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ALLOCUTION DE MONSIEUR JACQUES CHIRAC PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
SUIVIE D'UN DEBAT
AVEC LES ETUDIANTS DE L'UNIVERSITE TONGJI
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SHANGHAI
LUNDI 11 OCTOBRE 2004
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président de l'université,
Mesdames et Messieurs les doyens et professeurs,
Mesdemoiselles, Mesdames et Messieurs les étudiants,
Permettez-moi de remercier Monsieur M. Wen Gang, Président
de l'Université de Tongji, pour son accueil chaleureux,
et pour ses paroles de bienvenue. Merci aussi aux enseignants,
aux étudiantes et aux étudiants, dont le talent
fait la fierté de cette grande Université de Tongji
qui contribue beaucoup à l'amitié entre la Chine
et la France.
S'exprimer devant l'une des plus prestigieuses universités
de Chine est pour moi un honneur. En effet, peu de pays ont élevé
depuis si longtemps et à de tels sommets le savoir et le
goût des lettres et des sciences.
Dès les premiers récits des grands voyageurs, la
richesse et la puissance de la civilisation chinoise ont exercé,
bien au-delà du continent asiatique, une fascination que
le temps n'a jamais démentie.
L'imagination ne pouvait qu'être frappée par la
singularité des artistes et des artisans de Chine dont
les oeuvres alliaient les innovations les plus audacieuses aux
esthétiques les plus raffinées. Il y avait là
bien plus que le mystère qui entoure les univers longtemps
méconnus. Il y avait surtout l'étonnement et l'admiration
qu'imposent les créations qui révèlent le
génie d'un peuple et marquent de leur empreinte décisive
l'histoire de l'humanité.
Il faut à cet égard rendre hommage à toutes
celles et à tous ceux, artistes et savants, qui se sont
attachés, au fil des siècles, à mieux faire
connaître ce patrimoine exceptionnel, contribuant ainsi
à la connaissance et à l'indispensable dialogue
entre les peuples.
Faut-il voir, comme le voudraient les annales traditionnelles,
dans ce puissant mouvement de l'histoire de la Chine, un grand
cycle qui se répète avec un temps de morcellement
territorial, suivi d'une phase brève et austère
de redressement national, débouchant sur une troisième
période de longues années de progrès et de
bien-être ?
S'il en est ainsi, on peut escompter, au seuil du IIIème
millénaire, un nouvel apogée. Seule la Chine, avec
près de dix millénaires d'histoire attestée
par l'archéologie, est en mesure de confirmer cette hypothèse.
C'est vous, étudiantes et étudiants de Chine, sur
qui repose l'avenir de votre grande nation et aussi, par là
même, une part importante de l'avenir du monde. C'est vous
qui apporterez cette réponse. Et je ne doute pas un seul
instant de la réponse.
Depuis deux jours, je retrouve en effet un pays en pleine mutation.
Je vois une Chine confiante dans son avenir et qui est plus que
jamais un partenaire majeur pour la France. Je redécouvre
Shanghai avec un plaisir particulier. Comment ne pas sentir le
foisonnement, l'énergie, l'irrépressible volonté
d'aller plus loin, plus haut, de cette métropole d'exception,
qui s'apprête à accueillir l'Exposition Universelle
de 2010 ?
A travers vous, je souhaite m'adresser à toute la jeunesse
qui est la force et l'avenir de la Chine. Une jeunesse créative,
enthousiaste, avide d'apprendre, et qui souhaite mettre son dynamisme
au service de son pays. Une jeunesse généreuse,
éprise de justice, qui souhaite que son talent contribue
à l'émergence d'un monde plus fraternel, plus prospère
et plus pacifique, l'un n'allant pas sans l'autre. Une jeunesse
qui, comme partout, bouscule les conformismes, s'interroge sur
la meilleure façon d'atteindre ses objectifs et souhaite
s'épanouir librement.
A la jeunesse de Chine, je veux dire l'amitié de la France,
sa volonté d'aborder les défis de ce nouveau siècle
aux côtés des Chinois dans un esprit de partenariat,
de confiance et d'amitié. Sa volonté de soutenir
les aspirations de la Chine à plus d'universalité
et de fraternité. Fraternité, c'est à cela
que nous exhorte la Déclaration universelle des droits
de l'Homme, fondement, depuis la Révolution française,
de l'éthique de notre temps. En découlent, dans
le respect de leur diversité, les droits et les devoirs
des hommes, des sociétés et des états.
