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Français>>Vie SocialeMise à jour 03.08.2012 15h47
Pourquoi je déteste les Jeux Olympiques...

Nous y voilà, nous sommes en plein dedans, et comme de bien entendu, il est de bon ton de s'extasier sur la cérémonie d'ouverture, d'admirer les performances des athlètes -surtout ceux de son pays, bien sûr- et de se tenir au courant du moindre petit ragot, en attendant, qui sait, un bon gros scandale sans lequel il n'y aurait pas de Jeux Olympiques dignes de ce nom -mais si, même vous, là, fana du sport-sur-canapé-avec-une-bière-à-la-main, même vous... osez dire que ce n'est pas vrai ! Bref, une quinzaine de jours d'extase mondiale, et qui, chaque jour qui passe nous rapprochant de la fin de cette grand-messe, fait qu'on commence déjà à avoir de la nostalgie et qu'on se dit « il va encore falloir attendre quatre ans ! ». La joie universelle, vous dis-je, pas une personne, autour de vous ou à la télévision, qui ne communie sur cet évènement extraordinaire, pas un qui oserait -le faquin !- à part certaines petites critiques sur le coût de la chose, dire que, non merci bien, mais je ne mange pas de ce pain-là. A croire qu'on vit l'espace de deux semaines dans un monde idéal où règnerait la fraternité entre les hommes, que les JO symbolisent -ou plutôt symboliseraient. Et tout le monde ou presque de regarder ce grand barnum multicolore avec des yeux de Bisounours, sans essayer de réfléchir un peu.

Eh bien moi, j'ose ! Je déteste les JO, je ne vais pas me priver de dire pourquoi, et tant pis si ça en fâche certains, tant pis si je passe pour un rabat-joie. Pour ne pas avoir l'air complètement négatif, je reconnaitrai toutefois volontiers que les JO témoignent tout de même d'une avancée certaine de la position de la femme -quoique la récente histoire de la judokate saoudienne qui a reçu l'autorisation de combattre voilée, au mépris des règles de son sport témoigne d'un recul inquiétant- puisqu'on voit la gent féminine dans presque tous les sports, même les moins gracieux, même ceux qui rendent le moins hommage à leur beauté -ceux qui ont suivi une compétition d'althérophilie féminine ne me contrediront pas. Mais c'est tout de même, dirai-je en exagérant un peu, représentatif d'un certain progrès, puisque la femme, qui sait si bien nous montrer en de nombreuses occasions qu'elle est souvent plus fine, plus intelligente et plus courageuse que l'homme, nous montre ce faisant qu'elle peut parfois être aussi bête que le mâle en essayant, comme lui, à jouer à celui -ou celle plutôt- qui fait mieux que sa copine... quelle puérilité, quelle vanité, entre nous, de vouloir montrer qu'on est le plus fort. A quoi ça sert, quand on y réfléchit un peu ? A ce sujet, je songe souvent au grand Confucius, qui disait à peu près -ça dépend des traductions...- « Au tir à l'arc, quelle vanité de vouloir atteindre le centre de la cible ; il y en aura toujours de plus forts que toi. Ce qui compte, c'est la rectitude du geste ». Il avait tout compris, mais n'est pas Confucius qui veut... Ce que le Maître nous dit, c'est que vouloir à tout prix faire mieux que l'autre est vain, et que ce qui compte c'est de faire les choses comme il faut. Pas vraiment dans l'esprit de ce grand cirque sportif, dont chacun connaît la devise, d'une insolente prétention « plus vite, plus haut, plus fort » ou dans sa version originale -en latin, hein, on a beau être des sportifs, on veut montrer qu'on a des lettres- « Citius, Altius, Fortius ». Je vous laisse choisir qui, de Coubertin, qui a proposé cette devise, ou de Confucius a le plus raison... soit dit en passant, je me demande bien ce que les mânes du Marquis penseraient à la vue de toutes ces femmes, lui qui avait affirmé sans sourciller que « Le véritable héros olympique est à mes yeux l'adulte mâle individuel (…) Une olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte. Les JO doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devait être avant tout -comme dans les concours antiques- de couronner les vainqueurs ». Sans commentaires…

Certains -beaucoup en fait- et Coubertin le premier, estiment que ces jeux sont une occasion de rapprocher les peuples et d'encourager l'amitié entre eux. Vraiment ? Ah, c'est sûr, la cérémonie d'ouverture, la compétition dans un bon esprit, les poignées de main échangées entre vainqueurs et vaincus pourraient nous le faire croire. Mais... mais quoi ? La vérité est que les Jeux Olympiques sont une manifestation éminement politique, trop souvent exploitée par certains pays pour y glaner quelque prestige, aussi vain que fugace, ou pour faire oublier un temps les difficultés intérieures -moderne incarnation du vieil adage romain « panem et circenses », du pain et des jeux- et que, au delà du classement pour savoir qui a décroché le plus de breloques, c'est une des manifestations de nationalisme les plus effrayantes, les plus écoeurantes que je connaisse. La moindre de ces rondelles en toc est l'occasion pour le pays qui l'obtient de glorifier la patrie, les qualités de ses représentants, forcément plus forts et meilleurs que les voisins d'à côté. Ce n'est qu'hymnes nationaux, drapeaux nationaux, régionaux même parfois.

Nous sommes tous des femmes et des hommes, quelle que soit notre couleur, notre langue, nos croyances, notre culture. Nous sommes tous des filles et des fils de la même terre, ne l'oublions pas. Pour moi, les Jeux Olympiques sont une continuation de la guerre par d'autres moyens -pacifiques fort heureusement- car ce genre de manifestation encourage plus les peuples à se diviser qu'à se rapprocher, en exaltant des valeurs contraires à l'amitié entre les peuples, même si c'est pour un court espace de temps. Regardez, et réfléchissez un peu... quitte à voir des pays, comme j'aimerais y voir, par exemple, une seule délégation chinoise, avec les représentants du Continent et de Taiwan, filles et fils d'une même patrie, arriver main dans la main. Puisque les Jeux Olympiques ne sont pas amenés à disparaître de sitôt, rêvons que cela arrive un jour.

Je n'aime pas le sport, c'est un fait, mais ce pas ce qui explique mon dégoût pour les jeux, vous l'aurez compris. Et à supposer que j'aime le sport, ce que j'apprécierais, c'est plutôt l'effort de l'athlète, qui essaie de se dépasser lui-même, et pas nécessairement de battre son adversaire, donnant lieu à des manifestations nationalistes que ne justifient pas ce genre de performances. Quitte à faire des jeux, alors qu'ils soient sans drapeaux, que tous les athlètes du monde rivalisent entre eux sans tenir compte des drapeaux, des nationalités, en soeurs et en frères, vraiment main dans la main, sans chercher à tout prix à triompher de l'autre. Je rêve sans doute, me direz-vous... Et alors ? La vraie fraternité entre tous les peuples de cette terre, au-delà des frontières, n'est-ce pas le plus beau des rêves ? Ce jour-là, si jamais il arrive, vous pouvez être sûr que je ne dirai plus « je déteste les Jeux Olympiques ». Promis.



An Zhiyuan

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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