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Français>>SportsMise à jour 14.08.2012 10h55
Des Jeux Olympiques et de leur influence sur l'image de la Chine à l'étranger

Enfin, les Jeux Olympiques sont terminés, l'hystérie sportive collective est retombée, les vociférations ridicules et parfois quasi-bestiales de certains commentateurs face à une médaille d'or (franchement, quand on y réfléchit un peu froidement, au delà de certains exploits sportifs réels, ces hurlements grotesques pour ce qui n'est jamais que du sport, il y a de quoi vous laisser perplexe sur la nature humaine...) vont faire les délices des bêtisiers sur internet et à la télévision. Et on va enfin pouvoir réfléchir à tête reposée sur cette gigantesque fiesta « médiatico-sportivo-friquée ». Premier constat, la Grande-Bretagne a réussi ces -on pourrait aussi dire ses- jeux. Sur le plan organisation, bien sûr, mais y a t-il de quoi s'en étonner, le Royaume-Uni n'est tout de même pas un pays sous-développé et il a l'habitude d'organiser des compétitions de niveau mondial depuis des décennies ; c'est le contraire qui eût été étonnant. Sur le plan sportif aussi, puisque ce pays figure à la troisième place du tableau des médailles –il y a toujours la prime au pays organisateur, sans compter quelques juges d'une complaisance parfois « étonnante »- place qu'il n'aura sans doute pas dans quatre ans à Rio. Deuxième constat, qui sort vraiment gagnant de ces Jeux ? Le sport ? Pour un temps peut-être. Le pays organisateur ? A l'évidence oui aussi, mais pour un temps également. L'esprit olympique ? Après quinze jours de compétition, entre les diverses disqualifications, tricheries et arbitrages douteux, on peut légitimement se demander si cette expression a encore un sens. Mais chacun aura compris que le vrai, le seul vainqueur de ces Jeux, c'est l'argent, et les bénéficiaires essentiellement le Comité International Olympique et les sponsors officiels. Tout le reste n'est que littérature, et pas des meilleures, loin s'en faut.

Il n'empêche, presque tous les pays du monde sont avides, sinon d'organiser les Jeux Olympiques -ce n'est pas à la portée de tout le monde- du moins d'y être présents, pour donner une bonne image de leur nation au monde entier et un petit coup de fierté à leurs citoyens en cas de médailles, bien utiles pour faire oublier la grisaille quotidienne voire une situation intérieure morose. Donner une bonne image de soi à l'étranger par le biais d'une compétition sportive d'envergure mondiale, c'est ce que l'on peut appeler la « puissance douce », le fameux soft power des anglo-saxons. Même avant l'invention -récente- de ce terme, les Jeux Olympiques ont très souvent servi à cela, et permis d'améliorer -pas toujours d'ailleurs quand on se souvient par exemple des « performances » des fameuses nageuses Est-allemandes, qui ne trompaient personne- l'image parfois ternie de certains pays sur la scène internationale. En bref, si vous préférez, certains pays se servent des Jeux Olympiques plus qu'ils ne les servent.

Et la Chine alors ? Eh bien on peut dire que sur le plan sportif, la Chine s'en est bien tirée, et que dans ce domaine comme dans d'autres, elle a une fois de plus montré au monde les progrès immenses qu'elle a accomplis. Depuis son grand retour aux Jeux Olympiques en 1984 à Los Angeles, à part la mauvaise passe de Séoul en 1988, les progrès ont été constants et la Chine, qui par ailleurs est devenue une grande puissance commerciale, est incontestablement devenue aussi une grande puissance sportive. Elle était même première au classement des Jeux de Beijing de 2008, avant de retrouver -à mon avis- un rang plus conforme à sa puissance lors de ces Jeux de Londres, au grand dam, je le sais, de très nombreux Chinois, qui espéraient sans doute encore une première place. Mais n'oublions pas, une fois encore, que le pays organisteur fait toujours mieux que lorsqu'il concourt dans un autre pays. Une fois de plus, ce sont donc les Etats-Unis qui sont arrivés en tête, il n'y a rien de très étonnant à cela, et ce n'est sans doute pas près de finir. Car au delà du sport pur, il faut bien savoir que la supériorité technique et éducative d'un pays a presque toujours des conséquences aussi sur les résultats sportifs ; ce serait trop long pour en expliquer les détails, mais c'est un fait, et il est aussi évident que, pour l'heure, les Etats-Unis ont encore une bonne longueur d'avance sur la plupart des pays du monde, Chine y compris.

Alors certes, la Chine a obtenu beaucoup de médailles, elle compte beaucoup de médailles d'or. Les Chinois peuvent donc être légitimement fiers de leurs athlètes, mais est-ce que ces résultats -en apparence brillants- vont contribuer à améliorer l'image de la Chine dans le monde, est-ce qu'ils vont réhausser sa popularité, sa réputation ? Je ne vais sans doute pas faire plaisir à mes amis chinois, ni aux lecteurs chinois qui me feront l'honneur de lire ces lignes, mais je crains bien que non. Je vais vous expliquer pourquoi, et après vous serez juges.

