures conditions de vie aux étrangers de Chengdu, de ne pas en exclure aussi radicalement les citoyens chinois. Car, sans pour autant les oublier, il faut faire attention à ne pas raviver imprudemment des plaies anciennes, pour le bien de tous. En tout, l'excès n'est jamais bon.

Laurent Devaux

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

Commentaire
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