Fraternité, c'est à cela que concourt le dialogue
entre la Chine et la France. A Paris, en janvier, et à
nouveau hier à Pékin, nous avons marqué avec
le Président HU Jintao notre volonté d'aller plus
loin encore dans notre relation, de mettre notre partenariat au
service d'un monde de justice et de paix ; d'un monde de croissance
et de bien-être ; d'un monde de responsabilité collective
; d'un monde de partage des savoirs et de respect des cultures
et des identités.
*
Nos pays partagent une même conviction et une même
volonté. Le monde est multipolaire. De nouvelles puissances
et de nouveaux acteurs s'imposent, en particulier en Asie où
des nations entières se sont arrachées à
la pauvreté pour accéder à davantage de bien-être.
Des ensembles régionaux se constituent, tels l'ASEAN ou
l'Union européenne. Nous allons vers un temps où
l'influence politique, économique et culturelle est de
plus en plus partagée, où les hommes revendiqueront
plus de réciprocité, plus d'équilibre, plus
de respect, plus de justice.
Face à cette évolution, la Chine et la France récusent
la fatalité de l'affrontement ou du chaos qui résulterait
du jeu sans contrôle des forces en mouvement. Elles sont
engagées en faveur d'un multilatéralisme de l'action,
reposant sur l'adhésion des peuples à la règle
élaborée en commun, dans le respect de leur liberté
et de leur identité. Nous voulons bâtir un ordre
mondial de paix et de prospérité où, dans
le cadre des Nations Unies, dont la France et la Chine sont membres
fondateurs, les états acceptent librement de voir la force
assujettie à la règle internationale.
Pour conforter l'adhésion des peuples à ce projet,
il est temps que la composition du Conseil de sécurité
reflète davantage la réalité du monde. Son
élargissement à notre voisine et amie, l'Allemagne,
mais aussi à d'autres grands partenaires du Nord et surtout
du Sud s'impose. Comme s'impose également un rôle
plus résolu de la communauté internationale dans
la prévention des conflits et du maintien de la paix. C'est
pourquoi la France soutient les efforts de la Chine pour un règlement
pacifique de la question coréenne et encourage son implication
accrue dans les opérations de l'ONU.
Nos pays contribuent aussi au nécessaire rééquilibrage
du "grand triangle" de la croissance formé par
l'Amérique, l'Europe et l'Asie, à travers leur implication
dans ce dialogue si nécessaire entre l'Asie et l'Union
européenne, dialogue qui s'est poursuivi avec succès,
notamment sur l'impulsion de nos deux pays il y a quelques jours,
à Hanoi.
*
Nous vivons à l'heure des défis globaux : sauvegarder
notre planète et promouvoir le développement durable
; maîtriser les grandes pandémies ; nous protéger
contre les fléaux du terrorisme, de la drogue ou du crime
organisé. Autant de défis qui donneraient le vertige
si nous n'avions la conviction qu'une action collective résolue
est possible et efficace.
Les enjeux écologiques renvoient à une question
simple mais pressante : quel monde laisserons-nous, laisserez-vous,
à nos enfants, à vos enfants ? La nature s'épuise
: les prélèvements de l'homme dépassent la
capacité de régénération de la planète.
Face au réchauffement climatique, aux risques de pénurie
d'eau potable, à l'appauvrissement de la biodiversité
et des sols, à l'accroissement exponentiel des pollutions
et des déchets, il y a oui, il y a péril en la demeure.
Et pourtant, la croissance économique doit se poursuivre,
et même s'intensifier. Bien des peuples encore l'espèrent
pour vaincre la pauvreté. Voilà pourquoi la France
propose la création d'une organisation des Nations Unies
pour l'Environnement, indispensable enceinte d'une gouvernance
mondiale, équilibrée, équitable et efficace.
Voilà pourquoi, nous devons inventer un nouveau modèle
de développement, plus économe en ressources naturelles.
Nous avons évoqué toutes ces questions avec le
Président HU Jintao. Notre capacité à mettre
au point des procédés respectueux de l'environnement
est l'une des clés de l'économie moderne. Le partenariat
franco-chinois dans ce secteur est des plus prometteurs. Il procède
de l'attitude pionnière et engagée que nous voulons,
ensemble, adopter pour transformer les menaces en vecteur de progrès.
