La revue hebdomadaire américaine « Newsweek » a publié récemment un article signé qui indique que l'écart réel entre la Chine d'aujourd'hui et celle d'il y a trente années est en réalité beaucoup plus grand que ce qu'on voit et ce qu'on remarque actuellement. Bien que ce processus de développement soit jugé, examiné et pesé de façon générale avec des données solides, mais vu des critères fixés par l'humanité, le changement survenu est beaucoup plus surprenant, étonnant et extraordinaire. L'article intitulé « De l'époque de Mao Zedong jusqu'à aujourd'hui » comporte les points importants suivants :
Les zones économiques spéciales
Le 1er janvier 1979, l'occasion arrive enfin avec le rétablissement complet des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et la Chine. A cette époque-là, personne ne pouvait affirmer combien de temps allait durer la lune de miel des relations américano-chinoises, c'est pourquoi j'ai procédé dans l'immédiat à la demande de visa d'entrée en Chine. Le 20 février dans la soirée, d'ai dû faire de grands efforts pour traîner mes lourds bagages contenant les cadeaux que je pensais à offrir à de proches parents et j'ai monté sur le train 119 qui partait de Pékin (Beijing) pour le sud. Le compartiment de deuxième classe (couchette dure) était rempli de la fumée de cigarettes. Les autres passagers du train me dévisageaient et me fixaient de leurs yeux avec curiosité, ce qui me gênait énormément. Leurs bagages étaient contenus ou bien dans des valises de voyage bon marché ou bien dans des sacs confectionnés avec de la toile usée. Il faisait froid, mais certains d'entre eux ne portaient aux pieds que de vieux souliers en toile. Quelques uns me demandèrent de leur raconter des choses sur les Etats-Unis et puis tout le monde écoutèrent avec un grand intérêt ce que je leur racontais.
La distance totale entre Beijing et la ville de Suzhou, dans la Province du Jiangsu, est de 700 milles anglais (à peu près 1.126 kilomètres) et notre tyrain a parcouru cette distance en 21 heures. Cette année-là, mon frère âgé de 37 ans a déjà deux filles et toute sa famille vivait avec sa belle-mère. La maison était une pièce de forme carrée, laquelle était séparée au milieu avec une grande armoire qui la divisait en deux parties chacune de douze mètres carrés environ. Vu qu'il n'y avait pas de toilette dans la maison, on était obligé d'un pot de chambre pour se soulager. Mon frère pourvu du caractère d'un intellectuel parlait doucement et accentuait avec justesse et sobriété, mais il était optimiste de son caractère naturel. Il travaillait alors dans une usine de soierie et était souvent de service de nuit. Son salaire mensuel équivalait alors à 26 dollars US. Mais il pensait qu'il était assez favorisé et chanceux, car sa maison disposait d'un plancher en bois et d'un plafond, ainsi que d'une cour dans laquelle on pouvait élever des poulets. Son plus grand regret c'était que l'ensemble de sa collection de livres a disparu dans les années de la Grande Révolution culturelle.
A ce moment-là, Mao Zedong était déjà décédé et son successeur Deng Xiaoping émettait une force complètement différente. En été de l'année précédente, la direction du PCC (Parti communiste chinois) a invité les journalistes étrangers à assister à une cérémonie de pose de la première pierre dans un endroit limitrophe de Hong Kong, alors que justement j'étais un correspondant accrédité à ce territoire britannique. Cet endroit c'était Shenzhen qui était à cette époque-là un petit village de pêcheurs. On m'a dit que c'était Deng Xiaoping qui a choisi lui-même cet endroit pour en faire une zone d'essai pour la réalisation de son grand projet. Shenzhen devint par la suite une « zone économique spéciale » revêtant un caractère d'essai expérimental. Des journalistes occidentaux qui assistaient avec moi à la cérémonie de pose de première pierre jetaient des coups d'œil dédaigneux sur cet endroit pourvu de chemins couverts de boue. Nombreux parmi eux pensaient que ce projet était plutôt une plaisanterie, une blague. Pourtant, il a fallu seulement de trois décennies pour que ce petit village de pêcheurs devienne une grande métropole avec une population de plus de 12 millions d'habitants. Les chemins boueux ont disparu et on a construit à leur place de larges routes goudronnées ou asphaltées. Les petites maisons en bois sont devenues maintenant des rangées d'immeubles et de tours de bureaux.
