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Français>>OpinionMise à jour 27.08.2010 09h11
Drame de Manille : la télévision peut-elle tout montrer ?

L'été s'achève, avec lui s'achève l'insouciance et les sujets légers, la réalité nous rappelle à sa dure réalité. Et il faut bien dire que cet été aura été, pour la Chine, un moment bien douloureux. Les inondations catastrophiques, le terrible glissement de terrain de Zhouqu dans le Gansu, l'accident d'avion qui vient d'arriver dans le Heilongjiang, et enfin, surtout dirais-je, le drame de Manille, qui a frappé d'horreur et de colère toute la Chine et ému le monde entier. A ce sujet, on pourrait hélas dire que la Chine, étant entrée dans l'ère de la mondialisation, elle vient aussi de faire l'expérience du terrorisme international, à la nuance près, il est vrai, qu'en l'occurrence, le forcené philippin ne visait sans doute pas des ressortissants chinois en tant que tels, ce qui est précisément une des caractéristiques de ce genre de terrorisme, mais en tout cas le résultat est là, et il est épouvantable.

Tout a été vu sous l'oeil des caméras de la télévision philippine, relayée par ses consoeurs du monde entier. Et c'est là que se pose une question : la télévision peut-elle, doit-elle tout montrer, au nom du droit à l'information ? Certes, les journalistes ont le droit de nous informer de ce genre de faits, de les couvrir en direct, et c'est même leur devoir. Mais faut-il que cela se transforme en spectacle en direct, suivi sur les écrans minute par minute ? Outre l'aspect évidemment malsain du « spectacle » de malheureux innocents pris en otage, ceux qui ont pris la responsabilité de filmer ainsi tout en gros plan pendant de terribles minutes, et plus encore de le diffuser en direct, ont-ils réalisé qu'ils ont peut-être contribué -indirectement- au drame ? Il s'agissait d'une prise d'otages où la vie de personnes était en jeu, pas d'un match de la coupe du monde !

Je m'explique. A notre époque actuelle ou communiquer, s'informer est si facile, comment n'a-t-on pas pu songer que le forcené –il suffisait qu'il y ait une télévision dans l'autocar ou qu'il ait un portable un tant soit peu évolué- pouvait ainsi se tenir au courant des moindres faits et gestes de la police à l'extérieur ? A mon humble avis, la télévision philippine a, en voulant faire dans le sensationnel –à ce niveau là, ce n'est plus de l'information mais du voyeurisme- a peut-être contribué un peu au terrible dénouement que l'on connaît. J'espère me tromper.

Dans le même sens, je comprends que la télévision chinoise ait été prompte à réagir et ait couvert l'évènement en direct aussi, quoique je ne suis pas sûr qu'il était absolument nécessaire de diffuser toutes les images en direct comme elle l'a fait. Mais il est vrai qu'ils s'agissait là de ressortissants chinois, d'une triste première pour la Chine, et l'émotion a sans doute joué. Et rendons tout de même hommage au professionnalisme des journalistes de la télévision chinoise, qui ont su réagir et suivre les évènements avec lucidité et sang-froid, sans verser dans l'émotion excessive. Elle eût été compréhensible, pourtant. Car outre le côté tragique de l'évènement, c'est la première fois que l'on assistait à une prise d'otages massive de ressortissants chinois où figuraient même des femmes et des enfants, partis pour un voyage aux Philippines qu'ils espéraient heureux, et qui s'est terminé dans la peur, le sang et la mort.

Pour ma part, je suis resté perplexe, me demandant où était, à ce moment, la frontière entre l'information et le spectacle, le voyeurisme. La télévision chinoise a largement couvert les drames récents qui ont frappé le pays, mais toujours avec professionnalisme et dignité. A-t-on montré, durant les récentes catastrophes qui l'ont frappé, des personnes souffrant dans leur chair, en direct et en gros plan, comme on a pu le voir sur la télévision philippine ? Pas que je sache. Imagine-t-on l'exhumation en direct minute par minute, d'un corps sorti des décombres de Zhouqu ? On a bien vu des sauveteurs s'acharner, des survivants expliquer, un état des lieux, bref on a su jusqu'où ne pas aller trop loin. Et ce n'était pas nécessaire d'ailleurs. On a respecté la dignité des victimes, salué le courage des sauveteurs et montré ce qui devait l'être. Pas à Manille, je le crains. On se souviendra longtemps de la silhouette d'un des malheureux otages, appuyée contre une des fenêtres du car. Etait-il vraiment necéssaire d'insister à l'envi sur cette scène tragique ? Qu'est-ce que cela a apporté à l'information, dites-moi ? Et était-ce même encore de l'information, d'ailleurs ?

Cet épisode risque de marquer pour longtemps les esprits des citoyens chinois, et en dissuader plus d'un d'aller voyager aux Philippines.

Car l'information en direct, si elle peut-être instructive et passionnante, ou vous remplir d'effroi et de colère, comme ce fut le cas à Manille, est aussi une arme à double tranchant.

Car qu'est-ce qui va rester de cette tragédie, en plus du nombre élévé, bien trop élevé, de victimes innocentes ? Je crains bien que l'image des Philippines, et surtout de son gouvernement et de sa police, apparemment déjà pas très brillantes, en soit plus ternie encore. La puissance terrible du direct n'a fait que nous montrer ce qui, de l'avis de beaucoup, est de l'incurie, de l'amateurisme, de l'inefficacité quasi-criminelle de la part des forces de police philippines. On gardera longtemps en mémoire ces scènes montrant des policiers hésitants, apeurés, et celle du forcené apparaissant, calme, lui, pendant une très longue seconde dans l'encadrement de la porte ouverte, sans que rien n'ait été tenté alors pour le neutraliser. L'eût-on fait, et peut-être que le sang des innocents eût pu être épargné. Sans doute, même. Quand la décision d'intervenir fut enfin prise, c'était trop tard, et on sait ce qu'il en advint. La télévision philippine, me semble-t-il, a fait une bien mauvaise publicité à son pays, dans sa quête de sensationnel, mais elle a peut-être aussi rendu un service indirect au gouvernement en faisant éclater aux yeux du monde entier une triste vérité. Terrible puissance des images.

En attendant, huit innocents citoyens chinois ont payé de leur vie l'incompétence de ces gens, qui était tellement visible qu'elle en était presque palpable. Horreur et colère dominent en Chine, les critiques fusent de toutes parts dans de nombreux pays du monde, et je partage ce sentiment, tout en m'inclinant respectueusement devant ces malheureuses victimes.

Donc oui, la télévision peut-elle tout montrer ? Je vous laisse juge. Pour ma part, mon opinion est faite. La nécessité d'informer, le droit, le devoir de le faire ne sauraient justifier certains errements. Surtout quand il s'agit du bien le plus précieux qui existe sur notre Terre : la vie d'un homme, innocent qui plus est.

Laurent Devaux

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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