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CONFERENCE DE PRESSE DE MONSIEUR JACQUES CHIRAC
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HONG KONG - CHINE
MARDI 12 OCTOBRE 2004
LE PRESIDENT - Mesdames, Messieurs,
Nous arrivons au terme d'un périple. Je dis cela non pas
que le périple n'ait pas été, en tous les
cas de mon point de vue, extrêmement intéressant,
mais parce qu'il a tout de même été un peu
lourd, notamment pour les conditions de travail, les miennes et
les vôtres, cela ne m'a pas échappé. Donc,
je souhaiterais que vous en gardiez néanmoins un bon souvenir,
ce qui est mon cas.
Je n'étais pas venu à Hong Kong depuis un certain
temps, depuis plus de 10 ans je crois, et j'ai beaucoup de plaisir
à me retrouver dans cette étonnante et fascinante
cité qui est une espèce de point fort du monde et
bien entendu pour nous en particulier, une ouverture sur la Chine.
J'ai eu un entretien avec le Chef de l'Exécutif et ses
principaux collaborateurs où nous avons évoqué,
d'une part, la relation forte qui existe depuis longtemps entre
Hong Kong et la France et qui se traduit par le fait que Hong
Kong est un partenaire économique majeur pour nous. 6 000
Français y habitent et y travaillent, ce qui est une communauté
importante, la première d'Asie. Environ 500 entreprises
françaises sont présentes à Hong Kong et
de plus en plus, des entreprises et notamment des petites et moyennes
entreprises ou des grandes entreprises pensent que Hong Kong est
la bonne porte pour venir s'associer au développement considérable
de l'ensemble de cette région.
J'ai tenu à développer un point particulier auprès
des autorités de Hong Kong est qui est l'intérêt
que la France attache à la réalisation du grand
centre culturel de Kowloon ouest qui est prévu et qui devrait
être décidé dans le début de l'année
prochaine ce sera un véritable lien entre l'Asie et l'Occident
et la France est candidate pour en être partenaire. Nous
sommes candidats au partenariat pour le Centre Georges Pompidou
et j'ai développé l'intérêt qu'il y
aurait, pour Hong Kong, à s'associer au Centre pour ce
grand projet. Il est sans aucun doute, sur le plan de son fonds,
de ses ressources, de son expérience sans équivalent
dans le monde. Il n'y a pas une fondation qui aujourd'hui ait
à la fois l'expérience, l'ampleur et les collections
du Centre Georges Pompidou. J'ai eu le sentiment que les autorités
de Hong Kong et le Chef de l'Exécutif étaient très
attachés à ce projet, sensibles à sa réalisation,
éventuellement, avec la France et le Centre Pompidou.
En terminant ce voyage, je ferais quelques réflexions
mais je voudrais surtout répondre à vos questions.
Un jour, Monsieur DENG Xiaoping qui faisait un voyage officiel
en France, en 1975, alors que j'étais Premier ministre
et que nous avions des entretiens, m'avait dit : "n'oubliez
jamais, Monsieur CHIRAC, que le temps en Chine est plus long qu'en
Europe". Je me suis toujours imprégné de cette
réalité et on le voit. Depuis 1997, nous avons essayé
d'engager avec la Chine un partenariat fondé sur une approche,
je dirais, de même nature, des problèmes du monde.
Une vision identique du monde, c'est-à-dire un monde multipolaire,
respectueux du multilatéralisme. A partir de cette vision
commune, à partir des équilibres internationaux,
nous avons petit à petit développé un partenariat,
d'abord politique, notamment lors de nos premiers entretiens avec
le Président JIANG Zemin puis économique, à
l'occasion du dernier voyage en France du Président HU
Jintao. Tout ceci, petit à petit, constitue un socle solide
de développement de nos relations à la fois économiques
et culturelles. J'ai pu observer que cette voie était la
bonne et que la nature et l'intensité de ces relations,
dans le respect de nos intérêts mutuels, étaient
sans aucun doute satisfaisantes.
Je reviens donc de ce voyage conforté dans l'idée
qu'un partenariat entre l'Europe et la Chine et entre la France
et la Chine est une réalité qui s'impose, à
la fois pour l'Europe et pour la Chine et que nous devons développer.
Et je suis assez optimiste pour ce développement.
