100 chansons patriotiques/Edition du week-end/Notre site/Archives/

 
Français>>Vie SocialeMise à jour 29.12.2009 10h26
Beijing-Paris : la galère du locataire

Eugène Zagrebnov

La mission était en théorie très simple : louer un appartement à Beijing et un autre à Paris. Mais la réalisation ne fût pas aussi évidente qu'on le pense : dans chacun des deux pays on est confronté à des difficultés différentes...

Selon les informations parues récemment dans le journal Xijingbao, la ville de Beijing a été classée 3e en Asie par l'ordre des prix pour la location du logement. La capitale chinoise suit Tokyo et Hong-Kong dans le classement, et Shanghai, le noyau économique de la Chine, n'apparaît qu'en 5e position. L'immobilier à Beijing commence à coûter de plus en plus cher, ce qui force un nombre croissant de Chinois à opter pour la location. Si un mètre carré coûtait en moyenne 10403 yuans en janvier 2009 à Beijing, son prix a augmenté jusqu'à 16057 yuans en octobre, rapporte le journal chinois Financial News. C'est pourquoi au moins un tiers des habitants de la capitale chinoise sont obligés de considérer la location d'un appartement à long terme. Les étrangers qui travaillent à Beijing sont sans doute une autre catégorie de locataires, car la plupart d'entre eux ne s'y installent pas pour très longtemps.

J'ai loué mon premier appartement en Chine à Harbin (province de Heilongjiang) en 2007. C'était un grand studio standing de 45 m2 dans le district de Daoli, au centre de la ville, et il me coûtait 1600 yuans par mois avec 500 yuans que j'ai donné en guise de caution. Cela paraissait exorbitant à mes amis chinois qui payaient 750 yuans de location par mois pour un appartement plus grand dans une maison plus ancienne du district de Nangang, en périphérie de Harbin. Mais c'est l'arrivée à Beijing en septembre 2008 qui a changé mon avis sur l'ordre des prix de l'immobilier dans les grandes villes chinoises. Pour un appartement de 60 m2 dans une résidence récente (gongyu (公寓)en chinois) qui se trouve dans le district de Chaoyang à l'extérieur du 4e périphérique, il fallait compter plus de 3000 yuans en 2008. En revanche, si c'était un appartement à l'intérieur du 4e périphérique, dans la fameuse zone CBD (China Business District), cela coûterait de 4500 à 5000 yuans s'il s'agit d'un appartement récent. Ayant fait le tour de plusieurs résidences longeant le terminus de la Ligne 1 du métro pékinois (station Sihui), j'ai opté pour un appartement tout neuf dans un bâtiment qui venait d'être construit en août 2008.

J'étais le premier locataire de cet appartement, mais avec le loyer s'élevant à 3500 yuans par mois, j'ai dû tout de suite payer 10500 yuans au propriétaire et donner en plus une caution équivalant à un mois de loyer. En Chine, en signant un bail, on s'engage à payer généralement 3 mois de loyer à l'avance, c'est pourquoi 14000 yuans sont partis d'un coup de mon compte bancaire.

Malheureusement je n'ai pas pu rester dans cet appartement plus d'un an, la propriétaire voulant le vendre 12 mois après. Mes nouvelles recherches en octobre 2009 ont démontré que les prix de l'immobilier à Beijing n'ont pas vraiment baissé malgré la crise. Les appartements des immeubles qui se trouvent à proximité de la station de métro Sihui étaient proposés toujours pour plus de 3000 yuans par mois, avec certains qui faisaient 2500, mais possédaient des inconvénients : soit c'était le rez-de-chaussée, soit ils n'étaient pas refaits à neuf.

L'idée de louer un logement plus ancien m'a d'abord paru être une bonne idée. On proposait des appartements à l'intérieur du 3e périphérique dans des maisons à 5 étages construites dans les années 80 pour 1800-2300 yuans par mois. Mais après avoir visité quelques appartements j'ai compris la raison des loyers aussi bas. Ce sont des logements qui n'ont pas été rénovés, et certains sont dans un état de délabrement avancé. Le chauffage central y est quasi-inexistant et les sanitaires ont été rajoutés après la construction. J'ai arrêté de chercher dans un budget en-dessous de 2500 yuans après qu'une agence immobilière m'a fait visiter un appartement rue de Chaoyang, dont la vue donnait sur la tour brûlée du Mandarin Oriental Hotel, l'hôtel du nouveau site de la CCTV qui a brûlé à cause d'un incendie l'hiver dernier. La maison sera bientôt démolie, m'a-t-on expliqué pendant que je regardais les murs imprégnés de crasse. Mais comme l'hiver approche, et on démolit les maisons en été en Chine, on peut y vivre pendant quelque temps. L'immeuble de 12 étages était presque vide, seuls quelques retraités n'étaient pas encore partis, m'a annoncé fièrement l'agent immobilier. 2300 yuans pour un appartement près du 3e périphérique dans une maison qui va être bientôt démolie, c'est à prendre ou à laisser...

Autre type de logement qui m'a été proposé par les agences immobilières de Beijing : des chambres séparées dans un grand appartement. C'étaient surtout des maisons dans le quartier de Hujialou et de Tuanjiehu du district de Chaoyang, datant des années 90. Ces sections étaient composées d'une chambre, parfois avec un balcon et un lavabo. La cuisine et les toilettes étaient en commun. L'agent immobilier s'impatientait, observant que je n'arrive pas à me décider et a refusé d'une façon catégorique de revenir le soir avec moi pour que je voie si les voisins sont bruyants. La chambre sera louée d'ici ce soir, m'a-t-il déclaré. Ces sections sont louées pour 1800-1900 yuans par mois.

