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Français>>Vie SocialeMise à jour 27.04.2011 14h27
Sauver des chiens... et si le camion avait transporté des cochons ou des tigres ?

On dit que la vérité est parfois odieuse. Une chose est certaine : les êtres humains, car Dame Nature le veut, ont besoin de viande pour se nourrir, ce qui les conduit à chasser et à tuer des animaux qui sont, hélas pour eux, des éléments de notre chaîne alimentaire. Dans un monde qui se pique d'humanité et de manières raffinées, voilà un fait vraiment dur à avaler, si l'on peut dire, pour les vertueux.

La roue de la civilisation ne cessant de tracer son chemin, de plus en plus de personnes se montrent réticentes à manger des êtres vivants jugés dignes d'intérêt, certains se tournant même vers le végétarianisme après avoir répondu à l'appel de plus en plus pressant de leur sens moral. Et dans certains cas même, cette compassion qui vient du fond du coeur est si forte qu'elle les pousse à se livrer à des actions de protection dans des situations les plus inattendues.

Les actions de défenseurs fervents des chiens qui ont ainsi récemment intercepté un camion transportant quelque 400 chiens condamnés à la casserole sur l'autoroute Beijing-Harbin a suscité des débats publics passionnés. Car d'un côté, cet incident était constitutif d'un effort noble visant à sauver la vie de malheureuses créatures vouées à finir sur dans nos assiettes, mais de l'autre côté, cette action était aussi une violation flagrante des règles de la circulation sur autoroute qui aurait pu causer de graves problèmes aux autres véhicules. Je pose donc la question : cette intervention était-elle justifiée ?

Comme pour des arguments similaires, où aucune opinion ne semble suffisamment convaincante pour effacer l'autre et arriver à une conclusion définitive, j'aimerais demander ceci : et si le camion avait transporté des tigres à la place des chiens ? Comment auraient réagi les gens alors ?

Je suis convaincu que dans ce cas la moitié des jugements négatifs auraient disparu... d'abord parce que les tigres sont des animaux protégés par la loi, du fait de leur rôle dans le maintien de l'équilibre écologique. Qui plus est, ils n'ont jamais été des animaux de consommation courante. Et par conséquent, contrecarrer les noirs desseins de trafiquants de tigres n'irait à l'encontre des intérêts de personne et cela serait une excuse toute trouvée à la perturbation de la circulation sur l'autoroute.

Mais les chiens n'ont pas cette chance. S'il y a controverse ici, c'est parce que cet animal figure depuis longtemps au menu de plusieurs cultures, dont la Chine. Et bien que voir tuer des chiens soit une chose obscène, intercepter un camion n'est pas pour autant la meilleure façon d'empêcher que cela arrive. D'abord, nous devons distinguer de quels chiens nous parlons. Les chiens de compagnie sont les « meilleurs amis de l'homme », aussi il est bien sûr répréhensible de vouloir les utiliser à des fins culinaires. Mais alors, quid de ces chiens élevés pour finir sur les tables ? N'est-ce pas hypocrite de notre part de se lever contre l'élevage des chiens à des fins alimentaires et dans le même temps fermer les yeux sur le nombre infini de cochons, de canards et de poulets qui sont tués ?

La racine de ce dilemme est la protection sans distinction des animaux faisant fi de l'instinct humain. Ce serait comme interdire à la minorité Dai de célébrer sa fête annuelle de l'aspersion d'eau sous prétexte de faire des économies d'eau. Car quand on y songe, vouloir imposer aux gens de suivre un régime sans viande parait incongru face aux coutumes sociales et risque fort peu d'avoir des résultats réels.

Deuxièmement, vouloir réellement éradiquer cette pratique exige de promouvoir une culture où les gens se sentent éthiquement obligés de refuser la viande de chien. Demander aux gens de ne plus manger de dinde froide demanderait aussi de l'éducation et des remontrances systématiques. Les défenseurs des droits des animaux doivent appliquer leur passion au changement du mode de consommation moderne et à la maîtrise volontaire par les gens de leurs pulsions alimentaires largement carnivores.

Personnellement, j'espère qu'un jour viendra où les hommes pourront prospérer sans cela ne coûte rien aux animaux. Mais jusqu'à ce que ce jour arrive, je suggère que nous priions avant de manger, comme le font certains occidentaux. Cela pourrait peut-être instiller un certain sens de l'appréciation dans notre nourriture, nous aider à mieux cerner notre culpabilité morale et nous alerter sur ce sacrifice, afin que nous puissions continuer à renoncer petit à petit à la viande.

Au fait, des articles parus ultérieurement ont laissé penser qu'un seul des animaux présents dans le camion était un animal de compagnie volé, et que le chauffeur disposait de tous les certificats de quarantaine valides. Ce qui fait que les sauveteurs devraient peut-être y réfléchir à deux fois avant de passer à l'acte la prochaine fois. Et de toute façon une chose est sûre : cette opération ne fera pas grand chose pour résoudre le problème de la viande de chien.






Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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