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Français>>Vie SocialeMise à jour 15.05.2012 13h32
Une année sabbatique, un monde de différence
Mao Hexin à Hanoi, au Vietnam en juin 2011

La pratique consistant à faire une pause entre les différentes étapes de sa vie pour voyager, faire du bénévolat ou un séjour de travail prend racine en Chine, a rapporté Tang Yue à Beijing.

Avec un diplôme en sciences actuarielles, la vie d'Anxin pourrait avoir suivi son cours prévisible depuis l'obtention de son diplôme l'an dernier : décrocher un poste dans une banque ou une compagnie d'assurance, beaucoup de chiffres et de graphiques et un beau salaire.

Ou, comme un tiers de ses camarades de classe, elle aurait pu aussi continuer ses études aux États-Unis ou en Grande-Bretagne dans l'espoir de trouver un bon emploi et un salaire élevé.

Cependant, alors que la plupart de ses camarades de classe sont devenues des habituées du « 9 à 5 » ou poursuivent leurs études vers un master, cette jeune fille de 23 ans a choisi un chemin beaucoup moins fréquenté et s'est portée volontaire pour travailler à l'étranger.

A Kolkata, en Inde, elle a pris soin d'hommes gravement malades à Kalighat, un hospice pour les malades, les indigents et les mourants, créé par Mère Teresa. Et à la Fondation Père Ray à Pattaya, en Thaïlande, elle a enseigné l'anglais à des enfants touchés par la pauvreté et travaillé avec des enfants autistes.

Ce qui a conduit à son voyage d'un an a été une « année sabbatique », un terme qu'elle a appris d'un ami allemand en 2010 lors d'un programme d'échange à la State University de San Diego, aux Etats-Unis. Cette pratique, probablement née au Royaume-Uni dans les années 1960, concerne principalement des étudiants, qui voyagent en s'engageant dans un travail volontaire à l'étranger ou entreprennent un séjour de travail à l'étranger.

« J'ai trouvé l'idée très intéressante. Je pensais 'beaucoup d'Européens le font, alors pourquoi pas moi ?' », A déclaré Anxin, dont le vrai nom est Zhou Jing, mais qui préfère se faire appeler par le nom qu'elle utilise dans la blogosphère des « sabbatiques ».

Bien établie en Occident, l'idée du congé sabbatique a été introduite en Chine il y a quelques années seulement. Cependant, elle devient de plus en plus populaire parmi les jeunes qui essaient d'en apprendre davantage sur le monde en général et sur eux-mêmes en particulier après 16 ans d'enseignement orienté vers les examens, avant d'entrer dans une société en pleine mutation où l'on insiste chaque jour davantage sur la vitesse.

Anxin, qui est originaire de la Municipalité de Chongqing, dans le Sud-Ouest de la Chine, a dit qu'elle a choisi la spécialité des sciences actuarielles parce que son père a étudié les mathématiques. Même si elle fait preuve de talent, elle n'est pas vraiment intéressée par le sujet. « Je n'avais pas envie de faire une chose pour laquelle je n'ai aucune passion. Je me suis sentie confuse et perdue. Je voulais en savoir plus sur moi-même, sur la route », a-t-elle dit récemment, lors d'un partage de ses expériences avec près de 150 étudiants à Beijing.

Toutefois, elle a admis que ce ne fut pas facile de faire passer l'idée auprès de ses parents : « Mon père m'a dit, 'Tu n'es pas folle ? Aujourd'hui ce n'est pas facile de trouver un bon emploi, et pourtant tu veux faire du volontariat à l'étranger ?' ».
« Et quand je lui ai dit que Pattaya était une de mes destinations, il m'a demandé, 'N'est-ce pas cet endroit célèbre pour son industrie du sexe ?' ».

Toutefois, déterminée, elle a su rassurer et convaincre sa famille en présentant un plan solide. Elle a également traduit la présentation de toutes les ONG où elle allait travailler pour que les membres de sa famille puissent en savoir sur les organisations par eux-mêmes.

Pas seulement pour le plaisir

Zheng Kaifeng, 32 ans, était jaloux de la jeune génération. Il n'avait pas entendu parler de l'année sabbatique jusqu'en 2007, puis sa femme a attendu un bébé. « Si j'avais connu cette idée à l'université, j'aurais certainement pris une année sabbatique », a déclaré cet adepte du voyage indépendant qui a acquis une notoriété en ligne via un site populaire de réseautage social du nom de Douban, et qui a également écrit un livre intitulé « La salle de classe du voyage indépendant à l'étranger ».

« J'ai rencontré beaucoup d'étrangers en voyage. Les étudiants chinois portent un fardeau plus lourd que leurs homologues étrangers. Ils ne pensent qu'à trouver un emploi bien rémunéré, pour acheter une maison, se marier et avoir un enfant », a déclaré ce programmeur informatique. « Les fortes attentes de la famille et de la société signifient que vous ne pouvez pas vous permettre de faire une pause et de réfléchir au genre de vie que vous voulez vraiment ».