Une telle grande transformation est survenue dans toutes les régions du pays peuplé de 1,3 milliards d'habitants. Le véritable écart entre trente ans auparavant et maintenant est en réalité beaucoup plus énorme que ce que nous voyons et constatons actuellement. Bien que ce processus de développement soit jugé, examiné et pesé de façon générale avec des données solides, mais vu des critères fixés par l'humanité, le changement survenu est beaucoup plus surprenant, étonnant et extraordinaire.
J'ai eu de la chance, car à partir du moment de mon voyage dans le train 119 à ce moment-là, le trajet parcouru par la Chine à cette époque-là était devenu en même temps mon propre trajet. L'année suivante de mon voyage à Suzhou, « Newsweek » m'engagea en tant que responsable de son bureau à Beijing. C'était alors la première représentation d'une revue américaine installée dans la capitale chinoise, ce qui m'a permis à partir de ce moment-là de voir et de constater de mes propres yeux cette transformation qui est et qui sera peut-être la plus grande, la plus rapide et la plus profonde de toute l'histoire de l'humanité. En ce qui concerne les nombreuses forces motrices qui ont contribué à l'émergence de la Chine avec une rapidité vertigineuse, il est impossible qu'on les résume sommairement. Mais, en observant ces forces qui apportèrent de grands changements dans la vie personnelle privée (par exemple pour moi ou pour Guangyuan), on peut quand même juger et apprécier leur influence et leur ampleur.
La réforme du marché
En 1980, mon bureau était installé dans un hôtel qui se trouve dans le quartier de Qianmen. Dès après que j'eusse terminé un article d'information, je me précipitais dehors, j'enfourchais ma bicyclette et je pédalais comme un four pour arriver le plus rapidement possible au Centre d'envoi de télégrammes. Il me fallait tout d'abord taper une nouvelle fois l'article avec une vieille machine de décodage, puis il me fallait apporter la bande perforée au comptoir qui se trouvait à l'autre extrémité de la grande salle et prier le préposé de faire ce qu'il devait faire : envoyer le télégramme. Pour m'assurer que tout se passe bien et qu'il ne se produisait pas d'imprévus, j'attendais toujours que mon message télégraphique fut envoyé en entier. Parfois, j'attendais assis sur un banc et je profitais de l'occasion pour faire un petit somme. Normalement, l'envoi de télégramme durait plusieurs heures, le temps nécessaire pour écrire mon article n'y étant pas compris naturellement.
Quelques mois après mon arrivée à Beijing, le marché public commençait à s'animer. J'interviewai alors certains habitants locaux et je remarquai que la dissolution des « communes populaires » en unité de travail forfaitaire familial apporta des changements qui désorientèrent la plupart d'entre eux. Dans une commune populaire de la Province de l'Anhui, les paysans ont non seulement reçu chacun un lopin de terre, ils ont en plus réparti et distribué les autres biens et propriétés de la commune.
Ce genre d'opportunités apporta lors au peuple chinois une grande espérance sans précédent et jamais vu dans le passé.
Epoque où les gens s'enrichissent
En 1192, profitant de son voyage d'inspection à Shenzhen et dans les autres zones économiques spéciales, Deng Xiaoping a donné de façon voilée à l'extérieur l'information suivante : oublier le passé et regarder vers l'avenir. Tout comme il insiste lui-même « On se couvre de gloire et d'honneur en s'enrichissant ».
On n'a pas besoin de mobiliser les millions et les millions de Chinois qui désirent et souhaitent ardemment s'enrichir. J'étais allé à Shenzhen en 1992 et j'ai remarqué que tout le monde s'intéressait et parlait du grand courant « xiahai » et un grand nombre de fonctionnaires et d'employés d'organisations d'Etat quittent leur poste pour aller travailler dans des entreprises non publiques ou pour créer leur propre entreprise commerciale privée.