Voilà, je voulais simplement faire ces quelques réflexions
avant de vous laisser le soin de poser les questions.
QUESTION - Durant ce voyage vous avez beaucoup parlé de
l'importance croissante de la Chine dans l'économie mondiale.
Croyez-vous que ce soit possible, pour la France, que la Chine
devienne à l'avenir un partenaire économique plus
important que les Etats-Unis ? Et deuxième question, quand
vous retournerez en France, est-ce que vous allez conseiller aux
étudiants français d'apprendre le chinois en première
langue et l'anglais en deuxième ou d'autres langues ?
LE PRESIDENT - D'abord, nous ne sommes pas dans un contexte de
compétition. Ce qui est sûr, c'est que les relations
et les échanges entre l'Union européenne et la Chine
sont destinés à se développer et, qu'à
mon avis, l'Union européenne est destinée à
être le premier client, le premier fournisseur et le premier
partenaire de la Chine.
Dans ce contexte, il est certain que la France a vocation d'être
l'un des moteurs de cette évolution. Pour ce qui concerne
la maîtrise du chinois, hélas, en France, nous ne
sommes pas très doués pour les langues, à
peine plus que nos amis anglais, et encore, cela doit pouvoir
se discuter. Je le déplore, c'est incontestablement l'une
des faiblesses congénitales des Français, ce mal
qu'ils ont à apprendre une langue étrangère,
ce qui est de plus en plus nécessaire dans le monde tel
qu'il évolue. Alors, c'est vrai pour toutes les quelques
très grandes langues, c'est vrai pour les autres aussi.
Notre insuffisance dans la connaissance du chinois est notamment
un vrai handicap. Je n'en prends qu'un exemple : nous avons beaucoup
de mal aujourd'hui à avoir des diplomates sinophones, il
faut donc faire un effort plus important. Le ministre des Affaires
étrangères est conscient de cette situation et,
pour ce qui concerne son administration, tout à fait déterminé
à donner une impulsion au développement des langues
essentielles, au premier rang desquelles se trouvent le chinois,
l'arabe, le japonais...
En ce qui concerne l'accueil des étudiants, nous avons
décidé d'augmenter les moyens mis à la disposition
des étudiants chinois pour venir en France. Ce n'est pas
cela qui apprendra le chinois aux Français, mais il y aura
une augmentation du nombre des bourses grâce à l'action
du Comité d'honneur des Années croisées qui
a décidé de continuer à recueillir des fonds
et de financer, en plus de l'effort de l'Etat, des bourses pour
les étudiants chinois en France. Et je fais le maximum
pour encourager les Français à apprendre le chinois.
QUESTION - Vous avez engagé le premier pas pour créer
une politique de dialogue, et non pas de confrontation, sur le
problème des droits de l'Homme avec la Chine, et vous avez
pris, parmi les premiers, l'initiative de conseiller à
l'Union européenne la levée de l'embargo sur les
armes contre la Chine, et maintenant l'Union européenne
hésite sur la reconnaissance de la Chine comme un pays
du marché. Est-ce que, dans ce domaine, vous voulez aussi
prendre quelques mesures pour reconnaître la Chine comme
une économie de marché ?
LE PRESIDENT - Sur le premier point, j'ai déjà
dit, à maintes reprises, que pour moi, défendre
les droits de l'Homme partout dans le monde, c'est une exigence
et une fierté, pour toutes les raisons sur lesquelles je
n'ai pas besoin de revenir et je le fais en toute circonstance.
Donc, l'objectif n'est pas en cause. Je prends soin d'avoir avec
toutes les organisations non gouvernementales compétentes
notamment francophones, un lien permanent, en particulier lors
de la préparation de mes voyages.
J'ai été très sensible au fait que le Président
HU Jintao ait choisi la tribune de l'Assemblée nationale
française pour développer ses idées sur l'évolution
des droits de l'Homme en Chine. C'était un signe fort de
cette grande et vieille nation qu'est la Chine, dont la culture
est différente de la nôtre et dont les évolutions
prennent naturellement du temps.
