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Français>>SportsMise à jour 16.01.2012 08h20
Le football camerounais dans un coma profond, selon acteurs et observateurs (PAPIER D'ANGLE)

Empêtré dans des scandales divers à l'instar du feuilleton à rebondissements de la suspension du capitaine de l'équipe nationale, Samuel Eto'o Fils, par la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT), le football au Cameroun traverse une crise profonde proche du coma, jugent acteurs et observateurs.

A la veille de l'édition 2012 de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) de football qui se joue dès le 21 janvier en Guinée équatoriale et au Gabon sans la participation du Cameroun, éliminé lors de la phase qualificative remportée dans sa poule par le Sénégal, les débats font florès à Yaoundé et ailleurs dans le pays pour s'interroger sur la gestion de cette discipline.

D'un titre provocateur "Le mouvement sportif camerounais pris en otage par des braconniers", un livre présenté mardi dans la capitale camerounaise par Charles Ateba Eyene, universitaire et membre du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir), mène une incursion dans un univers du ballon rond érigé en mafia, à l'origine des contreperformances de l'équipe nationale.

"Il y a un déficit organisationnel au sein de cette équipe qui a été décrié et qui, aujourd'hui, continue d'être décrié. Il faudrait avoir le courage de se regarder dans la glace et de prendre conscience des tares qui ont amené à ne pas se qualifier à la CAN-2012", a noté à Xinhua l'entraîneur et consultant Henri Manga.

Un label de prestige jusqu'à récemment, les Lions indomptables du Cameroun, première équipe africaine à atteindre les quarts de finale d'une phase finale de la Coupe du monde de football en 1990 en Italie, offrant ainsi à l'Afrique deux places supplémentaires sur les trois jusqu'alors acquises, et quatre fois vainqueur de la CAN (1984, 1988, 2000 et 2002), ont perdu de leur superbe.

"Pendant des années, le Cameroun s'est présenté comme une terre de foot, une terre de sport en Afrique. Les premières médailles olympiques, c'était en 1968 en boxe. En 1982, les Lions indomptables sont allés à la Coupe du monde à la phase finale. Ce sont les différentes performances des Lions indomptables du Cameroun qui ont amené l'Afrique à avoir plus d'équipes au niveau mondial", rappelle Ateba Eyene.

Pour lui, c'est clair que "le Cameroun a participé au rayonnement et au développement du sport en Afrique et dans le monde". Son ouvrage vient enrichir un catalogue déjà étoffé de publications à la "sémantique catastrophique", inauguré en 1990 par "Les dessous scandaleux du football au Cameroun" de Théodore Ateba Yene, autodidacte converti dans la littérature.

D'une population estimée à 20 millions d'habitants, le Cameroun est un pays d'Afrique centrale où le football passe pour une religion, attirant comme au Brésil par exemple des adeptes dès leur tendre enfance. Consacré par les autorités comme "ciment de l'unité nationale", il est notamment porté par les Lions indomptables dont les différents exploits internationaux ont parfois donné lieu à des festivités populaires.

Etabli depuis 1927, bien longtemps avant l'indépendance en 1960, le football camerounais s'est révélé au fil des ans comme une nébuleuse qui obstrue les horizons de ses pratiquants pour leurs perspectives de carrière au plan local. Une fois son éclosion assurée, chaque jeune joueur rêve de s'expatrier afin de s'affirmer dans les championnats mieux organisés d'Europe ou dans d'autres pays d'Afrique.

En dehors des études, c'est l'un des domaines d'émigration de la jeunesse camerounaise, régulière et clandestine. "Je me bats, pour le moment je suis avec le Canon et je travaille en espérant aller plus loin. Déjà, il n'y a pas mal de propositions à l'extérieur, mais le Cameroun est un bon pays. Il faut d'abord bien jouer avant de sortir", a fait savoir Christel Marie Manga, défenseur central dans le Canon de Yaoundé, club du championnat de première division, Mtn-Elite One.

Résultante d'une situation que Charles Ateba Eyene qualifie de "chaos organisé", cette envie de partir qui provoque souvent de lourds sacrifices financiers dans les familles trouve surtout son explication dans un environnement professionnel qui ne permet pas de stimuler le talent, entretenant plutôt le sentiment de tirer le diable par la queue, donc le désespoir.

"C'est vrai, jouer au Cameroun, ce n'est pas du tout évident, parce que c'est difficile. Déjà, il n'y a pas d'infrastructures. Il n'y a pas de primes. On est là, on supporte en espérant qu'un jour on peut aussi être appelé à aller ailleurs", a expliqué Louis Gérard Otélé, autre défenseur du Canon de Yaoundé.

Depuis deux saisons, un barème de salaires pour les équipes du championnat de première division a fixé la rémunération mensuelle des joueurs à 50.000 francs CFA (environ 100 USD). Nouvellement créée, la Ligue de football professionnel a proposé le double.

Pour Olivier Olemb, autre joueur du Canon, "on ne peut pas parler de professionnalisme pour l'instant. Il y a des étapes à franchir. Les équipes n'ont pas de moyens. Les présidents de clubs attendent les subventions pour le démarrage du championnat. C'est depuis six mois que nous préparons cette échéance, sans primes d'entraînement".

"Le professionnalisme, c'est dans 10 ans au moins et ça se prépare. Les Sud-Africains et les Egyptiens ne sont pas professionnels; ils sont semi-professionnels", a-t-il enchaîné, relevant au passage que "c'est une punition que les dieux nous ont donnée de ne pas aller à la CAN pour régler nos problèmes internes".

De l'avis de Christel Marie Manga, "ça ne sert à rien de sanctionner Eto'o Fils et son adjoint Eyong Enow. Au contraire, ça nous enfonce".

Pour avoir refusé de conduire ses coéquipiers pour un match amical contre l'Algérie fin novembre à Alger, pour cause de primes non payées, le capitaine des Lions indomptables, aujourd'hui auréolé du statut de footballeur le mieux payé du monde suite à son contrat avec le club russe d'Anzhi, a été sanctionné à 15 matches de suspension par la FECAFOOT, une peine réduite à 5 matches.

"Il faudrait avoir le courage de se regarder dans la glace et de prendre conscience des tares qui ont amené à ne pas se qualifier à la CAN 2012 et savoir que la CAN 2013 est à quelques mois, qu'il faut se ressaisir, prendre des décisions justes pour pouvoir impulser la dynamique des Lions indomptables, au lieu de prendre des décisions qui parfois ressemblent à des coquilles vides", propose Henri Manga.

Olivier Olemb en appelle carrément au secours de la FIFA pour libérer le football camerounais de ses mauvais mais tout-puissants dirigeants, qui sont justement sous la protection de l'instance internationale et échappent à l'autorité de l'Etat.

Par Raphaël MVOGO

Source: xinhua

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