Ce genre de changement a toujours continué à s'amplifier à un rythme accéléré. En 1995, lorsque je repassais par Chengdu, chef-lieu de la Province du Sichuan, tout était changé et je ne reconnaissais presque plus l'endroit. On ne voyait partout que des ballons multicolores et des panneaux de publicité. J'ai vu une sculpture jetant en avant les deux bras qui tenaient un panneau portant la phrase en anglais suivante « Persévérons dans la voie de la réforme et de l'ouverture ! ». A Lhassa, chef-lieu de la Région autonome du Tibet, On voyait tout autour de la grande place au pied du Palais Potala de nombreux salons de coiffure et des karaokés et j'ai entendu pour la première fois un ami tibétain me dire qu'il souhaite que ses enfants puissent apprendre le Putonghua (le chinois parlé commun standardisé sur la prononciation de Pékin et sur la base des dialectes du nord de la Chine), afin de pouvoir trouver plus facilement un bon emploi.
En voyant et en constatant les grands et profonds changements survenus dans l'économie de la partie continentale chinoise, les Taïwanais étaient enthousiasmés par les opportunités qui leur étaient ainsi offertes. En 1996, les investissements d'hommes d'affaires taïwanais en continent chinois a atteint au moins 24 milliards de dollars US, alors qu'on comptait seulement à Shanghai plusieurs dizaines de milliers de Taïwanais qui y habitaient.
Retour de Hong Kong au sein de la mère patrie
J'avais été très étonné en remarquant l'extrême rapidité de changement d'idées de mon père sur la Chine. En début de l'année 1997, lorsque que je lui disais qu'au premier juillet, je serais à Hong Kong pour faire du reportage sur le grand et important événement qu'était le retour à la Chine de Hong Kong, il était déjà très âgé et venait de subir une opération du cœur, mais il s'écria : « Je veux y aller aussi ! » Puis il expliqua qu'il voudrait assister personnellement à « ce grand moment que toute la population chinoise attendait avec impatience » et qu'il souhaita être le témoin oculaire du retour à la Chine de ce territoire abandonné aux Anglais par la dynastie des Qing qui était alors trop faible et incapable. Il me dit : « Dans mon enfance, mes parents me racontaient sans cesse l'histoire de la Guerre de l'Opium. C'était alors la plus grande humiliation de l'histoire de la Chine. Et c'était la raison pour laquelle nous haïssons l'Angleterre. » Il a évoqué le passé et a dit que dans les années 30 du 20ème siècle, il avait vu de ses propres yeux, dans la concession anglaise à Shanghai, des policiers anglais d'origine hindoue, portant un turban, frapper avec des gourdins des prostituées et mendiants chinois.
Mon père a pu réaliser en fin de compte son rêve, car il était allé à Hong Kong et accompagné d'un vieil ami il a assisté à la cérémonie de transfert de pouvoir de la Grande-Bretagne à la Chine. Je me rappelle que le Prince Charles avait le visage figé en prononçant son discours d'adieu et que la sueur lui coulait du front. J'ai remarqué également le contraste frappant et saisissant entre les trois soldats anglais vêtus de façon bigarrée, de taille inégale et qui marchaient à une cadence irrégulière et les gardes d'honneur chinois des trois armes à taille haute et droite, à uniforme tiré à quatre épingles et à gestes précis et cadencés. En voyant cela, tous les Chinois, dont mon père, éprouvèrent spontanément un sentiment de fierté nationale.
Retour en Chine des « Haigui » (Chinois rentrés au pays après de longues années passées à l'étranger)
Le 13 juillet 2001, les masses populaires inondèrent les rues de Beijing, alors que les feux d'artifice et les rayons laser éclairèrent le ciel nocturne au-dessus de la ville. Plus de deux cent mille personnes de tout âge affluèrent sur la Place Tian An Men. Les voitures avançaient à pas de tortue sur l'Avenue Chang'an et elles étaient remplies de jeunes criant à tue tête et agitant des drapeaux rouges : on venait d'apprendre que la Chine a obtenu le droit d'organisation des 29èmse Jeux Olympiques 2008 de Beijing. Tout le monde était transporté de joie en constatant que son pays était reconnu en tant que membre qualifié de la communauté internationale.