Face à ces défis, ne soyons pas défensifs
ou résignés. Au contraire, projetons-nous vers l'avenir
avec confiance. Notre but, c'est la prospérité et
le bien-être pour tous. Il passe par la combinaison de l'économie
de marché, elle-même créatrice de richesses,
et de mécanismes de solidarité permettant d'assurer
une distribution équitable et de lutter contre l'exclusion.
Dans cet esprit, j'ai proposé la création d'une
instance politique internationale chargée de donner l'impulsion
et d'assurer la coordination de nos politiques de maîtrise
et d'humanisation de la mondialisation. Elle a connu une sorte
de préfiguration dans le dialogue élargi organisé
par la France à Evian en juin 2003, et auquel participait
naturellement le Président HU Jintao, au nom de la Chine.
Elle s'inscrit dans le cadre de la préparation du Sommet
des chefs d'état et de gouvernement qui se tiendra à
New York en septembre 2005 pour tirer un premier bilan de la réalisation
des objectifs du Millénaire.
Alors que la marginalisation des pays et des régions les
moins avancés s'accroît, notamment en Afrique, nous
devons relever le défi du développement, et pour
cela nous avons mobilisé toutes les énergies, poursuivre
l'ouverture maîtrisée des échanges commerciaux,
multiplier les partenariats publics et privés, intensifier
les transferts de technologies. Il nous faut aussi mettre en place
les infrastructures de base et des systèmes éducatifs
et sociaux performants qui sont les conditions premières
du décollage économique. Cet acquis minimal, les
pays et les régions les plus pauvres ne peuvent l'assumer
seuls et ils ont un besoin impérieux de financements. Face
aux insuffisances évidentes de l'aide publique, des solutions
novatrices existent, et nous devons les encourager.
Réussir la mondialisation, c'est aussi respecter les cultures
et les identités, sans lesquelles les sociétés
ne peuvent pas s'épanouir dans la modernité. Parce
que la culture n'est pas une marchandise ou un bien comme un autre,
nos deux pays, la Chine et le France, appuient l'élaboration,
sous l'égide de l'UNESCO, d'une convention internationale
sur ce thème. Fidèle à sa grande tradition
d'ouverture et de dialogue, votre ville à Shanghai accueillera,
dans quelques jours, les ministres de la culture des pays qui
soutiennent cette initiative.
La diversité culturelle signifie la prise en compte des
spécificités de chacun et la reconnaissance de l'égale
dignité des cultures. Elle est le corollaire de l'universalité
des droits de l'homme et de cette volonté partagée
de voir les progrès économiques et sociaux s'accompagner
de progrès équivalents dans le domaine de l'état
de droit et de la démocratie. Nous avons été
heureux que le Président HU Jintao choisisse l'Assemblée
nationale française pour affirmer sa volonté de
continuer à faire avancer la Chine sur le chemin des droits
civils et politiques, ainsi que des libertés fondamentales.
Nos deux pays entretiennent dans ce domaine un dialogue constant.
Des coopérations sont engagées entre nos praticiens
du droit : magistrats, avocats et notaires notamment. Elles sont
porteuses d'avenir.
*
Ce dialogue des cultures doit aussi favoriser un égal accès
à la connaissance. C'est en unissant les efforts à
l'échelle planétaire que nous pourrons relever les
défis scientifiques et technologiques du XXIe siècle.
Cette question vous touche de près. Vous êtes nombreux
à Shanghai et en Chine à vouloir vivre l'expérience
irremplaçable d'études à l'étranger.
Aujourd'hui, 7 à 8 000 visas d'études sont délivrés
chaque année par la France. C'est trop peu. La France souhaite
vous accueillir plus nombreux dans ses grandes écoles,
dans ses universités. Une politique de bourses ambitieuse
aidera les plus méritants et les plus motivés à
mettre en ?uvre leurs projets. A cet égard, je tiens à
remercier, les entreprises chinoises et françaises du Comité
d'honneur et d'organisation de l'Année de la France en
Chine, qui m'ont fait part de leur volonté d'appuyer par
leurs moyens et leur générosité l'augmentation
du nombre de bourses qui pourront être attribuées
à des étudiants chinois vers la France.
La barrière de la langue ne doit pas vous effrayer. Si
les élèves des filières des quelques vingt
lycées francophones de Chine, dont quinze ici à
Shanghai, disposent d'un avantage évident, d'autres voies
existent pour acquérir la base linguistique nécessaire
à des études en France. Au sein des universités,
ou dans notre réseau d'Alliances françaises de Shanghai,
Pékin, Wuhan, Chengdu, Nankin, Xi'an, Canton et bientôt
Dalian, l'offre d'apprentissage du français est en constante
augmentation.