J'ai finalement dû faire appel au wuye (物业), le syndic dans ma résidence. Ils m'ont trouvé un appartement de 53 m2 dans l'un des bâtiments voisins pour 3400 yuans. Encore une fois, 4 mois de loyer sont partis de mon compte pour payer le loyer et la caution.

Si en Chine, pour les logements, l'offre dépasse généralement la demande, en France c'est le contraire. Et cette pénurie de logements à louer a été créée artificiellement. Selon une association parisienne de lutte pour le droit au logement qui s'appelle « Jeudi noir », il y a 122000 logements vides à Paris, et c'est grâce à cette pénurie artificielle que les prix de l'immobilier louable ont augmenté de 30 % ces 10 dernières années. Par ailleurs, le prix immobilier moyen à Paris était de 6151 euros le mètre carré au 1 juillet 2009, ce qui peut donner une vague idée des prix à la location.

Pour louer un appartement en France, il faut présenter trois derniers bulletins de salaire, ou le cas échéant, de trouver quelqu'un qui se porte garant pour le locataire. Le propriétaire choisit ensuite le locataire avec le meilleur «dossier» pour éviter d'avoir affaire à quelqu'un, qui ne peut pas payer son loyer. Cela se pratique pour une raison simple : si vous n'avez pas de quoi payer votre loyer en France, on ne peut pas vous mettre à la rue tout de suite.

L'idée de trouver un appartement neuf de la même surface que celui que je loue à Beijing m'a amené devant un immeuble récent du 17e arrondissement de Paris. Un T1 (appartement à une pièce) coute 1700 euros (près de 17000 yuans) par mois et l'agence qui me le propose prend 1500 euros de frais. Légèrement découragé par les prix parisiens, je me décide quand-même de « déposer ma candidature». Mais le tour n'est pas joué : le propriétaire prend quelques jours pour regarder les dossiers des « candidats » à la location. Je suis étonné par l'appel de l'agence le lendemain, qui me fait part de la volonté du propriétaire de l'appartement : étant donné que je n'ai pas de revenus stables en France, il voudrait que je bloque sur mon compte bancaire l'équivalant d'un an de loyer en guise de garantie, à savoir 20400 euros. J'essaie de négocier, en baissant ce chiffre à 6 mois de loyer (10200 euros). Lorsque j'arrive à la banque, l'agence me rappelle et me dit que ma candidature n'a pas été retenue : l'appartement a été loué par quelqu'un d'autre.

L'approche des fêtes de fin d'année rend l'activité des agences immobilières parisiennes quelque peu inerte. Désespéré de trouver un appartement pour début janvier dans le but de travailler tranquillement dans les archives, j'ai été forcé de faire les petites annonces du journal « De particulier à particulier », qui sort tous les jeudis. Après la visite de l'appartement, je retrouvais toujours le même système : « dépôt de dossier » et la «réponse sous quelques jours ». Toujours négative pour moi. Une employée de l'agence Logic Immo avec laquelle j'ai pris contact car j'ai beaucoup aimé l'appartement près du jardin de Luxembourg pour 540 euros par mois, m'a dit de ne pas me dépêcher. Et l'argument que c'est un ami à moi qui loue cet appartement en ce moment n'a pas été suffisamment convainquant pour que l'agence accepte de me le louer. « Attendez quelques jours», - m'a dit la dame, « Vous n'étiez pas le seul à avoir vu cet appartement ».

J'ai finalement bien fait d'appeler le propriétaire qui m'a loué un appartement dans le 12e arrondissement de Paris il y a 10 ans. Coup de chance, il avait un locataire qui partait et il m'a reloué donc l'appartement de 20 m² dans lequel j'habitais lorsque j'étais étudiant. Ce studio qui me revenait à 2500 francs (près de 385 euros) par mois en 1998, m'a été loué à partir de janvier 2010 pour 500 euros, avec une caution du même montant. Moins cher que tout ce que j'avais vu jusqu'à présent à Paris, mais 23% plus cher qu'il y a 10 ans.

Mon père m'a toujours dit que tous les problèmes qui peuvent être résolus avec l'argent ne sont pas de véritables problèmes. C'est ce que j'essaie de me dire maintenant pour me consoler. Quoi qu'il en soit, l'essentiel – c'est d'avoir un toit sous la tête. Et combien connaissez-vous de gens qui ont la chance d'avoir deux maisons - une à Beijing et une autre à Paris ?

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

Commentaire
Je dois avouer que l"histoire de l"appart à Beijing ne m"étonne pas du tout...
Nom d'utilisateur Anonyme  
  
  
  
Publication de six livres d'un ancien ambassadeur de Chine en France
Excuses de Google aux écrivains chinois
La Taxe carbone critiquée en tant qu' « impérialisme écologique »
La Chine apporte encore plus d'opportunités au monde
Il est important pour les commerçants chinois en France d'observer la loi et de ne pas commettre d'infractions aux règlements
La France commence à envisager sérieusement la réalité chinoise
Le monde 2009 aux yeux des Chinois