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Français>>OpinionMise à jour 26.05.2011 14h57
Alcool au volant : tout reste à faire (ou presque...)

L'alcool au volant, sujet sensible, qui intéresse quasiment tous les Chinois (et les étrangers qui vivent en Chine par la même occasion...), et furieusement d'actualité, depuis l'entrée en vigueur au début du mois de mai d'une nouvelle législation, qui s'est fait remarquer pour sa sévérité. Et pour ses premiers résultats très médiatisés aussi. Il faut dire que le Gouvernement chinois a frappé fort, qu'il n'y est pas allé avec le dos de la cuillère, comme on dit : interdiction de passer son permis pendant cinq ans, amendes sévères et même prison... diantre ! Pour en être arrivé jusque là, fallait-il que le problème soit grave... il l'est, sans aucun doute.

Tous ceux qui, Chinois ou étrangers, ont comme moi, assisté à des beuveries lors de banquets, vu des hommes (et des femmes aussi parfois, hélas) malades jusqu'à en vomir dans le caniveau au sortir d'un restaurant, ou des personnes tellement imbibées qu'elles ne peuvent presque plus marcher et que quand elles sortent de l'établissement, le visage cramoisi, elles doivent être soutenues par deux autres personnes, me comprendront. Peut-être même que certains d'entre vous en ont fait l'expérience... à ma grande honte, j'avoue que cela m'est arrivé une fois, ayant accompagné une amie lors d'un dîner « amical » où les autres convives m'ont fait boire le redoutable erguotou de Beijing plus que de raison, mais pire, entrecoupé de libations au vin rouge ; j'ai résisté autant que j'ai pu, refusé d'aller trop loin, sachant très bien comment cela finirait, mais cela n'a pas suffi. Et bien entendu j'ai été malade... du coup, depuis, plus jamais je n'ai bu d'erguotou, fini, n-i ni ni. J'ai retenu la leçon, j'ai compris, une fois m'a suffi, et jamais je ne serai un danger au volant pour cette raison, à supposer que je le prenne jamais un jour d'ailleurs.

Le problème est que je crains que tous les Chinois ne soient pas aussi raisonnables que je le suis, soit qu'ils ne le veulent pas, soit qu'ils ne le peuvent pas. Pour les premiers, il n'y a pas grand chose à faire hélas, j'en ai bien peur, tant il est vrai que l'alcoolisme est une maladie. Pour les seconds... oh, je vous vois venir ! Comment, « ils ne le peuvent pas » ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Hélas, trois fois hélas, ces cas existent, et plus que vous ne l'imaginez. Nul n'ignore en Chine que lors des déjeuners ou dîners d'affaires, l'alcool coule souvent à flots, et qu'il est de bon ton de porter toast sur toast avec les différents convives, sous peine, à moins d'avoir une solide raison -médicale par exemple- pour ne pas le faire, de passer pour un pisse-vinaigre, voire pire de vexer celui qui veut trinquer avec vous et qui a peut-être même apporté cet alcool de prix. Si jamais lors de ce repas un contrat est en jeu, vous imaginez que les conséquences peuvent être fâcheuses. Donc, on boit. Et comme il faut bien rentrer chez soi ensuite, eh bien on prend le volant. Avec toutes les conséquences funestes que cela peut entraîner. Ne me dites pas que ce n'est pas vrai, que vous ne connaissez pas au moins une personne, un ami, un collègue, un membre de votre famille peut-être, que vous avez vu arriver un jour ivre, alors que vous savez pertinemment que ce n'est pas un alcoolique et qu'en dehors de ce genres d'occasions, cette personne ne boit pas.

Et c'est là qu'on touche le noeud du problème, à mon avis. Le problème de l'alcool, et indirectement de la conduite en état d'ivresse en Chine, comporte aussi une forte composante culturelle. Comme je viens de vous le dire, dans certains cas, boire de l'alcool, offrir de l'alcool, c'est bien vu, c'est un geste apprécié, un comportement social, cela permet d'établir, de conforter des relations, de témoigner de l'estime ou du respect que l'on porte à quelqu'un. Il y a de quoi bondir... et je ne parle pas des effets à long terme sur la santé, c'est un autre débat.

Le problème est donc culturel, c'est aussi un problème d'éducation. Et c'est bien là que le bât blesse, car on ne change pas un comportement qui remonte à la plus haute antiquité (Li Bai, vous connaissez ?) en peu de temps et à coups de textes de loi, aussi sévères soit-ils. C'est un travail de longue, très longue haleine. Eduquer les gens, leur faire comprendre qu'il est inutile et dangereux de se saoûler, quels qu'en soient les motifs. Sans compter qu'il n'y a aucun plaisir à être ivre ; mieux vaut, si l'on ne peut pas ne pas boire, boire peu et apprécier. Tout le monde y trouvera son compte. Mais cette éducation sera longue, elle demandera des moyens et de la volonté.

Lutter contre l'alcool au volant, cela suppose de mener une lutte sur trois fronts : la prévention, la répression et l'éducation. Face à l'étendue des dégâts, le Gouvernement chinois a choisi la manière forte, et personne ne l'en blâmera pour ça, bien au contraire. Il était plus que temps. Des sanctions exemplaires sont à l'évidence nécessaires, pour faire comprendre à ceux qui se sont fait prendre qu'il vaudrait mieux éviter de jouer à ce petit jeu là, et aux autres à méditer sur cet exemple. Mais je crains que cela ne suffise pas.