Des diplômes reconnus en France parmi les plus prestigieux
peuvent se préparer ici même à Tongji. Dans
cet esprit, j'aurai plaisir à voir tout à l'heure
et je viens de voir avec beaucoup de plaisir la maquette du Centre
Franco-Chinois pour la Science, la Technologie et l'Innovation,
créé en collaboration avec votre université
par le consortium des écoles d'ingénieurs de Paris,
ParisTech. Ce projet est exemplaire de l'esprit de coopération
qui nous anime. Je souhaite en remercier les promoteurs, et en
premier lieu le Président de Tongji. J'en félicite
également l'architecte, M. Zhang Bin, lauréat du
programme de bourses pour 150 architectes chinois lancé
lors de ma visite que j'avais eu la joie de faire ici en 1997.
Le Centre franco-chinois pour la Science de Tongji, comme l'Institut
Pasteur de Shanghai ou le Pôle franco-chinois des sciences
du vivant de Shanghai, illustrent les performances de notre coopération.
Elle est aujourd'hui au meilleur niveau international dans bien
des domaines, comme la recherche sur le génome humain,
les matériaux supraconducteurs, l'informatique et les mathématiques
appliquées.
*
Je souligne l'importance de cette coopération technologique,
et je souhaite que les Chinois qui aiment et connaissent la France,
sa culture, son histoire et son art de vivre, mesurent également
mieux son poids scientifique, technologique et industriel dans
le monde d'aujourd'hui.
L'une des toutes premières puissance économique
du monde, la France est, avec plus de 400 centres de recherche
d'entreprises internationales, un pays à la pointe du savoir
et de l'innovation. Elle est ainsi à l'origine des grandes
aventures technologiques européennes. Sans elle, l'Agence
spatiale européenne ou la fusée Ariane n'auraient
pu voir le jour. Airbus ne serait pas devenu le plus grand et
le plus fiable des constructeurs aéronautiques du monde.
Le Train à Grande Vitesse ne rayonnerait pas dans toute
l'Europe, en Corée, et bientôt je l'espère,
en Chine.
Ce dynamisme ne se dément pas, avec par exemple -en partenariat
avec la Chine- le programme Galiléo de positionnement géographique
satellitaire ou le programme ITER de production d'énergie
par la fusion des atomes.
Par sa puissance de création, par sa capacité d'invention,
par sa fiabilité industrielle, la France est un partenaire
naturel pour la Chine. Ses entreprises sont parmi les rares du
monde à dominer l'ensemble des compétences et des
savoirs nécessaires dans tous les secteurs clés
des hautes technologies qui sont précisément la
priorité de la Chine et de son développement. Pour
renforcer leurs synergies, ces entreprises se fédéreront
bientôt dans un Comité français des hautes
technologies. C'est dire le champ immense de coopération
que nos deux pays peuvent parcourir ensemble. C'est dire les perspectives
qu'ouvrent à chacune et chacun d'entre vous la France,
ses Universités, ses grandes écoles et ses entreprises.
Chers amis,
Vous êtes investis d'une responsabilité singulière
: accomplir chacun votre destin, trouver les voies de votre épanouissement
personnel, mais aussi répondre aux espoirs que votre grande
nation place en vous pour construire la Chine de demain. Cette
Chine qui regroupe le cinquième des habitants de notre
planète, et dont il vous appartiendra de mettre le poids
immense au service d'un monde plus fraternel, plus solidaire,
un monde équilibré et en paix.
La France se tient à vos côtés. Que nos deux
pays trouvent les voies d'un partenariat toujours plus étroit,
tel est mon v?u le plus cher. Je compte sur chacune et chacun
d'entre vous pour porter cet esprit de respect et d'amitié
entre la Chine et la France. Mes voeux les plus chaleureux de
réussite personnelle vous accompagnent.
Je vous remercie toutes et tous pour votre accueil. Dans les
Entretiens de Confucius, il est dit : " une conversation
avec vous vaut plus que dix ans d'études ". Alors,
passons à la conversation.
QUESTION - Monsieur le Président, de 1997 à cette
année, vous êtes déjà venu trois fois
en Chine et j'aimerais savoir ce qui caractérise cette
visite par rapport aux deux précédentes. D'autre
part, nous célébrons cette année le quarantième
anniversaire de l'établissement de relations diplomatiques
entre nos deux pays. Quelle est votre évaluation de la
relation bilatérale ?
