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Français>>InternationalMise à jour 06.08.2012 14h45
Après le départ de Koffi Annan, qui va pouvoir refermer la Boîte de Pandore en Syrie ?

Alors que la guerre civile fait toujours rage en Syrie, le 2 août, Koffi Annan a soudainement annoncé que, n'étant pas en mesure d'« inciter le gouvernment syrien et l'opposition à prendre au plus vite les mesures nécessaires pour ouvrir les négociations de paix », il avait décidé de ne pas prolonger au delà de la fin du mois d'août son mandat d'émissaire conjoint des Nations unies et de la Ligue arabe sur la crise en Syrie. Les efforts de mediation qu'il a entrepris ne pouvant manifestement pas aboutir, il a decide de jeter l'éponge. La mission de surveillance des Nations-Unies en Syrie va bientôt arriver à son terme, d'ici à peine plus de trois semainesm le 31 août prochain. Ce qui fait que la direction que va prendre la situation en Syrie va devenir un mystère de de plus en plus épais et de plus en plus intense.

Sur le plan strictement militaire, l'armée syrienne a repris le contrôle total de la capitale, Damas. Mais en revanche, à Alep, les combats entre les forces gouvernementales et les rebelles s'enlisent. La raison pour laquelle les forces gouvernementales ont tant de mal à reprendre cette ville est que les forces rebelles ont reçu de grandes quantités d'armes et d'équipements militaires qui ont transité par la frontière turque, et même des armes lourdes comme des chars et des missiles anti-aériens. Et ils se livrent à un combat de guérilla urbaine avec les forces gouvernementales, s'appuyant sur des barricades et des combats de rue et de maisons. L'armée syrienne a pour l'essentiel été formée pour mener une guerre conventionnelle, elle n'est pas familière des combats de guérilla. Ce genre de « guerre asymétrique » n'est pas le genre de guerre pour laquelle elle est faite. Et du fait des campagnes de propagande de l'opposition et des difficultés logistiques, d'approvisionnement et autres de l'armée, le moral des soldats gouvernementaux n'est pas très bon. Ce qui fait que même en mettant de plus en plus de troupes et de matériel sur le terrain, il n'y a guère de progrès sur le front des combats. La stratégie de l'opposition consiste en revanche à mener des combats de guérilla, une guerre d'usure visant à affaiblir progressivement les forces de l'armée gouvernementale, en attendant une opportunité pour lancer une contre-attaque, jusqu'à que celles-ci soient finalement battues.

Il ne semble pas faire de doute que les deux parties combattantes aient envie de faire une trève, de s'asseoir et de discuter. Mais les points marqués par les deux parties font que celles-ci ne sont pas, la plupart du temps, décidées à céder, et se montrent plutôt prêtes à en découdre jusqu'à la mort. On peut aisément imaginer dans ces conditions quelles difficultés ont pu rencontrer les bons offices de Koffi Annan. Aussi, peut-être que la seule chose qui reste à faire est d'attendre que l'issue des combats amène l'une des parties à contraindre l'autre à s'asseoir à la table des négociations pour chercher une solution pacifique à la guerre.

Mais n'y a t-il vraiment pas d'autre solution ? Il doit sans doute y en avoir une autre. A savoir que les Etats-Unis et les pays occidentaux cessent d'apporter leur soutien matériel et moral à l'opposition armée, qu'ils fassent davantage pour encourager la paix et qu'ils cessent de jeter ainsi de l'huile sur le feu. Récemment, un article de presse a annoncé que, un peu plus tôt cette année, le Président américain Obama a signé un ordre secret approuvant la fourniture d'une aide à l'opposition armée syrienne. Et récemment encore, le Département d'Etat américain a déclaré publiquement avoir apporté une aide de 25 millions de Dollars US à l'opposition syrienne. De cette manière, comment l'opposition qui peut ainsi se renforcer et recevoir des équipements militaires pourrait-elle baisser les bras et cesser le combat ? Comment dans ces conditions éteindre le feu de la guerre en Syrie ? Les Etats-Unis suivent leur logique : faire tomber Bashar el-Assad, qui tient tête depuis si longtemps à Israël, étendre les résultats de leurs guerres de l'Irak à la Syrie, et ainsi isoler totalement l'Iran par l'Ouest et éradiquer la présence russe au Moyen-Orient. Il n'est guère difficile de comprendre comment les Etats-Unis procèdent, au vu de la crise syrienne : soutenir une partie et discréditer et s'opposer à l'autre.

Alors comment va évoluer la situation en Syrie ? Je pense que les combats vont finir par cesser. Il sera sans doute difficile pour les troupes gouvernementales d'écraser l'opposition armée, et celle-ci comptant de nombreux combattants isolés courageux et mobiles, il sera difficile de revenir rapidement à la situation antérieure. Sur ce plan, la chose la plus importante va être l'attitude des alliés du régime syrien, la Russie et l'Iran.

La Russie possède une base navale en Syrie, à Tartous, et elle a des relations étroites avec l'armée syrienne. La plus grande partie des armes et des équipements des forces syriennes a été achetée en Russie, et presque tous les officiers généraux et assimilés de l'armée syrienne ont été formés dans l'ancienne Union Soviétique dans les années 1970 et 1980. De nombreux formateurs russes sont encore présents, également. La Russie, que ce soit du fait de ses intérêts au Moyen-Orient ou du fait de ses longues relations avec la Syrie, ne la laissera pas tomber. Tout au moins ne laissera -elle pas des forces pro-américaines y prendre le pouvoir.

En ce qui concerne l'Iran, il n'abandonnera pas non plus trente années de relations étroites et un « ami solide comme l'acier ». Le Gouvernement de Téhéran respecte encore l'embargo international qui interdit de fournir des armes à la Syrie. Mais si jamais la guerre tournait au désavantage des forces gouvernementales syriennes, on ne peut absolument pas exclure que l'Iran n'interviendra pas militairement. De plus, dans un des pays voisins de la Syrie, le Liban, existe le parti Hezbollah, actif depuis de nombreuses années dans le Sud de ce pays et ennemi mortel d'Israël. Cet ami fidèle de Damas s'est déclaré prêt à envoyer des troupes d'élite pour soutenir les forces gouvernementales syriennes. Les combattants du Hezbollah ne sont pas seulement puissants, ils excellent aussi dans la guérilla urbaine. Si jamais ils entraient en jeu, ils constitueraient une menace sérieuse pour l'Armée Syrienne Libre.

Koffi Annan va donc s'en aller, seul et le coeur déchiré. Il se dit que les Nations-Unies songent à lui trouver un successeur. Cependant, au vu du chaos actuel, il sera bien difficile à quiconque de prendre la suite de Koffi annan en tant que médiateur. Remettre de l'ordre en Syrie risque d'être bien plus facile à dire qu'à faire. Il est à craindre que ceux qui aiment la paix n'aient hélas à attendre encore longtemps pour voir des résultats.

Ren Yaqiu

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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