Le Nouvel An tibétain

Le Nouvel An est la plus importante des fêtes populaires du Tibet. Il tombait initialement à la saison de la moisson de l'orge, une nourriture de base des Tibétains. C'était au XIIIe siècle que cette festivité fut fixée au premier jour du premier mois du calendrier tibétain sous le Royaume de Sakya, soit un retard de quelques jours à un mois sur la Fête du Printemps, Nouvel An du calendrier lunaire chinois.

En fait, au début du 12e mois du calendrier tibétain, les gens s'affairent à préparer la fête, en confectionnant de neufs habits, préparant des aliments et offrandes et apprêtant des objets rituels. Tout est pour le culte du bouddha qui se tient le Jour de l'an.

Avant la fête, chaque foyer fait un grand nettoyage de sa demeure et dessine à la craie des motifs de bon augure sur les murs de l'entrée et de la cuisine. Il est orné également d'une tête de mouton de faïence ou faite en beurre de yack, le mot tibétain « début de l'année » étant l'homonyme de la « tête de mouton » et cet animal constituant la mascotte aux yeux de la population locale.

En outre, chaque famille doit préparer pour la fête un boisseau, appelé qiemaer en tibétain, dont l'intérieur est divisé en deux compartiments, l'une contenant du zamba, aliment à base de farine d'orge et de beurre de yack, et l'autre étant rempli de grains grillés, surmontés d'épis d'orge et de petites sculptures en beurre de yack coloré.

La veille au soir du Nouvel An, tous les membres de la famille s'attablent pour le réveillon, un repas copieux composé entre autres de viande séchée, de crème de lait, de fruits et d'une soupe aux boulettes. Dans ces petites boules, on met exprès lors de la préparation un fil de laine, un petit morceau de charbon de bois, une fève ou du piment, qui symbolisent respectivement la bienveillance, la méchanceté, la ruse et le courage. Le dîner provoque un éclat de rire lorsqu'un convive tombe sur une boulette ainsi farcie.

La table desservie, les gens balaient les recoins de la cour en chassant les esprits maléfiques. On brûle les ordures ramassées, loin de sa demeure. Cette nuit-là, le Tibet est parsemé de feux comme le ciel étoilé. Ayant mis le feu à ces ordures, les adultes rentrent chez eux sans y tarder un seul instant, de peur d'être suivis par les démons. Seuls les enfants y gambadent à coeur joie autour du feu.

Le matin du Jour de l'an, la maîtresse de maison doit aller prendre le premier seau d'eau dans un puits ou à une source pour faire les ablutions de la famille et abonner à boire aux bêtes. Les Tibétains croient que l'eau de ce matin-là est sacrée, car elle est composée de neige et de lait de lionne lorsque le roi de l'enfer tête ce fauve au sommet de la montagne enneigée, laissant des gouttes de lait tomber sur la neige.

Après la toilette, les membres de la famille, endimanchés, prennent place autour de la table dans l'ordre de la préséance des générations. Le doyen, portant un boisseau dans les mains, bénit les autres. Chacun prend dans ce récipient un morceau de zamba qu'il lance pour rendre un culte aux divinités. Puis on en met un morceau dans sa propre bouche en échangeant des voeux de santé et de bonheur. Après quoi, toute la famille s'attable pour un déjeuner, entrecoupé de toasts et de tintements de verres.

Le lendemain, on commence à rendre visite aux proches et amis, leur souhaitant bonne santé et bonheur pour le Nouvel An.

En cette occasion, un grand nombre de pâtres et montagnards quittent leur pays natal pour fait un long pèlerinage à Lhasa, haut lieu du bouddhisme tibétain, où ils participent aux cérémonies et danses religieuses, à proximité du monastère de Jokhang, qui abrite la représentation du Bouddha la plus vénérée du Tibet. Ces pèlerins en vêtements de fête se déplacent, un chapelet dans une main et un moulin à prières dans l'autre, le long du parcours de circumambulation des fidèles.


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