LE PRESIDENT - Je voudrais d'abord vous dire que je suis venu
beaucoup plus de trois fois en Chine et toujours avec le même
intérêt et la même joie. Je suis venu trois
fois en qualité de Chef d'Etat, vous avez raison de le
souligner. Quelles sont les différences ou les évolutions
?
J'en vois essentiellement deux. La première est de nature
économique et sociologique, le fantastique développement
de l'économie et de la société chinoise.
C'est évidemment d'une année sur l'autre ce qui
impressionne le plus, quand on vient en Chine, les changements
si rapides, tout en maintenant les principes sur lesquels la société
et la culture chinoise reposent depuis si longtemps. La deuxième
évolution, c'est incontestablement une meilleure compréhension
et connaissance l'un de l'autre, de la Chine et de la France,
et une volonté qui s'affirme de renforcer nos coopérations,
nos partenariats. C'est très très net. Il faut dans
la culture chinoise prendre le temps nécessaire pour permettre
les évolutions qui s'imposent. J'ai vu, au fil des ans,
se conforter et se prolonger une racine solide donnant un fruit
qui est une coopération de plus en plus forte. Et je dirais
de plus en plus amicale, et même chaleureuse. Ce sont les
deux observations que je peux faire et je souhaite que sur cette
lancée, de plus en plus, nos deux pays qui se connaissent
de mieux en mieux, qui s'apprécient de plus en plus, dont
les économies s'interpénètrent dont les partenariats
se développent, travaillent ensemble la main dans la main
pour les objectifs que j'évoquais tout à l'heure.
Alors, la France, c'est vrai, a été la première
nation occidentale à reconnaître la Chine, sous l'impulsion
du Général de GAULLE qui avait une grande idée
de la Chine, et de la place de la Chine dans le monde. Ce pays,
disait-il, est plus vieux que l'histoire et il avait eu l'initiative
le premier de nouer des relations diplomatiques entre la Chine
et la France. Et cela a sans aucun doute marqué notre temps
et surtout fait comprendre aux Français, peut-être
avant d'autres, toute l'importance de la Chine, le respect qu'on
lui devait, et l'amitié réciproque qui devait être
créé à partir de ces bases.
QUESTION - Le Centre Franco-Chinois sera bientôt en fonction
comme vitrine de l'échange et de la coopération
entre la Chine et la France. Pourriez-vous donner une suggestion
pour ce centre franco-chinois ?
LE PRESIDENT - Naturellement, je souhaite le développement
actif des centres franco-chinois et le meilleur développement,
c'est qu'il apporte à ces étudiants suffisamment
de satisfaction personnelle et professionnelle pour que d'autres
aient envie, plus nombreux, de venir. Et cela me permet d'évoquer
un instant le problème de nos échanges d'étudiants
et en tous les cas de notre ouverture aux étudiants chinois.
Depuis les années 1998, il y a eu environ 35 000 étudiants
chinois qui sont venus faire des études et qui ont été
diplômés en France. C'est insuffisant, et je souhaite
beaucoup que nos universités, nos grandes écoles
s'ouvrent davantage à de jeunes étudiants chinois
ou chinoises. Alors comment faire pour faciliter ce mouvement
?. Je crois d'abord qu'il faut mieux informer, mieux orienter
les jeunes étudiants chinois qui s'intéressent à
faire des études en France.
Il faut qu'ils puissent trouver, dans des endroits faciles d'accès,
des informations sur les études qu'ils peuvent faire en
France, sur les moyens qu'il faut mettre en ?uvre pour y accéder,
sur les débouchés auxquels ils pourront ensuite
prétendre. Je me réjouis de la création prochaine
d'une structure qui va faciliter cette information et cette orientation
de jeunes étudiants chinois, qui s'appelle le Club Chine
et qui va être bientôt mis en ?uvre.
La deuxième exigence, c'est de renforcer nos liens entre
les universités françaises et chinoises. Quand je
dis les universités, c'est au sens très large du
terme qui inclut les grandes écoles.
Le mouvement est bien parti. Nous avons actuellement plus de
250 accords inter-universitaires entre la Chine et la France,
et je crois qu'il faut poursuivre dans cette voie et qu'il est
important que les universités chinoises et françaises
puissent développer ces accords, puisqu'à travers
ces accords, il y a la recherche, mais il y a aussi l'enseignement
et la possibilité pour les jeunes français de venir
ici et pour des jeunes chinois d'aller en France.