De la même façon, j'ai été heureux
d'apprendre que, pour la première fois, la Chine venait
d'inscrire tout récemment dans sa Constitution la reconnaissance
des droits de l'Homme. La Chine est un pays de l'écrit
et par conséquent, ce qui est important, c'est que les
choses ne soient pas dites mais écrites. De ce point de
vue, la coopération que nous avons engagée entre
spécialistes du droit français et chinois -des juristes
français, des professeurs, des techniciens qui travaillent
en permanence avec leurs collègues chinois pour élaborer
des textes, des réformes, des codes-, est beaucoup plus
positive que toute autre chose pour faire évoluer la situation.
Je crois que c'est par le dialogue et certainement pas par la
confrontation que l'on peut connaître les évolutions
qui semblent souhaitables pour le monde de demain.
Sur l'embargo, je n'y reviendrais pas, je vous ai donné
mon sentiment : je considère que cet embargo est tout à
fait obsolète, il a été décidé
il y a une quinzaine d'années et aujourd'hui rien et notamment
la production militaire chinoise ne le justifie. C'est simplement
un problème, je dirais, un peu de face, et il est absurde
de le maintenir. Je crois que c'est un sentiment qui devient majoritaire
en Europe et, dans les prochains mois, je pense que cette affaire
sera réglée, c'est-à-dire décidée,
au niveau de l'Union européenne.
Je suis aussi partisan de la reconnaissance du statut d'économie
de marché à la Chine, parce que je constate que
cela correspond aux réalités économiques
d'aujourd'hui. Là encore, je vois que la plupart des gouvernements
européens s'orientent dans la même direction, et
je pense que dans les mois qui viennent, cette reconnaissance
pourra avoir lieu. Il faut être un peu concret et voir les
choses telles qu'elles sont et pas telles que l'on voudrait qu'elles
soient.
QUESTION - A l'issue de cette visite importante et probablement
historique, je voudrais avoir votre sentiment concernant l'éventualité
de l'évolution de la Chine, c'est-à-dire une Chine
puissante, à la fois sur le plan économique et sur
le plan militaire mais non démocratique. Ne présenterait-t-elle
pas une menace pour le monde extérieur ?
LE PRESIDENT - Je crois avoir dit quelle était ma vision
de l'évolution de la Chine : elle s'appuie sur cinq mille
ans d'histoire. J'ai toujours observé que la caractéristique
de l'histoire de la Chine est de connaître une espèce
de grand mouvement historique, caractérisé par la
succession de trois phases : Il ne faut jamais oublier que la
Chine est en réalité un empire, quatre-vingt-quinze
pour cent des Chinois ont la même origine ethnique, ils
sont des fils de HAN. Alors, il y a généralement
une phase qui est une phase de dislocation, d'interventions étrangères
venant des frontières, et qui a pour caractéristique
beaucoup de malheurs, des guerres et un recul à la fois
économique, social et culturel.
Et puis, à un certain moment, il y a une réaction.
C'est une deuxième phase, courte, en général
quelques décades, qui est une phase de reprise en main
souvent brutale, et de reconstitution de l'unité de l'empire.
A cette deuxième phase succède toujours une troisième
qui est une longue phase de développement, de paix et surtout
de développement économique social, et culturel.
Vous pouvez regarder ce qui se passe depuis cinq mille ans en
Chine, vous observez ce phénomène.
Je crois que nous sommes entrés aujourd'hui dans la troisième
phase et que la tendance lourde de la société chinoise,
c'est maintenant le développement, sans aucun doute pacifique,
si les circonstances le permettent. J'ai, pour ma part, une certaine
confiance dans les conséquences que ce développement
amène sur l'ensemble de la société y compris
les Droits de l'Homme au sens large du terme, mais aussi les conséquences
dans le domaine culturel, social, que permet l'accroissement des
richesses.
Voilà mon sentiment sur la Chine. C'est la raison pour
laquelle je n'ai aucune crainte face à une Chine puissante.
De toute façon, crainte ou pas crainte, la Chine sera puissante.
QUESTION - Monsieur le Président, à quelqu'un qui
vous regardera tout à l'heure à la télévision
en France, à Paris, à Marseille, à Lille
ou dans un petit village, qu'est-ce que vous aimeriez lui dire
pour conclure ce voyage, pour le résumer, sur le thème
des contrats et sur le thème de la peur des délocalisations
?
