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Français>>Vie SocialeMise à jour 16.08.2012 12h52
Emeutes en France : après Amiens, où ?
GUILLAUME CLEMENT, LE COURRIER PICARD/Maxppp

Les récentes émeutes qui ont secoué certains quartiers de la ville d'Amiens, ont fait la une des journaux en France, mais aussi à l'étranger, et même jusqu'ici, en Chine. Un honneur dont se serait volontiers passée cette ville du Nord de la France, plus connue pour sa magnifique cathédrale et ses canaux, entre autres. Mais c'est aussi une ville universitaire, où de nombreux jeunes Chinois étudient, ce qui explique aussi en partie pourquoi on en parle ici. Comme souvent, parce que Amiens n'est pas la première ville où a lieu ce genre d'incidents –ni sans doute la dernière hélas- tout est parti d'un banal contrôle routier par la police, qui a provoqué un attroupement hostile qui a contraint les forces de l'ordre à recourir à des moyens énergiques pour se dégager. Puis les forces de l'ordre ont ensuite été agressées par des jets de projectiles et même des tirs d'armes légères, et de nombreux bâtiments et voitures ont été brûlés. En France, il serait exagéré de dire que les gens ont été étonnés, surpris, tant ce genre d'évènements regrettables est récurrent et prévisible. La zone d'Amiens où ont eu lieu ces échauffourées était depuis longtemps classée comme zone sensible. C'est plutôt la violence extrême –seize blessés chez les forces de l'ordre- et l'étendue des dégâts qui ont frappé, ici comme à l'étranger.

On peut se demander pourquoi ce déchaînement de violence et aussi se demander s'il y a une solution. Pourquoi ? Les relations entre la police et les jeunes sont, en France, souvent difficiles, et cela n'est pas un fait nouveau. Et bien entendu tous les clichés y passent, des jeunes qui se comportent comme des voyous aux policiers qui ne les respectent pas, on a tout entendu. Il ne m'appartient pas de trancher et de dire si cela est vrai ou pas, il n'en reste pas moins qu'il y a, cela ne fait aucun doute, des jeunes dont le comportement est plus que répréhensible et des policiers, dont la tâche n'est pas facile, qui ne sont sans doute pas exempts de tout reproche non plus. Mais il ne faudrait pas pour autant généraliser ; la généralisation n'apporte rien de bon et elle ne sert le plus souvent qu'à masquer l'ignorance et l'impuissance. Il y a tout de même une constante dans ces émeutes, à Amiens comme ailleurs : la présence d'un cocktail explosif de chômage élevé, de pauvreté croissante, d'exclusion et de forte proportion de population d'origine étrangère. La vérité n'est parfois pas facile à dire, mais c'est un fait. Ce n'est jamais dans les « beaux quartiers » qu'arrivent ce genre d'incidents. Et quand je parle de ces personnes, je dis bien « d'origine », car la plupart de ces jeunes sont nés et ont grandi en France, et ne connaissent le plus souvent pas le pays d'origine de leurs ancêtres, ni même parfois pas la langue de leurs ancêtres. Souvent considérés comme étrangers dans le pays d'origine de leurs famille, leur « francitude » si je peux m'exprimer ainsi, est aussi souvent contestée en France. D'où un manque de repères extrêmement dangereux et destructeur. Et quand on sait aussi -c'est scandaleux et illégal, mais plus courant qu'on ne le pense- que pour trouver un logement et un travail, il vaut mieux s'appeler François ou Jean-Marc que Mamadou ou Mohammed, et qu'il vaut mieux habiter -oui, en France, le lieu où vous habitez peut avoir une influence sur votre recherche d'emploi aussi- Neuilly-sur-Seine que La Courneuve, on aura compris l'ampleur du problème.

Depuis des années, les gouvernements successifs sont conscients du problème, mais aucun, et en cela droite ou gauche se confondent dans l'échec, n'a encore trouvé la solution, à supposer qu'il y en ait une d'ailleurs. Entre les termes violents de l'ancien président Sarkozy, qui parlait de nettoyer la « racaille » au Kärcher et les positions parfois angéliques d'une certaine partie de la gauche qui en arrive presque à trouver des excuses aux fauteurs de troubles, voire, comme on l'a entendu récemment de la part de l'actuel Ministre de la Justice, tient des propos que d'aucuns considèrent comme un quasi-encouragement à la délinquance, les Français, consternés -mais pas si étonnés que cela, je le répète- parce qu'ils ont une fois de plus vu, s'interrogent légitimement à nouveau sur la capacité de leurs politiques à trouver une solution à un de ces problèmes qui gangrènent leur pays. Et cela n'est pas anodin, car plus le traitement -je n'ose pas dire la solution- tardera, plus le problème s'aggravera, plus cela alimentera les extrêmes, et plus on risque même, il y a de quoi frémir rien que d'y penser, qu'un jour ce soit les gens eux-mêmes qui fassent la « police » et la « justice ». le risque est bien réel, et ceux qui ont été au pouvoir, qui y sont ou qui y seront en porteront alors l'écrasante responsabilité devant l'histoire. Reconnaissons à leur décharge que la tâche est immensément compliquée, car résoudre ces problèmes demande beaucoup d'énergie et de moyens, en hommes, en argent, en emplois -tout ce dont la France manque cruellement en ce moment- face à des gens qui se sentent trop souvent oubliés par la République, et qui en arrivent à commettre des actes impardonnables que l'on ne saurait que condamner. Brûler une école et des équipements sportifs, en plus de nombreuses voitures, le symbole est fort, il n'est pas anodin. Mais il est à craindre, tant le nombre de ces foyers de tension est grand en France, que les évènements d'Amiens se répètent tôt ou tard ailleurs. Loin de moi l'idée de vouloir jouer les Cassandre, et j'aimerais mieux me tromper. Mais il est hélas à craindre que cet article ne puisse d'ici quelques semaines, quelques mois, concerner, mutatis mutandis, une autre ville de France ou d'Europe. Inutile de vous dire combien j'aimerais que l'avenir me donne tort.



Laurent Devaux

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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