Cinq jours après le séisme dévastateur du sud-ouest de la Chine, des psychologues sont toujours incapables de d'annoncer à la petite Liu Xiaohua qu'elle était orpheline.
Jouant dans le centre de l'assistance publique de Mianyang dans la province du Sichuan, la fille attend que ses parents (morts) viennent la chercher pour rentrer à la maison.
Mais Zhao Guoqiu, l'expert psychologue du ministère de la santé, a dit que son état mental était toujours trop fragile pour lui annoncer que ses parents étaient morts.
Liu Xiaohua, de la minorité ethnique Qiang, ne veut toujours pas discuter de son expérience horrible peu de temps après le désastre, a expliqué Zhao Guoqiu.
L'élève de première était à l'école primaire de Qushan, dans le comté de Beichuan, une des zones les plus frappées par le séisme.
Le bâtiment s'est effondré, mais un professeur l'a aidé à sortir des décombres et elle est rentré chez elle pour trouver sa grand-mère et son petit frère morts tous les deux.
Ses parents sont morts en se rendant à son école.
"C'est le cas le plus difficile que j'ai eu à traiter en 30 ans. Voir la mort de ses proches est extrêmement cruel pour quelqu'un de jeune, a dit Zhao Guoqiu.
Les psychologues essaient toujours de gagner sa confiance afin de l'aider à exprimer son chagrin, mais elle s'enroule sur elle-même en pleurant et refuse de discuter de ces évènements lorsque le sujet est soulevé.
"Sa thérapie progresse très lentement comme elle évite la réalité", explique Zhao Guoqiu.
"Le désastre a projeté une immense ombre dans son esprit et elle ne peut pas sortir de cette ombre, elle pourrait développer un sérieux problème psychologique, ce qui pourrait ruiner son futur et même la mener à se suicider".
Les huit enfants du centre de l'assistance publique font partie des dizaines de milliers de personnes que l'on pense avoir été sérieusement traumatisé par la catastrophe naturelle.
Le tremblement de terre, qui a été ressentie dans de nombreuses parties du pays, a provoqué 28 881 morts à travers le pays. Dans le Sichuan seulement, le nombre de morts dépasse les 28 300, tandis que plus de 10 000 personnes sont toujours enterrés.
Dans le stade de Jiuzhou à Mianyang, où le Premier ministre Wen Jiaobao a rencontré Liu Xiaohua durant une visite le mardi 13 mai, Lu Jianguo, un psychologue de l'université de médecine de Chengdu, a pu constater que de nombreuses personnes avaient été sérieusement traumatisées.
"Presque la plupart des gens souffrent de dépression, d'anxiété, de remords, d'insomnies, de cauchemars et ressentaient des doutes sur eux-mêmes et de la colère", a confié Huang Guoping, directeur du centre d'intervention psychologique de l'hôpital numéro trois de Mianyang.
Environ 60% des gens seront guéris d'ici une année, mais le reste souffrira d'un traumatisme à vie, a dit Huang Guoping.
Le travail d'un psychologue, d'après Wu Huiqiong, chercheur au centre de recherche psychologique de l'université de Sun Yatsen à Guangzhou (Canton), est "d'encourager les patients à ouvrir leur coeur, et de les laisser exprimer leurs peines".
"Nous devons d'abord les accompagner pour gagner leur confiance, les laisser raconter leurs histoires et les aider à rétablir leur statut psychologique normal", a-t-elle dit.
Zhao Guoqiu explique que le meilleur moment pour une intervention psychologique est entre 24 et 72 heures après le désastre. "Plus c'est tard, plus c'est dur", d'après lui.
Après le tremblement de terre, le ministère de la santé a envoyé plus de 20 experts en psychologie.
Mais Zhao Guoqiu pense que leurs capacités sont limitées. Ce n'est pas seulement les enfants qui ont besoin d'un traitement psychologique, les adultes également. "
D'autres experts suggèrent que les sauveteurs pourraient avoir besoin d'un tel traitement également.
Les interventions post-psychologiques en Chine sont un récent phénomène. Après le typhon dévastateur 'Saomai' qui a tué au moins 460 personnes en 2006, une équipe de 32 docteurs et volontaires avaient été envoyés dans la zone la plus frappées dans la province du Zhejiang.
Mais le manque de spécialistes a empêché le développement d'une intervention psychologique, comme la Chine avec une population de 1,3 milliards de personnes, dénombre seulement 15 000 psychologues.
Source: le Quotidien du Peuple en ligne