C'est d'ailleurs ce qui vient de se passer tout récemment à Beijing avec une célébrité du monde du spectacle, Gao Xiaosong. Ayant bu plus que de raison, il a de plus causé un accident où plusieurs véhicules ont été impliqués. Et ce qui devait arriver arriva, le sieur Gao a été condamné assez lourdement pour sa faute, nonobstant (mais devrais-je dire « à plus forte raison » ?) son statut de célébrité. Dans l'histoire, il paie sans aucun doute sa faute, et ce n'est que justice, mais aussi les pots cassés, bref il sert aussi d'exemple. Vae victis, malheur au vaincu, comme l'aurait dit le chef gaulois Brennus quand il prit Rome il y a cela près de 2 500 ans.

Belle aubaine aussi pour les autorités que l'un des tous premiers condamnés soit une célébrité, cela donne une publicité inespérée à cette nouvelle législation. En ce sens tant mieux, puisse la condamnation de M. Gao servir d'exemple. Et surtout qu'elle ne soit pas un coup d'épée dans l'eau, qu'elle ne soit pas la seule, passées les premières semaines.

A ce sujet, qu'il me soit permis d'exprimer mon désaccord, malgré tout le respect que je lui dois, avec un haut magistrat chinois, qui a déclaré qu'il serait souhaitable de ne pas appliquer la loi dans toute sa rigueur, mais plutôt au coup par coup, en fonction des circonstances, et de moduler les sanctions en fonction de la faute. L'intention est tout à fait compréhensible, ce magistrat craint qu'une application trop stricte ne puisse avoir des conséquences fâcheuses pour l'avenir du prévenu dans certains cas, alors que la gravité de la faute ne mériterait peut-être pas une trop forte sévérité. Je comprends son point de vue, mais comme d'autres personnes, je ne suis pas d'accord, et je les rejoins quand elles disent qu'il faut appliquer la loi, aussi dure soit-elle. Ne pas le faire, ce serait envoyer un message à celui qui s'est fait prendre, et qui se dirait alors que s'il y a échappé une fois, eh bien mon Dieu, il en sera peut-être de même la prochaine fois... et que donc boire et prendre le volant, bah, ce n'est pas si grave après tout. Plus sérieusement, je pense que ne pas appliquer la loi telle qu'elle a été écrite, c'est tout simplement la vider de sa substance et donner un signe d'encouragement aux conducteurs potentiellement ivres. Redoutable. Non, il faut l'appliquer sans la moindre clémence. La loi est connue de tous, chacun sait ce qu'il risque en la violant, et personne n'est pris en traître. La loi est dure, mais c'est la loi. A bon entendeur...

Et c'est là que j'en viens au troisième volet, la prévention. Tout comme moi, vous avez sans doute remarqué que, que ce soit à la télévision, sur les bus ou dans le métro, les publicités pour ce genre de tord-boyaux sont légion. Pas une heure à la télévision sans qu'on voie des publicités pour des alcools forts, et pour la bière aussi... dont certaines marques vont même jusqu'à parrainer des évènements sportifs ! Le sport, c'est a priori synonyme de santé, contrairement à l'alcool... mais ce paradoxe ne semble pas gêner grand monde, et c'est regrettable. Car en plus, qui est le plus concerné par le sport, sinon les jeunes ? Qui sont les plus influençables, sinon les jeunes ? Certains l'ont bien compris et profitent de cette niche, sans que rien ne soit fait. Mais il est vrai que les enjeux financiers sont considérables...

Et ces marques ne reculent devant rien, puisqu'elles s'offrent des publicités sur les plus grandes chaînes de télévision chinoises, à une heure de grande écoute, là où tout le monde, grands et petits, peut les voir. Elles sont souvent assez bien faites, il faut le dire, et, cerise sur le gâteau, n'hésitent pas à embaucher des vedettes pour faire la réclame de leurs produits. J'en veux pour preuve, ici à Beijing, de la présence d'un très célèbre animateur de télévision, Wang Gang -il n'est pas la seule vedette dans ce cas, mais je l'ai choisi à dessein, car c'est un des plus connus et sans aucun doute parmi les plus intéressants- dans maintes publicités pour de l'alcool. Là aussi, c'est redoutable. Car ce présentateur jovial, cultivé, à l'aspect bonhomme, de la célèbre émission Tianxia Shoucang, où il pulvérise avec jubilation (et à la mienne aussi...) d'un coup de masse de fausses antiquités sous les yeux effarés des personnes qui les prenaient pour des trésors, n'est-il pas à même d'inciter d'autres personnes prêtes à suivre l'exemple d'une aussi sympathique personne ? Vous en doutez ? Alors regardez le nombre de publicités recourant à des célébrités, quel que soit le produit. Si ce procédé n'était pas efficace, il y a longtemps qu'il aurait disparu... ne croyez-vous pas que le très grand nombre de publicités de ce genre sape en partie les efforts du Gouvernement ? Pour ma part, j'en suis persuadé ; réfléchissez un peu... vous conduisez votre voiture, et à longueur de chemin, vous croisez des bus affichant sur leurs flancs des publicités pour des alcools forts ! N'y a t-il pas là un dangereux paradoxe ? Mais il est vrai que l'industrie de la fabrication d'alcool pèse d'un poids certain en Chine. N'empêche. Le Gouvernement chinois a pris de bonnes mesures, mais à mon avis il n'est pas encore allé suffisamment loin, ce qui peut permettre de nous faire douter de leur efficacité si elles ne sont pas complétées par des restrictions sévères sur la publicité et une éducation menée sans relâche. Le Gouvernement chinois nous a souvent montré que quand il veut vraiment, il peut. Et avec une efficacité certaine. Ce sera long et difficile, mais pour l'avenir de la Chine, de son peuple, cela mérite qu'on y réfléchisse et que l'on cesse de s'enfouir la tête dans le sable comme des autruches. Fût-ce à moitié.

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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