LE PRESIDENT - Je voudrais leur dire que, l'on veut avoir une
économie française solide, qui produise des revenus,
qui permette d'améliorer la situation sociale, et qui produise
de l'emploi, ce qui est un grand problème pour nous, pas
seulement pour nous, il faut aller chercher la croissance là
où elle est. Aujourd'hui, personne ne conteste que la croissance
se trouve en Asie. Nous devons donc être présents.
D'abord, si nous n'y sommes pas, d'autres prendront notre place.
Ensuite et surtout, chaque fois que nous participons à
cette croissance, nous en tirons un grand profit, nous en tirons
plusieurs profits. Chaque fois que nous nous implantons sur un
marché en Asie, l'essentiel des revenus que nous en tirons
vient en France et l'essentiel du travail qui en découle
se fait en France. Cela n'a aucun rapport avec le problème
des délocalisations qui est un autre problème. Un
problème extrêmement sérieux sur lequel je
suis tout prêt à dire ce que je pense, mais qui est
un problème d'une autre nature.
Je vais vous donner quelques exemples. Toutes les entreprises
qui sont ici avec moi, les grandes ou les PME, celles qui ont
conclu des accords ou des contrats à l'occasion de ce voyage,
l'essentiel du travail que représentent ces contrats, sera
fait en France. Tout à l'heure, le Président d'Alstom,
qui vient de signer des contrats pour des trains et des métros,
l'a expliqué. C'est plusieurs centaines, cinq à
six cents, disait-il, entreprises moyennes ou petites, qui en
France, en Europe, participent au travail global qu'implique la
livraison de ces engins au métro chinois ou au train chinois.
Il a cité l'exemple d'une entreprise qui est venue s'installer
pour vendre des câbles. Depuis qu'elle s'est installée
en Chine, c'est deux cents emplois qui ont été créés
dans la Marne. Ce sont des exemples que l'on pourrait multiplier.
L'investissement du marché chinois ou, plus généralement
asiatique, se fait forcément au profit de ceux qui s'y
implantent. Il faudrait prendre conscience du fait que cela ne
doit pas être uniquement nos partenaires et amis européens
qui bénéficient de cette situation, mais que nous
devons, nous aussi, en bénéficier. Je crois que
sur ce point les choses sont maintenant probablement mieux comprises,
il ne faut pas mélanger ce problème avec celui des
délocalisations. Il y a en France un problème lié
à la situation difficile de certains secteurs qui risquent
effectivement pour des raisons tenant aux conditions sociales
essentiellement, de se délocaliser, généralement
pas vers la Chine d'ailleurs, mais vers l'Europe de l'Est ou d'autres
endroits.
Et là, il faut réagir. C'est ce qu'a engagé
le gouvernement en prenant un certain nombre de dispositions pour
encourager les entreprises à travailler et à donner
de l'emploi en France. Ce sont les dispositions pour les pôles
technologiques, pour la défense des entreprises ou des
secteurs menacés sur la taxe professionnelle, pour diminuer
des charges trop lourdes et inadaptées et qui étaient
un handicap pour certaines entreprises, etc. C'est un autre problème
et une autre politique. Ce qui est sûr, en tous les cas,
c'est qu'il faut aller chercher la croissance là où
elle est si l'on veut avoir des revenus et des emplois en France.
QUESTION - Monsieur le Président, j'ai deux questions
à vous poser. Le Président taiwanais dimanche a
proposé un dialogue de paix avec la République populaire
de Chine sur la base de ce qui s'était fait avec Hong Kong
en 1992 mais sans parler du principe d'une Chine unique. Cela
a été perçu avec beaucoup de scepticisme,
à la fois à Pékin et par l'opposition à
Taiwan, mais en même temps cela a été appuyé
par le Japon et les Etats-Unis. J'aimerais savoir quelle est la
position française et quelle est votre évaluation
de ce qui se passe dans ce domaine ? Deuxièmement, vous
avez parlé d'un monde multipolaire après la guerre
en Iraq et nous savons quelle importance vous accordez aux relations
sino-françaises et à l'accroissement de ces relations
depuis la guerre en Iraq. Mais, dans le cas où le sénateur
KERRY gagnerait les élections américaines, et il
souhaite rétablir les relations plus chaleureuses avec
l'Europe, est-ce que vous aller continuer à voir la Chine
comme un partenaire stratégique ?
