 |
| Le nouveau président de la Commission de l'UA, le Gabonais Jean Ping prend la parole à la clôture du sommet. |
L'industrialisation de l'Afrique a un long chemin, bien que la dixième conférence au sommet de l'Union africaine (UA), qui a pris fin samedi dans la capitale éthiopienne d'Addis Abeba, consacre les trois jours de travaux au thème du "développement industriel de l'Afrique".
Les populations de l'Afrique atteignent 10% de l'ensemble du monde, alors que ses industries n'en occupent que 1%. Lors du sommet panafricain, le président sortant de la Commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré, a regretté que le continent africain "se désindustrialise depuis 50 ans".
La dégradation de la situation s'accélère surtout durant ces 20 dernières années, lorsque des pays africains souffrent l'un après l'autre des agitations sociales, de la guerre civile ou des violences inter-ethniques.
L'insécurité et l'instabilité ont détruit des structures socio- économiques en Afrique qui, dans l'ensemble, n'a pas encore changé le statut d'exportatrice de matières premières vers des pays développés.
L'analphabétisme général en Afrique constitue une autre entrave contre le développement des ressources humaines, par conséquent le développement industriel. Selon les statistiques de l'UNESCO, le taux de scolarité des enfants en âge scolaire n'atteint pas 40% dans beaucoup de pays africains, lorsque 20% des garçons et 38% des filles de tout le continent africain ne vont pas à l'école. L'Afrique compte 360 millions d'illetrés, soit 60% des populations africaines et 40% de l'ensemble des anaphabètes du monde.
En outre, l'exode de cerveaux est préoccupant maintenant. Selon l'Organisation internationale de la migration (OIM), depuis 1990, les pays africains perdent chaque année plus de 20.000 de leurs talents qui émigrent et s'installent en Amérique et en Europe. En contrepartie, l'Afrique dépense chaque année quatre milliards de dollars dans l'importation de professionnels ou d'experts, soit presque un tiers de l'assistance annuelle qu'elle reçoit.
APE, nouveau défi
L'éventualité de la signature des Accords de partenariat économique (APE) entre l'Afrique et l'UE est l'un des points chauds de ce sommet. Les pays africains divergent jusqu'à la fin, sans pouvoir parvenir à un compromis.
Les APE sont des arrangements commerciaux entre l'Europe et ses 78 anciennes colonies d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), en remplacement de l'Accord préférentiel de Cotonou à compter du 1er janvier 2008 et à la demande de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Ils tablent sur la diminution puis la supression des droits d'entrée des produits ACP sur le marché européen et des produits européens sur les marchés des ACP, la libéralisation du commerce des services et la promotion des politiques favorisant la concurrence.
Les APE signifieraient la porte ouverte à l'entrée en compétition des transnationales avec de petites entreprises de l'Afrique, de sorte que les agriculteurs et les industries naissantes de cette dernière seront soumis à la concurrence directe des producteurs européens, hautement subventionnés ou plus efficaces.
Vu la dimension économique inégale entre l'Europe et l'Afrique, ledit accord de libre échange "réciproque" limitera la capacité des pays africains à protéger l'agriculture, soit leur dernière ligne de défense, tandis que l'UE continue de refuser de supprimer leurs subventions à leurs agriculteurs.
Les Africains souhaitent, entre autres, que la durée de la période transitoire qui séparera la signature des APE de leur entrée en vigueur effective, soit de 25 ans pour qu'ils aient du temps afin de résoudre des problèmes d'infrastructure et de renforcer la capacité de leurs petits agriculteurs à produire et exporter de façon compétitive et face aux diverses barrières non tarifaires de l'UE. Cette dernière insiste cependant pour réduire la période à 15 ans et pour que les Africains signent séparément les APE avec les Européens en groupe.
Qui pis est, pour un nombre de pays africains, les pertes dans le revenu tarifaire issues des APE seront plus importantes que leurs dépenses totales dans la santé ou l'éducation. Ce qui portera atteinte au développement durable de l'Afrique.
L'Afrique qui se voit une croissance économique moyenne de de plus de 5% par an depuis ces trois dernières, a besoin de la volonté et du courage de défendre de manière collective cette tendance, comme ce qu'a déclaré M. Konaré : "Il n'y a pas d'avenir pour une Afrique non unie".
 |
| Le leader libyen prend la parole à la clôture du sommet. |
Source: xinhua