La Chine a justement besoin de cette occasion pour se faire connaître du monde. Elle profitera de cette occasion pour réaliser d'autres succès plus grands et plus remarquables : adhésion à l'Organisation mondiale du Commerce (OMC), envoi d'astronautes chinois dans l'espace, construction aux Trois Gorges du Yangtsé du plus grand barrage et réservoir du monde et sur le haut plateau du Qinghai-Tibet du chemin de fer le plus « élevé » du monde, ... etc. On peut dire qu'à un certain degré, l'ensemble du peuple chinois caresse le rêve de ressusciter la splendeur et la gloire passées du pays. Mais, en même temps, la Chine est consciente que le réveil d'un géant inquiète les autres pays.
A l'intérieur du pays, les gens du peuple osent maintenant à dire ce qu'ils pensent. Un an auparavant, le gouvernement chinois a annulé les anciennes stipulations restrictives à l'endroit des journalistes étrangers. Tu Mingde, un haut fonctionnaire du BOCOG (Comité d'organisation des Jeux Olympiques de Beijing), m'a affirmé : « Il est certain que la Chine deviendra de plus en plus ouverte, car il est impossible pour elle de revenir en arrière. ».
Ce qu'il m'a dit est peut-être vrai et exact. Lorsque je regarde par la fenêtre de ma cuisine, je vois parfaitement que tout le monde s'affaire à travailler pour construire leur avenir et pour améliorer leur vie future. Tous les matins, je constate de mes propres yeux les progrès continus enregistrés dans le projet de réalisation de la troisième phase des travaux du Centre international du Commerce, lequel sera la plus haute construction de Beijing. On voit tout près de lui l'édifice d'une architecture tout à fait inimaginable qui abritera le CCTV (Télévision centrale chinoise). Debout sur le balcon de mon appartement et en regardant vers l'ouest, je vois des parcs, des stations de métros et d'innombrables immeubles d'habitation de luxe qui ont remplacé les maisons sans étage basses et désordonnées.
La société chinoise change de jour en jour et fait des progrès constants tout comme l'aspect urbain des villes chinoises. Dans le passé, les étrangers comme moi (malgré que je suis un étranger d'origine chinoise) étaient considérés comme des extraterrestres. Aujourd'hui, les Occidentaux peuvent trouver en Chine toutes sortes d'emplois qui les intéressent et qui leur conviennent. Par exemple, un Américain est devenu prêtre à Shanghai et il préside le mariage des nouveau-mariés. Mais la réelle marque du profond changement survenu en Chine c'est le retour de l'Occident au pays d'un grand nombre de Chinois qui ont vécu de longues années à l'étranger, et surtout dans les pays occidentaux et on les appelle en Chine les « haigui ». Nombreux sont ceux qui s'inquiètent s'ils restent trop longtemps à l'étranger, ils pourraient laisser échapper leur meilleure chance de se développer en Chine. Le mari de ma nièce, qui a grandi à Pékin, a été frappé d'étonnement après son retour au pays. Il a dit : « J'ai passé plusieurs années aux Etats-Unis et maintenant quand je reviens, je ne comprend plus ce que disent mes amis. Ils parlent de la ‘plate-forme' commerciale qui est un terme inconnu pour moi. »
Mon père va avoir 91 ans bien sonnés en Noël 2007. Mais il insiste pour se rendre à Beijing pour assister aux jeux Olympiques. La fille de Guangyuan est une « haigui », sa famille habite maintenant à Beijing. Elle et son époux ont travaillé aux Etats-Unis durant plusieurs années où ils possèdent une grande et vaste habitation luxueuse de 3.000 mètres carrés. Leur ancienne maison de leur pays natal a été démolie et un trouve maintenant à sa place un centre commercial. Mais, ils disent qu'ils éprouvent tout de même une grande joie en rentrant au pays.
Source: le Quotidien du Peuple en ligne