LE PRESIDENT - Sur le premier point, vous connaissez la position
de la France. Je suis inquiet de la situation dans le détroit
de Taiwan car c'est le type de situation qui tout d'un coup risque
d'échapper au contrôle, avec toutes les conséquences
que cela peut avoir et qui, le cas échéant, seraient
dramatiques. Par conséquent, il n'y a pas d'autre solution
qu'une solution politique de dialogue. Vous savez que la France
et la plupart des pays reconnaissent le principe d'une seule Chine.
A partir de là, les autorités chinoises proposent
le principe : un pays, deux systèmes. C'est ce qui a été
appliqué à Hong Kong dans de bonnes conditions.
Pour ma part, je suis assez sensible à cette approche
des choses. Ce que je sais, c'est que, pour des raisons que je
peux comprendre, la Chine n'est pas disposée à admettre
la rupture de ce principe d'une seule Chine. Il faut donc faire
très attention. Je ne crois pas que l'accumulation d'exportations
d'armes soit de nature à améliorer les choses. Je
crois qu'il faut que chacun comprenne la réalité
des choses, c'est-à-dire que la communauté internationale,
y compris les Américains dans leurs propos diplomatiques,
souhaite qu'il y ait une seule Chine. Sur les modalités,
je le répète, on peut en discuter. Mais ce n'est
pas en surarmant l'une des parties qu'on aura une solution raisonnable
et pacifique de ce problème.
Vous avez évoqué la relation sino-française.
Vous avez eu l'air de dire qu'elle était liée à
une approche sur l'Iraq. Ce n'est pas exact, elle était
antérieure à cela. Il se trouve que nous avons effectivement
eu la même réaction sur l'Iraq. Rien aujourd'hui
ne nous permet d'être à proprement parler optimistes.
On verra bien. Nous avons évoqué les élections
américaines. On verra bien ce que donneront les élections
américaines. Ce n'est pas de nature, ni de près
ni de loin, à remettre en cause les relations entre la
Chine et la France.
QUESTION - Monsieur le Président, j'ai une question qui
concerne le Moyen-Orient, cette région du monde qui connaît
une flambée de violence, que ce soit dans les territoires
occupés ou bien en Iraq. Actuellement, la politique américaine
est paralysée par les élections. La politique européenne
est au point mort. Qu'est-ce que la politique française
peut faire ou comment peut-elle se rendre utile et efficace pour
mettre fin à cette violence qui menace toute la région
?
LE PRESIDENT - Il est certain que les violences qui caractérisent
la région, aussi bien dans les rapports israélo-palestiniens
qu'en Iraq, créent une situation là encore qui échappe
un peu à tout le monde. Qui créent des drames sur
place, qui permettent ou plus exactement, suscitent le développement
du terrorisme et pas seulement dans la région, y compris
dans beaucoup de régions du monde. Elles participent à
une espèce de folie qui est l'opposition entre l'Occident
et l'Islam, une absurdité, mais une absurdité excessivement
dangereuse. Tout ceci, je le répète, doit être
maîtrisé et il faut bien reconnaître que cela
ne pourra être maîtrisé que si on a une approche
différente et que si tout le monde s'y met. Une approche
différente, c'est-à-dire une approche pacifique
et de dialogue. Et si tout le monde s'y met, c'est-à-dire
si ensemble la Communauté internationale fait les actions
nécessaires, et au premier rang naturellement nos amis
Américains. Nous n'en sommes pas là pour le moment,
et je le déplore.
QUESTION - Monsieur le Président, nous sommes à
Hong Kong. Il y a un statut particulier. Un des objectifs est
d'y instaurer le suffrage universel à l'horizon 2007-2008.
Je crois que vous y êtes favorable. La Chine visiblement
y est hostile. Est-ce que, dans la perspective des jeux olympiques
de 2008, vous pensez que la Chine pourrait faire un effort et
favoriser l'instauration du suffrage universel et donc une plus
grande démocratie à Hong Kong ?
LE PRESIDENT - Dans l'état actuel des choses, les accords
qui ont été passés pour la région
spéciale de Hong Kong ont été respectés.
Les élections ont eu lieu de façon parfaitement
démocratique et d'ailleurs elles n'ont été
contestées par personne. Elles suivent l'évolution
qui a été prévue. Je n'ai entendu personne
remettre en cause cette évolution et je souhaite donc qu'elle
se produise tout à fait normalement et qu'il n'y ait aucune
polémique possible, notamment dans les grands moments pour
la Chine de demain, c'est-à-dire les jeux olympiques et
l'exposition universelle de Shanghai.