En Occident, le terme « année sabbatique » se réfère généralement à une période antérieure à l'université ou immédiatement après, mais, en Chine, la définition actuelle est légèrement différente. Beaucoup de gens qui, comme Zheng Kaifeng, n'avaient pas entendu parler de l'année sabbatique lors de leurs études ou n'avaient pas la capacité financière, ont choisi de rattrapper cette leçon manquée après avoir travaillé pendant quelques années.

Badao est l'une de ceux qui ont pris une année sabbatique avec retard. Après avoir travaillé comme coordonnatrice de production de films pendant trois ans, elle est partie en Nouvelle-Zélande à la fin de 2010 avec un visa vacances-travail. « J'ai connu les vacances de travail auprès d'un ami malaisien et posé ma candidature en 2009. Peu de gens étaient au courant à l'époque, donc c'était assez facile. Mais depuis lors, c'est devenu beaucoup plus difficile d'obtenir une place », a-t-elle dit, se référant au visa programme qui a démarré à la fin de 2008 avec un contingent annuel de 1 000 personnes.

La Nouvelle-Zélande est devenue une destination populaire auprès des « sabbatiques » chinois, parce que c'est le seul pays qui offre un visa de travail aux résidents de la partie continentale de la Chine. « Les paysages de la Nouvelle-Zélande étaient vraiment magnifiques, mais je n'ai pas seulement voyagé pour les curiosités touristiques. Vous devez travailler très dur et cela peut être vraiment exigeant », a déclaré cette jeune femme de 28 ans.

Elle a été employée dans les usines de conditionnement de fraises, de pommes et de kiwis, travaillant jusqu'à 14 heures par jour pour gagner assez d'argent pour assurer ses voyages ultérieurs. « Pour la première fois, j'ai su ce que c'est d'être une fille à l'usine. C'était vraiment pénible et pas du tout intéressant », admet-elle.

Les leçons qu'elle a apprises lors de son année sabbatique ont beaucoup aidé Badao quand elle est revenue à Beijing. Elle a découvert que beaucoup de ses amis avaient vu leur vie changer. Certains avaient été promus, tandis que d'autres s'étaient mariés. « Parfois, je me demandais, était-ce bien la peine de prendre cette année sabattique ? », a-t-elle dit.

« Mais ensuite, je me suis trouvé tout à fait à l'aise avec cette idée. Après une année à travailler, à voyager et à penser, j'ai compris que nos besoins réels étaient très simples. Le succès, ce n'est pas de gagner de l'argent et de parvenir à une position élevée ; .. Mais de pouvoir faire ce que vous voulez et vivre une vie saine ».

« Soyez le changement vous-même »

L'année sabbatique et les vacances de travail sont encore des concepts relativement nouveaux en Chine, ce qui fait que beaucoup de gens ont tendance à idéaliser ces concepts avant de partir, selon Wu Fei, qui a également passé un an en Nouvelle-Zélande.

« Il y a eu du plaisir, de l'aventure, des gens intéressants, mais il y a également eu des difficultés et des défis : trouver un emploi, le choc culturel, des expériences inattendues », a déclaré Wu, qui a écrit un livre intitulé « Vacances de Travail » après son retour à Shanghai l'année dernière.

« Je sais que certaines agences de voyages demandent pas moins de 200 000 Yuans (32 000 Dollars US) pour une étude d'un an et un plan de voyage pour une année sabbatique, c'est ridicule », a déclaré Mao Hexin, co-fondateur de Freegapper.com, premier site chinois dédié à l'année sabbatique.
Après avoir obtenu son diplôme l'été dernier, Mao a passé plus de trois mois au Vietnam, au Cambodge, en Thaïlande et au Laos, parcourant près de 5 000 km.

« Pour moi, une année sabbatique ne doit pas nécessairement être une année entière, cela peut être quelques mois ou quelques années, ce n'est pas un voyage de luxe ou une évasion du monde réel. Ca ressemble plus à une expédition dans laquelle vous en apprenez sur vous-même », a-t-il dit.
« Vous ne devez pas vous attendre à un monde différent quand vous revenez. Au lieu de cela, c'est vous qui devez 'être le changement' ».

Anxin en convient. Avant, elle ne pouvait pas supporter de regarder les mendiants handicapés dans les rues, et pourtant, à l'hospice en Inde, elle a pris soin d'un homme qui avait été si gravement brûlé que « la seule chose distincte de son visage était sa bouche ».

De même, les enfants autistes, avec qui elle a travaillé en Thaïlande, pouvaient aussi être difficiles - ils jouaient joyeusement avec elle pendant un certain temps avant, tout à coup, de la gifler et de lui tirer les cheveux.

« J'ai été choquée et même blessée, mais ensuite j'ai réfléchi », dit-elle. « Vous pouvez faire une distinction entre sympathie et empathie, après avoir appris ce qu'ils ont vécu ». L'expérience a été une révélation, elle a maintenant décidé de devenir psychothérapeute pour aider les enfants nécessiteux et les personnes âgées.

Anxin dans un orphelinat de Pattaya, en Thaïlande, en mars.
Badao trat une vache à Wellsford, en Nouvelle-Zélande, en Juin 2010.
Wu Fei cueille des kiwis dans un verger à Opotiki, en Nouvelle-Zélande, en mai 2010.

Source: xinhua

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