Il y a un troisième élément qui est plus
matériel et qui est le logement. Alors, d'une certaine
façon, pour le logement, par rapport à d'autres
pays, les étudiants étrangers qui viennent en France
sont privilégiés dans la mesure où l'Etat
prend une partie importante du coût du logement, mais en
revanche, il n'y en a pas assez. Nous avons donc un problème
d'insuffisance de logement et nous avons engagé une action
pour augmenter le nombre des logements nécessaires aux
étudiants français et étrangers qui en ont
besoin pour venir faire des études en France.
Et le dernier point, ce sont les bourses pour venir. Pour aller
à l'étranger il faut avoir les moyens et ces moyens
il faut qu'on vous les apporte, c'est ce qu'on appelle les bourses.
Nous avons tous les ans un certain nombre de bourses françaises
destinées aux étudiants chinois. Elles sont à
l'évidence insuffisantes, je veux dire pas assez nombreuses,
c'est évident. Donc, nous avons engagé une action
pour augmenter sensiblement le nombre des bourses qui seront attribuées
à des étudiants chinois qui veulent faire des études
dans les grandes écoles ou dans les universités
françaises.
Je voudrais à cet égard exprimer toute ma reconnaissance
au Comité d'Honneur. Le Comité d'Honneur franco-chinois,
ce sont l'ensemble des grandes entreprises, françaises
et chinoises qui se sont rassemblées pour trouver les moyens
nécessaires à la promotion de l'Année de
la France en Chine, comme il y avait eu l'Année de la Chine
en France, qui a été vous le savez, un très
grand succès. Ce Comité d'Honneur a décidé
de poursuivre son ?uvre après l'année de la France
en Chine pour recueillir les fonds nécessaires à
la création d'un certain nombre de bourses qui s'ajouteront
à l'augmentation de bourses prévues par l'Etat.
Voilà, si vous voulez, quelques idées que je souhaite
développer pour intensifier, augmenter le mouvement d'échanges
entre les étudiants chinois et les étudiants français.
INTERVENANT - Monsieur le Président, je viens de l'institut
de développement urbain, et nous sommes très heureux
de vous voir. A cette occasion, mes collègues et moi avons
décidé de vous offrir un petit cadeau, qui j'espère
va vous plaire. Il s'agit d'une forme d'art traditionnel chinois
qui est imprimée sur bloc de bois, une aquarelle et le
titre de l'?uvre est "abondance". Il s'agit de deux
grappes de raisin qui représentent la France et sa culture
vinicole et le vase est orné d'un dragon. Les nuages représentent
la Chine, les sarments de vigne représentent un souhait,
à savoir que les échanges franco-chinois continuent
d'apporter des fruits d'abondance.
Mais je pense qu'il faut encore compléter cette ?uvre,
car il faut encore un sceau qui nous dise que vous espérez
pouvoir renforcer l'amitié franco-chinoise. Alors je pense
qu'on va vous donner l'instrument pour le faire. Etes-vous d'accord,
Monsieur le Président ?
LE PRESIDENT - Juste un mot pour exprimer ma reconnaissance aux
deux étudiants qui m'ont offert ces cadeaux auxquels j'ai
été infiniment sensible. Si j'ai bien compris, la
peinture et l'évocation qu'elle représente, notamment
le vin français, n'a rien à envier au traditionnel
vin de riz de Chine qui a inspiré tant et tant de poètes,
depuis si longtemps, il est probable que le vin de Chine a inspiré
beaucoup plus de poètes, et parmi les plus grands, que
le vin français. Ce qui n'est naturellement pas désobligeant
pour notre vin.
Je voudrais remercier cette étudiante parce que je trouve
que c'est une très belle gravure et elle me dit que c'est
un collègue qui a réalisé la calligraphie
qui est très jolie. Je lui demande de transmettre à
son collègue toutes mes félicitations, je vois là
la naissance d'une de ces calligraphies maigres et fermes comme
disait DU FU et qui atteint avec l'âge et l'expérience
le divin. En tous les cas, ceci m'a fait un immense plaisir et
je vous en remercie.
Je remercie chacune et chacun d'entre vous. Je vous souhaite
bonne chance, bon vent, beaucoup de bonheur personnel et dans
votre vie professionnelle.
(source: Présidence de la République de la France)
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