Oui, c'est l'évidence, le nombre de médailles compte, et surtout le nombre des médailles d'or. La Chine en a obtenu 38, contre 46 aux Etats-Unis. Mais ce qui est tout aussi évident, c'est que toutes les médailles d'or ne se valent pas, en termes de réputation. Vouloir prétendre qu'une médaille d'or en badminton a la même valeur qu'une médaille d'or en athlétisme en termes de médiatisation et de réputation serait faire preuve d'une sacrée mauvaise foi. Il n'y a qu'à voir la célébrité d'Usain Bolt, même s'il n'est pas Américain, pour d'en convaincre... et les résultats parlent d'eux-mêmes : une médaille d'or pour la Chine en athlétisme, neuf pour les Etats-Unis. De quoi réfléchir, non ? En dehors de la natation ou du tir, voir de l'althérophilie, les médailles d'or de la Chine ont presque toutes été obtenues dans des sports relativement peu médiatisés, quand ils ne sont pas, même, considérés plus comme des passe-temps de plage ou des jeux dans une grande partie du monde, comme le badminton, que j'évoquais à l'instant. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, cela ne retire rien au mérite et aux efforts des champions chinois de badminton, mais faites le test autour de vous auprès d'amis ou de collègues étrangers, ou regardez tout simplement des sites étrangers consacrés aux jeux, et vous verrez que non, décidément, toutes les médailles ne se valent pas. Et en ce sens, je reste pour ma part persuadé que les fameuses quatre médailles d'or de la Jamaïque ont eu plus de retentissement au niveau mondial que la plupart des médailles d'or remportées par la Chine. C'est injuste, j'en conviens, mais c'est un fait. Ce qui me fait dire que, plus que la quantité, la Chine, comme dans d'autres domaines -tiens tiens- devrait peut-être plus miser sur la qualité, si tant est que l'on puisse utiliser ce mot. Il n'y a qu'à se souvenir de la médaille d'or de Liu Xiang aux 100 mètres haies à Athènes et du retentissement mondial qu'elle a eue alors pour s'en convaincre... cela ne veut pas dire bien sûr que la Chine doit abandonner les sports qui lui donnent tant de médailles, ce serait folie, mais qu'elle devrait aussi investir dans des sports plus « médiatiques » si elle souhaite que les Jeux Olympiques contribuent aussi à renforcer son image et sa popularité dans le monde.

Pour le reste, j'ai longuement parcouru les sites internet, français ou étrangers, parlant des Jeux Olympiques, et regardé de près ce qu'on disait de la Chine et des sportifs chinois. Et force est de reconnaître que cela n'a pas toujours été positif, hélas. Car, presque toujours, ce ne sont que trois noms et un scandale qui reviennent : le scandale, c'est celui d'une des équipes de double féminin de badminton, exclues pour « non combativité » ; leur franchise, leur honnêteté après leur faute ne leur ont été hélas d'aucune utilité, mais on peut au moins mettre cela à leur crédit. Les trois noms qui reviennent le plus souvent, ce sont ceux de Ye Shiwen, cette extraordinaire gamine dont les performances ont étonné le monde, a un point tel que certains ont exprimé des doutes sur leur nature –mais en tout cas, elle a fait parler d'elle et de la Chine dans le monde entier, fût-ce parfois à mon avis de manière injuste- et qui a fait que certains se posent des questions sur les méthodes d'entraînement chinoises ; Liu Xiang, dont la dramatique chute a ému les spectateurs du monde entier, y compris en Occident, où nombreux sont ceux qui l'ont plaint, pris en compassion et admiré son courage ; Wu Minxia, médaillée d'or certes, mais dont on a appris à quel point le prix en a été amer, son entraînement acharné ayant fait qu'elle n'a même pas pu apprendre la disparition de ses grands-parents et la maladie de sa mère. Des autres champions chinois, rien ou presque, en grande partie du fait que les sports concernés n'intéressent guère le grand public.

Bref, l'impression que la Chine a laissé après ces jeux est pour le moins mitigée ; beaucoup de médailles certes, mais très peu dans des sports qui « comptent » médiatiquement et financièrement au niveau international ; des athlètes que les grands médias étrangers -occidentaux en l'occurrence, car qu'on le veuille ou non, ce sont eux qui ont encore le plus d'influence- plaignent ou suspectent plus qu'ils ne les fêtent. Les temps ne sont décidément pas faciles pour les sportifs chinois... mais que la Chine en tire les leçons -elle a souvent montré au monde qu'elle savait fort bien le faire- et que lors des Jeux de Rio en 2016 éclose un nouveau Liu Xiang ou qu'un autre athlète chinois monte sur la plus haute marche du podium des épreuves reines, et alors, même si la Chine obtient moins de médailles d'or qu'à Londres, vous pouvez être sûrs que sa gloire sportive et son image dans le monde brilleront d'un éclat encore plus fort.

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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