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| Li Li dans un bar à Beijing |
Li Li a perdu le compte exact du nombre d'hommes avec qui elle a passé une nuit, mais elle sait que le nombre dépasse les 100.
"Je ne garde pas de statistiques," dit l'ancienne journaliste de 27 ans. Mais elle n'est pas opposée à le déclarer. Durant les dernières années, Li a maintenu un blog écrit sous le nom de plume de 'Mei Muzi', qui a fait la chronique de son penchant pour les orgies, les rendez-vous par Internet et à son scepticisme sur le mariage quand cela signifie rester fidèle à un seul homme.
En automne de cette année, la résidante de Beijing a posté sur son blog un enregistrement son de ses propres relations sexuels - qui aurait fait rougir Paris Hilton. Plus de 50.000 personnes ont simultanément essayé de télécharger l'enregistrement de 25 minutes, causant le crash du serveur principal.
Malgré la tentative du gouvernement de censurer le blog, le journal intime sexuel est si populaire que le pseudonyme de Li Li est, par intermittence, un des mots-clé le plus recherché sur les moteurs de recherches de sites en Chine. "J'exprime ma liberté par le sexe," dit Li, sans trace apologie. "C'est ma vie, et je peux faire ce que je veux."
La liberté dans la chambre à coucher est un concept romanesque en Chine. Habillé dans les amples vêtements au col Mao, les citoyens de la République populaire devaient demander la permission aux fonctionnaires locaux sur tout ? avec qui se marier, quel genre de contraception employer.
Mais de nos jours, de plus en plus de Chinois marchent du côté plus sauvage. Cette vague, débutée par le relâchement du contrôle du gouvernement sur les choix des différents styles de vie personnelles, conjugué avec une diffusion plus permissive d'attitudes occidentales envers la sexualité, tout cela a contribué à ce que les Chinois ont des rapports sexuels plus tôt, plus souvent, et avec plus de partenaires que jamais auparavant.
Aujourd'hui, 70% des résidants de Beijing indiquent qu'ils ont eu des relations sexuelles avant le mariage, comparé à 15.5% en 1989, selon Li Yinhe, un sociologue à l'Académie Chinoise des Sciences Sociales.
Un sondage entrepris en janvier dernier dans sept villes principales chinoises a montré que parmi les tranches d'âges des 14 à 20 ans, l'âge moyen de la première expérience sexuelle était de 17.4 ans ; alors que dans le groupe des 31 à 40 ans, la perte de virginité survenait beaucoup plus tard, à 24,1 ans. Mme Fu Zhen, 28 ans, un professeur à Shanghai, déclare : « le seul divertissement de mes parents provenait des films révolutionnaires, ainsi ils étaient très conservateurs concernant le sexe. Ma génération, nous voyons tout, de partout, et nous avons faim de nouvelles expériences ». Comme pour souligner ce point, Fu a adopté le surnom de 'Carrie', de 'Carrie Bradshaw' de la série américaine Sex in the City.
Toutes ces nouvelles aspirations engendrent de nouvelles industries. Les boutiques de lingerie prolifèrent dans les grandes villes, et les festivals de culture sexuel, comme celui de la ville méridionale de Guangzhou en novembre dernier, a attiré plus de 50 000 personnes désireuses d'obtenir le dernier jouets pour adulte. Le plus populaire? le "papillon érotique", spécialement conçu pour les femmes.
Mais la révolution sexuelle en Chine a également apporté des effets secondaires désagréables. Bien que l'éducation sexuelle soit obligatoire dans les collèges chinois, "beaucoup de professeurs plus âgés sont trop embarrassés, et déchirent les pages abordant le sujet dans les manuels" déclare Hu Peicheng, Sécrétaire Général de l'Association de Sexologie de Chine, à Beijing.
Avec peu de connaissance sur le contrôle des naissances, un nombre croissant de femmes célibataires tombe enceinte - dans une culture où la maternité monoparentale est encore taboue. Un sondage, effectué par le chercheur médical Yan Fengting de Shanghai, a montré que 65% des femmes urbaines subissant des avortements en 2004 étaient des femmes célibataires, comparé à seulement 25% en 1999. Les taux de maladies sexuellement transmissibles montent également en flèche, avec des infections par le virus du HIV croissant le plus rapidement parmi les jeunes chinois de 15 à 24 ans.
Les maisons closes, à peine déguisés en des salons de beauté, prolifèrent les rues des grandes villes de Chine, alors que certaines banlieues sont connues comme "villages de concubine" en raison de leur concentration élevée de maîtresses.
Ces tentations supplémentaires, que la Chine avait su en grande partie contrôler après 1949, brisent les familles et les mariages, avec 1.6 million de couples chinois divorçant en 2004, soit une progression de 21% par rapport à l'année précédente, selon le Ministère des Affaires Civiles.
"Avant, dans la société, nous avions un sens du juste et du faux," ajoute M. Hu de l'Association de Sexologie de Chine. "Maintenant, nous pouvons faire ce que nous voulons. Mais nous reste-t-il encore des normes morales?"
Les Chinois plus jeunes ne se sentent pas trop concernés. Un sondage publié par un magazine de Beijing a constaté qu'un tiers des Chinois sous l'âge de 26 ans n'aurait aucun problème avec des affaires extra maritales.
Dans un pays où il y a peu d'autonomie politique pour les jeunes, au moins il y a abondance d'amour libre. "Peut-être, dans le passé, chacun était obéissant et écoutait les vieilles mamies nous disant avec qui tu pouvais entretenir des rapports sexuels, et dans quelles positions," dit la blogger Li Li. "Mais nous n'avons pas le temps de les écouter. Nous sommes trop occupés à faire l'amour."
Source: le Quotidien du Peuple en ligne