QUESTION - Je voulais juste prolonger sur l'Iraq. On sait désormais
que le principe d'une conférence internationale a été
décidé pour la fin du mois de novembre à
l'initiative du Président MOUBARAK. Quel devrait être
l'ordre du jour et les conditions pour que la France y participe
?
LE PRESIDENT - La France est tout à fait décidée
à participer. Naturellement, il va falloir que les ministres
des Affaires étrangères se mettent d'accord sur
l'ordre du jour et sur les participants. Mais, dans la mesure
où l'objectif est que la résolution pertinente soit
appliquée, c'est-à-dire qu'il y ait des élections
à la date prévue, -si c'est possible, ce que nous
souhaitons tous naturellement et ce qui est nécessaire-,
qu'il y ait création d'un véritable gouvernement
et que l'on puisse parler de l'ensemble de cette évolution,
y compris au-delà des conditions de retour à la
complète souveraineté qui implique le départ
des forces d'occupation dans des conditions qui ne demandent à
être précisées, alors la France sera, bien
entendu, tout à fait participante à cette conférence
internationale. Je vous rappelle qu'à l'origine, elle avait
été proposée par la Russie et la France,
ensemble, il y a un an ou un an et demi.
QUESTION - La Chine et la France sont en face d'une même
question : l'Allemagne et le Japon veulent être membres
permanents du Conseil de Sécurité. Ce sont nos voisins
respectifs, mais du point de vue historique, ces deux pays ont
fait la guerre respectivement avec la France et la Chine. Je voudrais
connaître votre position envers l'Allemagne et le Japon,
et si vous aviez le choix, quel serait votre choix concernant
ces pays ?
LE PRESIDENT - Vous savez, la guerre c'est déjà
vieux. J'ajoute que nous en avons tiré les conséquences
en organisant l'Europe, la construction européenne, précisément
pour rendre impossible la guerre et pour enraciner à la
fois la démocratie et la paix en Europe. Nous n'allons
pas aujourd'hui contester cela et je souhaite ardemment que l'Allemagne
qui est la troisième ou quatrième puissance du monde
soit membre du Conseil de sécurité. Il me semble
que c'est la justice et l'intérêt de tout le monde.
La vérité, c'est que je dirais la même chose
du Japon, nous souhaitons également que le Japon soit membre
du Conseil de sécurité. Nous souhaitons un élargissement
qui, à nos yeux, est politiquement nécessaire et
qui correspond au monde d'aujourd'hui. Un élargissement
du nombre des membres du Conseil de sécurité dits
permanents, au Japon et à l'Allemagne notamment, mais également
à d'autres pays comme le Brésil, comme l'Inde et
aussi un grand pays africain qu'il appartiendra à l'Afrique
de choisir en son sein. C'est une nécessité. J'ajoute
qu'il faut également, à mon avis, augmenter le nombre
des membres non permanents de façon à avoir une
vision du monde qui soit un peu plus réaliste.
QUESTION - L'Union européenne a levé l'embargo
sur les armes pour la Libye hier, est-ce à dire que la
Libye a fait son mea culpa pour l'Europe et est-ce que vous allez
en Libye, et quand exactement ?
LE PRESIDENT - L'Union européenne a décidé
de lever l'embargo en ce qui concerne la Libye, pour des raisons
sur lesquelles je ne reviens pas et qui ont été
largement explicitées par le Conseil européen. Le
ministre français des Affaires étrangères
revient de Libye et j'ai moi-même l'intention, avant la
fin de cette année, de me rendre à l'invitation
qui m'a été faite depuis déjà un certain
temps d'aller en Libye. Une première condition, qui était
que les affaires du vol français soient réglées,
ce qui est le cas. La deuxième, l'affaire de la boite de
nuit allemande, qui avait été l'objet d'un attentat
avec un certain nombre de morts, a également été
réglée. A partir de là, et à partir
de la levée de l'embargo et de la décision européenne,
je suis tout à fait disposé à aller en Libye
et je m'y rendrais avant la fin de cette année.
Je vous remercie.
(source: Présidence de la République de la France)
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